Romantic Warrior

Par

(5 sur 5) / Columbia/CBS/Sony
Categories
Jazz fusion Jazz-Rock Rock Progressif

Paru le 7 Octobre 1976 chez Columbia, l’album ‘’Romantic Warrior’’ célèbre son cinquantenaire !

En mettant à part le somptueux album signé en son nom par Chick Corea chez ECM en 1972, et malgré l’excellent ‘’Hymn Of The Seventh Galaxy » (Polydor/1973) ou encore ‘’No Mystery’’ (1975) qui venait d’ailleurs d’être récompensé par un Grammy, il aura fallu quatre ans et cinq albums pour voir Return To Forever accéder enfin à une notoriété internationale équivalente à celle des deux autres ‘supergroupes’ new-yorkais Weather Report et Mahavishnu Orchestra.

‘’Standing bold Romantic Warrior/ Timeless one in armour gold/ Giving your message to warriors all/ The victory of victories is about to be told…/….’’. Cette première strophe du poème de Neville Potter (parolier et ami de Chick Corea) imprimé sur la pochette intérieure de ‘’Romantic Warrior’’, et la célèbre illustration de couverture signée par le peintre écossais Wilson McLean annonçaient une forme de concept sans pour autant que les textures de cet album ne nous plongeassent véritablement aux temps médiévaux des Middle-Ages, à l’exception peut-être de certains passages de ‘’The Magician’’ évoqué plus loin. Venant de quitter Polydor pour le label Columbia qui hébergeait déjà la crème du jazz-rock d’outre Atlantique, ce quartette que l’on peut considérer comme étant l’incarnation classique du groupe, enregistra en février 76 les six morceaux de ce nouveau répertoire instrumental dans les mythiques studios du Caribou Ranch au Colorado, qui avaient déjà accueilli Steely Dan, Chicago et Elton John.

Ce sixième opus de RTF (en comptant cette fois l’album ECM de 1972) fut, dit-on, la réponse de Chick Corea au ‘’Myths And Legends Of King Arthur And The Knights Of The Round Table’’ de Rick Wakeman paru en mars de l’année précédente. Ce rapprochement est d’autant moins anodin que, comptant parmi les grands favoris des fans de rock progressiste, et pour cause, il reste l’un des albums de jazz fusion s’étant sans doute le plus rapproché de ce registre. ’’Medieval Overture’’, une pièce de Chick Corea, offrait un parfait préambule, sur de remarquables arrangements entre passages énergiques portés avec brio et emphase par le batteur Lenny White et séquences atmosphériques dans une luxuriance instrumentale dont l’arsenal de claviers électriques, orgue et synthétiseurs déployés ici pouvaient rapprocher Chick Corea de Rick Wakeman, Keith Emerson ou encore Kerry Minnear. ‘’Sorceress’’, cette fois signé par Lenny White, se tournait vers un entrainant jazz funk sur un groove appuyé à la basse par Stanley Clarke. Le guitariste Al Di Meola s’était joint à la rythmique et prenait un premier chorus aérien, tandis que Chick Corea passait successivement du Fender Rhodes au Moog avant un lumineux chorus de piano acoustique. Au cœur de ce répertoire, le morceau-titre, seconde des trois compositions de Chick Corea, nous réservait un extraordinaire moment de communion entre quatre musiciens mettant toute leur virtuosité au service de l’émotion. Au fil des onze minutes de cette plage totalement acoustique, sur un thème envoûtant exposé par Chick Corea autour de quelques accords suspendus, la contrebasse de Stanley Clarke jouée alternativement avec et sans archet, la guitare classique d’Al Di Meola et le grand piano entrelaçaient leurs solis ponctués de riffs dans une interaction simplement divine. Ils étaient tous trois emportés dans un crescendo conduit par Lenny White dont la rythmique prenait autour de 7,30 minutes une stimulante couleur latine.

Dans un fort contraste avec ce troisième morceau, ‘’Majestic Dance’’, une composition d’Al Di Meola, le jeune et brillant guitariste nous emmenait aux confins du rock dans de lourdes textures électriques de guitare et basse qu’adoucissaient cependant les claviers vintages et le marimba. Stanley Clarke, de son côté, avait signé ‘’The Magician’’ où il nous régalait de cet impressionnant de jeu de basse électrique, agile et véloce, qui enluminait également son album solo ‘’School Days’’ (paru le lendemain de ‘’Romantic Warrior’’, le 8 octobre 1976). Ce morceau relativement complexe et protéiforme mêlait au jazz certaines ambiances néoclassiques et baroques. Seconde pièce épique avec ‘’The Romantic Warrior,’’ également écrite par Chick Corea, ‘’Duel Of The Jester And The Tyrant’’ offrait une riche variété de textures au service desquelles Chick Corea avait déployé une nouvelle fois son vaste arsenal notamment de synthétiseurs comprenant le ARP Odyssey et la panoplie quasi complète de la gamme Moog (listée à la fin). Cette dernière plage était sublimée une fois encore par de remarquables chorus de guitare électrique, synthétiseurs et basse électrique.

‘’Romantic Warrior’ accrocha la 3ème place du Billboard Jazz et fut certifié disque d’or. Transformé l’année suivante en octette avec, au chant et claviers additionnels, Gayle Moran (épouse de Chick Corea) et une section de quatre cuivres substituant à la guitare une dimension big band, Return To Forever se réunissait une dernière fois en studio en janvier/février 1977 pour enregistrer ‘’Musicmagic’’. Cependant Chick Corea ne cessera ensuite de faire vivre Return To Forever en Live, et ce, jusqu’à sa tragique disparition le 9 Février 2021. Autour de lui et du fidèle bassiste Stanley Clarke, le dernier line up en date (à partir de 2011) comprenait le violoniste Jean-Luc Ponty qu’on ne présente plus, le talentueux guitariste australien Frank Gambale (Chick Corea Elektric Band, Allan Holdsworth, Brett Garsed) et le batteur Lenny White qui avait fait son retour lors de la reformation en 1983 (après un hiatus de cinq ans).

‘’Romantic Warrior’’ fur remasterisé chez Columbia en 1990 pour les Etats Unis et l’année suivante pour l’Europe. A noter également l’incontournable DVD ‘Return To Forever Returns’ (chez Eagle Vision) enregistré par ce même quartette au Festival de Montreux en 2008. Parmi les 12 pistes de la playlist (intro comprise), nous retrouvions ‘’Sorceress’’ et ‘’The Romantic Warrior’’.

1 Medieval Overture
2 Sorceress
3 The Romantic Warrior
4 Majestic Dance
5 The Magician
6 Duel of the Jester and the Tyrant

Formation du groupe

Chick Corea : Orgue Yamaha, piano, Fender Rhodes, clavinet Hohner, Polymoog, Minimoog, Moog 15, Micromoog, ARP Odyssey, marimba, percussions, producteur - Al DiMeola : Guitares (électrique, acoustique et soprano), percussions - Stanley Clarke : Basses (alembic, acoustique et piccolo), percussions - Lenny White : Batterie, congas, cymbales, timbales, cloches, caisse claire

🌍 Visiter le site de Return To Forever →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *