Dedicated To You But You Weren’t Listening

Par

(5 sur 5) / Vertigo ‎
Categories
Jazz fusion Jazz-Rock Rock Progressif

En Janvier 1971 paraissait chez Vertigo, l’album ‘’Dedicated To You But You Weren’t Listening’’.

‘’Keith Tippett est l’un des trois musiciens de ma génération qui continuent d’influencer et de guider ma réflexion musicale. Sa musique parle d’elle-même…’’ : Robert Fripp cité ici, ne s’y est pas trompé en invitant sur trois albums de King Crimson, ce musicien bristolien, allant même jusqu’à lui proposer de rejoindre le roi pourpre en tant que membre officiel. Keith Tippett déclina l’offre, eu égard à sa dévotion pour le jazz dont il allait devenir l’une des figures emblématiques de la nouvelle scène britannique. Du solo à l’octette, et jusqu’aux grands ensembles les plus composites, ce pianiste, compositeur et chef d’orchestre, allait sous toutes ces configurations, créer ses propres univers sonores dans le free jazz, l’avant-garde et le jazz-rock, tout en ouvrant de nouvelles voies et perspectives à l’improvisation libre. Lors de son installation à Londres en 1967, il forma son premier groupe (au départ en sextette) avec le saxophoniste Elton Dean, le tromboniste Nick Evans et le trompettiste & cornettiste Mark Charig. Le public anglais put les découvrir en 1969 au National Jazz & Blues Festival se tenant à Plumpton où ils partageaient l’affiche avec Pink Floyd ainsi que Soft Machine qu’Elton Dean allait rejoindre à partir de  »Third ». L’année suivante, le Keith Tippett Group publia chez Polydor son premier album ‘’You Are Here…I Am There’’ (mixé par Eddie Offord) avec le concours de la section rythmique Jeff Clyne/Alan Jackson, un magnifique opus de jazz contemporain dont on se souvient tout particulièrement de l’avant-dernier morceau ‘’Stately Dance For Miss Primm’’.

Mais les amateurs de fusion et musique progressive voire expérimentale, ont prêté une oreille plus attentive au second et déjà ultime album de ce quartette, paru l’année suivante, et de surcroît, chez Vertigo. Son éclatante pochette fut l’une des toutes premières illustrées par Roger Dean peu avant sa légendaire collaboration avec Yes qui allait démarrer quelques mois plus tard sur ‘’Fragile’’. Le titre ‘’Dedicated To You But You Weren’t Listening’’ reprenait, sous forme de clin d’œil sans doute, celui d’un morceau de Hugh Hopper figurant sur le ‘’Volume Two’’ de Soft Machine. Résolument plus tourné vers le jazz-rock que le précédent, il bénéficiait du renfort de trois batteurs dont Robert Wyatt et Phil Howard (futur remplaçant de Wyatt au sein de Soft Machine) et Bryan Spring (futur Nucleus), ainsi que du percussionniste jamaïcain Tony Uter. Citons encore en tant qu’invités, les bassistes Roy Babbington (futur Nucleus & Soft Machine) et le néo-zélandais Neville Whitehead (qui allait ensuite rejoindre, entre autres, Robert Wyatt, Jean Luc Ponty et Terje Rypdal), et enfin le guitariste Gary Boyle (futur membre d’Isotope et de Brian Auger & The Trinity).

Autour de ses arrangements de cuivres, porté par Robert Wyatt sur une rythmique aux accents latins appuyée par les congas de Tony Uter, et magnifié par les premiers solos de cornet, trombone et piano, ‘’This Is What happens’’ ouvrait ce répertoire sous les meilleurs auspices. Dans ‘’Thoughts To Geoff’’, le plus long du répertoire, après deux minutes d’introduction free et atonale, une section rythmique tout droit sortie de l’ère post-bop des 60s, embarquait avec énergie et célérité, cette pièce majeure, entre lignes harmoniques et dissonances, sublimée une fois encore par de flamboyants chorus de Nick Evans, Marc Charig et Keith Tippett. Toujours sur de magnifiques arrangements du pianiste, et à ses côtés, le trio de cuivres exposait le langoureux thème de ‘’Green And Orange Night’’ (K. Tippett) que reprendra Centipede* au cours de la même année en le développant davantage. Au-dessus du solo particulièrement inspiré d’Elton Dean, pouvaient planer ici les ombres de John Coltrane et d’Ornette Coleman. Les deux pièces suivantes, à savoir l’étrange ‘’Gridal Suite’’ et plus singulier encore, ‘’Five After Dawn’’, étaient deux jams sessions déjantées auxquelles la rythmique seule, assurait une solide armature. Les 30 secondes (!) du morceau-titre ne servaient en somme que de prélude à ‘’Black Horse’’ (favori, semblait-t-il, de Keith Tippett), porté comme le premier morceau par un entrainant groove, et signé également par Nick Evans, fortement soutenu ici encore, par les percussions autour d’une section de cuivres aux sonorités et au swing léger d’un big band. On pouvait notamment apprécier ici, précédent celui d’Elton Dean, un très pertinent solo électrique du guitariste Gary Boyle sur ce thème que n’aurait pas renié un certain Carlos Santana.

Cette année 1971 fut d’autant plus marquante pour Keith Tippett qu’il fit également paraître ce qui restera sans doute son œuvre la plus ambitieuse, pour ne pas dire pharaonique, ‘’Septober Energy’’, un double album produit par Robert Fripp pour RCA, et contenant une suite quadripartite co-écrite avec son épouse Julie DriscollTippett. Il réunissait sous le nom de Centipede*, un collectif de plus de 50 musiciens venus d’univers aussi différents que le classique symphonique (avec 19 violons & violoncelles), la chanson, le rock (Ian McDonald, Mike Patto,…), le free jazz (membres du groupe Brother Of Breath du sud-africain Chris McGregor comme Mongezi Feza, Paul Rutherford… ou du Spontaneous Music Ensemble), et naturellement la scène de Canterbury et le jazz-rock (Robert Wyatt, Roy Babbington, Elton Dean, John Marshall, Ian Carr, Karl Jenkins, Brian Godding, …). Pour finir sur une anecdote, parmi le public qui assista le 15 novembre à la première de cette œuvre au Lyceum Theatre de Londres, figurait un certain Mike Oldfield, encore inconnu deux ans avant la sortie évènement de ‘’Tubular Bells’’.

‘’Dedicated To You But You Weren’t Listening’’ a été remasterisé pour l’Europe en CD en 2014 (Esoteric Records) et en vinyle en 2025 (Be With Records).

Formation du groupe

Keith Tippet : piano, piano électrique Hohner - Nick Evans : trombone - Mark Charig : cornet - Elton Dean : saxophone alto, saxello - Avec : Gary Boyle : guitare - Neville Whitehead : basse - Roy Babbington : basse, guitare basse - Bryan Spring : batterie - Phil Howard : batterie - Robert Wyatt : batterie - Tony Uter : congas, cloche

🌍 Visiter le site de The Keith Tippett Group →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *