Le 1er Juillet 1972 paraissait chez ECM l’album ‘’Return To Forever’’.
Après le jazz électrique avec Miles Davis au côté duquel en seulement 3 ans, il aura participé à sept albums officiels (quatre en studio, trois en Live), puis une incursion dans le free jazz et l’expérimental avec la création de Circle, un groupe de concert comptant, entre autres, le saxophoniste d’avant-garde Anthony Braxton, Chick Corea allait connaitre un tournant important au tout début des années 70 alors qu’il venait de dévorer le livre ‘’La Dianétique’’ du gourou de l’église de scientologie, L. Ron Hubbard. Le pianiste & compositeur expliquait avoir pris conscience, dès lors, de la nécessité impérieuse d’une connexion plus forte avec le public.
Autour de ses influences couvrant le plus large prisme (bebop, fusion, classique, contemporain, latin dont bien entendu l’Espagne), il orienta dès lors son écriture et son jeu vers une musique plus accessible. Ce fut, entre autres, dans cet état d’esprit que, les 2 et 3 Février1972, il enregistra aux Studios A&R de Manhattan/New York, l’album ‘’Return To Forever’’ pour le jeune label Munichois dirigé par Manfred Eicher, que le pianiste avait rejoint deux ans plus tôt. La formation comprenait le saxophoniste Joe Farrell que Chick Corea avait accompagné sur ses deux premiers albums, le jeune Stanley Clarke, à l’époque contrebassiste de l’orchestre symphonique de Philadelphie, ainsi que l’un de ses anciens partenaires aux côtés de Miles Davis, le batteur & percussionniste Airto Moreira, sans oublier l’épouse de ce dernier, la chanteuse Flora Purim. Si, dans de nombreux cas, le chant ne fut pas la meilleure option dans un registre jazz-rock (on pense, entre autres, à certains albums du Lifetime de Tony Williams), ici en revanche, l’artiste brésilienne mettait parcimonieusement sa voix à la fois douce et lyrique au service de ce répertoire associant musique brésilienne et jazz fusion à ces climats éthérés tellement caractéristiques des productions ECM.
La première plage en donnait la plus parfaite illustration avec ce morceau-titre dont les différents thèmes étaient soutenus alternativement et tout en délicatesse, par Airto Moreira et Stanley Clarke. Magnifiées autour de la seconde minute par un solo de Joe Farrell à la flûte traversière, ces textures tour à tour calmes et énergiques, étaient dominées, comme l’ensemble de l’album par les sonorités électroniques du Fender Rhodes que Chick Corea avait inauguré, comme Herbie Hancock, avec Miles Davis. L’interaction de ce piano électrique avec le saxophone soprano de Joe Farrell enluminait ‘’Crystal Silence’’, une envoûtante ballade atmosphérique et instrumentale qui, en Septembre de cette même année, allait également donner son nom à l’un des nombreux albums de collaboration (duo ou quartet), tous plus recommandables les uns que les autres, du pianiste avec le vibraphoniste Gary Burton. Puis, entre bossa et samba, entre classicisme latin et jazz, ‘What Game Shall We Play Today’’ nous transportait au cœur de ces terres brésiliennes chères à Antonio Carlos Jobim, Vinicius De Moraes et au couple Gilberto.
Enfin, couvrant l’intégralité de la seconde face du disque, ‘’Sometime Ago – La Fiesta’’ était une pièce tripartite de 23 minutes introduite par une longue séquence diaphane, presque onirique, et émaillée des chorus de contrebasse, piano électrique et flûte avant de retrouver une rythmique brésilienne conduite par Airto Moreira dans une seconde section chantée (‘’Sometime Ago’’). Flora Purim revisitera ce thème en 1976 sur son album ’’Open Your Eyes You Can Fly’’, toujours accompagnée aux percussions par son conjoint mais aux claviers électriques, cette fois, par George Duke, et retrouvant sur d’autres titres, son compatriote Hermeto Pascoal avec lequel elle fit ses débuts dans les 60s avant de migrer aux Etats Unis. C’était enfin aux couleurs de l’Espagne, et avec une touche de flamenco, que la troisième et dernière séquence réservait la partie la plus dynamique, percussive et entrainante de cet album autour de savants entrelacs de Fender Rhodes et saxophone soprano. Devenu avec ‘’Spain’’, l’un des grands standards de Chick Corea, ‘’La Fiesta’’ sera souvent repris, notamment avec Gary Burton, Herbie Hancock sans oublier Stan Getz que Chick Corea, Stanley Clarke et Airto Moreira retrouvèrent au cours de cette même année pour enregistrer ‘’Captain Marvel’’ majoritairement sur des compositions du pianiste, et qui ne devait toutefois sortir que trois ans plus tard.
Nous pourrions, ou pas, associer l’album ‘’Return To Forever’’ à ceux du groupe auquel il donna son nom à la fin de cette même année, et que, malgré une excellente mais courte discographie avec cinq albums studio, Chick Corea ne cessa de faire vivre en Live par la suite jusqu’à sa disparition le 9 Février 2021, et ce, en marge d’un impressionnant parcours couronné, entre autres, de 27 Grammy Awards.
Liste des Pistes :
1. Return to Forever (12:06)
2. Crystal Silence (6:59)
3. What Games Shall We Play Today? (4:30)
4. Sometime Ago / La Fiesta (23:13)
Formation du groupe
Chick Corea : Fender Rhodes - Avec : Joe Farrell : flûte, saxophone soprano - Stanley Clarke : basse, contrebasse (4) - Airto Moreira : batterie, percussions - Flora Purim : chant, percussions
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