Moonfall
Par KingCrown
La formation marseillaise KingCrown, avec aux commandes les frères Jo Amore et David Amore, revient avec ‘Moonfall’ toujours sous les hospices d’un power metal vivifiant, mais avec une nouvelle ambition proche du concept où les dix compositions abordent des thèmes chers à notre époque : ‘quelle place restera-t-il à l’homme face aux machines ? Jusqu’où peut aller la technologie ? Et surtout, que restera-t-il de notre humanité ?
Pour un groupe qu’on associait davantage aux hymnes speed metal frontaux qu’aux fresques symphoniques, KingCrown dans une atmosphère quasi théâtrale mêle orchestrations grandioses aux mélodies attractives et signe non seulement son meilleur disque, mais aussi l’un des sommets absolus du power metal / heavy metal tout court.
Le titre-éponyme et morceau d’ouverture, « Moonfall » est à couper le souffle, KingCrown nous entraine à grande vitesse dans un tourbillon musical inédit, et surtout nous permet d’entendre un Jo Amore au sommet de son art vocal. La densité ne faiblit presque jamais : « Nothing « , « A Thousand Years » ou « We Are Kingcrown » enchaînent riffs acérés et refrains efficaces. Avec un Jo Amore entre chant clair et aigus stratosphériques, Ced Legger et Bob Saliba en tandem de guitaristes, multiplient les soli tranchants sur une section rythmique Seb Chabot (Basse) et David Amore (batterie) assurant un train d’enfer.
‘Moonfall’ un disque énergique, précis, sans temps mort, d’une cohérence et d’une puissance globale rarement égalées dans la discographie du groupe. C’est l’album où KingCrown atteint un équilibre parfait entre technicité, agressivité et sens mélodique.
in a fever dream
Par Haken
Cela faisait un moment que nous n’avions plus de nouvelles discographiques d’Haken. Trois années exactement, depuis l’album Fauna. Il faut dire que le vent a soufflé fort sur la planète Haken ces derniers temps. Plus tôt cette année, le groupe a annoncé le départ du guitariste historique Charlie Griffiths et du bassiste Conner Green, laissant Ross Jennings (chant), Richard Henshall (guitare), Raymond Hearne (batterie) et Pete Jones (claviers) reconstruire l’édifice à quatre. Pour ce premier chantier, prenant la forme d’un EP cinq titres intitulé in a fever dream, la basse est confiée à des renforts extérieurs de prestige : Bryan Beller (The Aristocrats) et Adam ‘Nolly’ Getgood (Periphery). Pour rappel, Haken s’est imposé comme l’une des références du renouveau du Metal Progressif des années 2010, porté par une forte identité. Avec un changement de line up aussi massif, une nouvelle direction s’imposait, presque par nécessité.
Ainsi le groupe adopte ici une approche plus directe, un son plus agressif, délaissant quelque peu les aspects les plus progressifs de son style. Le souci, c’est que cette nouvelle direction ressemble furieusement à… tout ce que le Metal Progressif produit depuis quelques années, discipline dont Haken est pourtant l’un des pères fondateurs modernes. Textures électroniques, refrains calibrés, alternance chant clair / growls sans grande surprise : on dirait presque un hommage involontaire à leurs propres disciples plutôt qu’un disque original du groupe. Bon, j’exagère un petit peu car on trouve tout de même sur cet EP quelques éléments remarquables. “eclipsed by You” sort vraiment du lot à mes oreilles, retrouvant un peu d’originalité grace une belle mise en valeur du chant de Ross Jennings et un penchant Electro un peu à la Steven Wilson qui réveille les neurones. Un titre qui ose vraiment quelque chose. On retiendra également le refrain de “delirium”, efficace et immédiat, ainsi que ses parties de batterie en feu d’artifice, particulièrement sur l’outro, pour l’un des rares moments où l’identité rythmique historique du groupe transparaît franchement.
Techniquement irréprochable comme toujours, in a fever dream souffre avant tout d’un manque d’audace et constitue une relative déception. Il est cependant bien trop tôt pour juger d’une éventuelle inflexion de l’inspiration du groupe liée aux récents changements de personnel, et l’on veut croire qu’Haken a conservé intacte sa capacité à nous surprendre sur les prochains disques.
We’re All Going To Be Fine
Par Lost in Kyiv
Cinquième album studio du groupe Lost in Kyiv, ‘We’re All Going to Be Fine’ est sans doute leur disque le plus sombre. L’album compte sept morceaux, chacun s’étirant sur de longues plages instrumentales qui suivent la grammaire habituelle du groupe : montée en tension progressive, nappes de synthés et de guitares saturées, silences abrupts, puis décharges finales offrant des éclairs de lumière.
Après « Enlightened » une mise en bouche atmosphérique brumeuse, « Burst » et « Mantra » alternent mélancolie feutrée et crescendo apocalyptique, tandis que « Eclipse » et « Liminality » s’inscrivent dans une lente montée à la mélodie contemplative qui éclôt dans un final ample et lumineux, alors que « Euphoria » creuse un sillon plus industriel, presque menaçant. Une nouveauté, la violence et l’acuité de « Becoming » s’exprime pour la première fois dans la discographie du groupe par le chant de Rebecca Need-Menear.
‘We’re All Going to Be Fine’ n’est pas une révolution dans la discographie de Lost in Kyiv, mais une confirmation solide qui renoue directement avec l’esthétique du groupe.
Chance to Reborn
Par Aletheya
Chance to Reborn est le premier album du groupe italien Aletheya, prévu pour le 18 septembre 2026 chez Rockshots Records (produit par Stefano Morabito). Un album qui mêle la tradition du power metal classique à une profondeur symphonique et conceptuelle moderne. L’album affiche aussi une tendance progressive et des influences qui s’étendent de Magnum à Stratovarius en passant par Angra.
‘Chance to Reborn’ affiche des titres exceptionnels comme : « Eyes of the Stone », « Echoes of Oblivion », « Chasing the Sun » et mon morceau préféré, « Waves of Sorrow » qui associe avec brio power metal et prog symphonique à une voix, celle de Gianni Carcione qui est un véritable régal pour les oreilles. Le reste de l’album est également de très bonne facture.
Entre vitesse chirurgicale, technicité impétueuse et mélodies imparables, chaque morceau de ‘Chance to Reborn‘ témoigne d’une écriture d’une précision redoutable et si vous appréciez le power metal mélodique des groupes mentionnés précédemment, je vous recommande vivement de l’acquérir, vous ne le regretterez pas !
David Folchitto: Batterie
Francesco Menale: Guitares
Gianni Carcione: Chant
Fabrizio Sclano: Basse
All Hail Hypocrisy
Par The Cruel Intentions
Certains groupes et albums nous rappellent qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil et dans une boucle sans fin le bon vieux hard rock (tendance glam rock/metal) typé années 70 revient squatté nos platines. Ce retour plusieurs décades en arrière c’est avec ‘All Hail Hypocrisy’ du groupe norvégien The Cruel Intentions que nous le faisons. Avec ses onze titres il nous offre un véritable bain de jouvence un brin excentrique et pompeux, certes, mais c’est sa marque de fabrique.
‘All Hail Hypocrisy’ est une véritable machine à tubes (notamment le titre éponyme) avec des compositions qui auraient sans doute, dans une autre époque, bénéficiées d’un succès important, et se seraient parfaitement intégrées dans un album d’Angel (je pense à ‘Sinful’ de 1979).
Composé de Lizzy DeVine (chant, guitare), Kristian Solhaug (guitare), Mats Wernerson (basse) et Robin Nilsson (batterie), The Cruel Intentions nous assène un hard rock mélodique aux refrains qui accrochent, donnant à l’album une cohérence et une lisibilité redoutables. On sent un groupe qui ne cherche jamais à en faire trop, chaque morceau tourne autour de trois minutes, sans fioritures inutiles, et un mot d’ordre : l’efficacité plutôt que la virtuosité, et ça marche !
SPLAT!
Par Deep Purple
Ecouter un nouvel album de Deep Purple en 2026, c’est un peu comme aller en vacances chez les grand-parents : on sait ce qu’on va manger, on fait toujours les mêmes activités, on a droit aux mêmes histoires, mais on fait tout de même mine d’être surpris pour préserver ce lien affectif, en agissant comme si ces rendez vous réguliers allaient durer pour toujours, même si chacun sait que ce ne sera pas le cas. Deux ans à peine après =1, les plus actifs de nos retraités (ou les plus retraités de nos actifs, c’est selon), sont de retour avec SPLAT!. Le groupe a définitivement renoncé à se triturer les méninges pour trouver des titres d’albums, et affiche une excellente forme au travers d’un disque riche de 13 morceaux directs et efficaces, alignés avec l’héritage historique du groupe. Pour sa seconde participation, le guitariste Simon McBride (venu prendre le relais de Steve Morse) confirme sa parfaite intégration, via notamment une belle complémentarité avec les claviers de Don Airey.
Deep Purple distille tout au long du disque ses ingrédients et son savoir-faire acquis au fil des années dans une ambiance qui respire la camaraderie sincère plutôt que l’obligation contractuelle. Du groove Heavy Jazz à la “Lazy” de “Diablo”, au pont Beatles-ien de “Splat!”, en passant par le ‘Classic Deep Purple Riff’ guitare et clavier de “The Lunatic”, la lourdeur Metal aux airs de cornemuse de “Sacred Land”, le Bluesy “The Beating of Wings”, ou le Proggy (si, si) “Guilt Trippin’”. A ce rythme, le groupe semble capable de continuer à faire vivre leur héritage pour des années encore, d’autant plus que les musiciens continuent de parcourir la planète de concerts en concerts. Auraient-ils découvert en secret une fontaine de jouvence ou une quelconque potion magique ? On préférera se rassurer en se disant que c’est simplement la passion de la musique qui les maintient en forme… en espérant en récupérer quelques gouttes au passage.
The Wow! Signal
Par MUSE
Soyons clair : je n’attends plus grand chose de Muse. Leur dernier album en date Will Of The People (2022) pouvant être qualifié au mieux de moyen, c’est sans conviction et par conscience professionnelle que j’ai lancé The Wow! Signal. C’est évidemment lorsque l’on n’attend rien que l’on risque le plus d’être favorablement surpris, et ce fut le cas avec cet opus. Car, si le trio britannique reste cette gigantesque machine programmée pour remplir les stades à coups de refrains fédérateurs, il glisse dans cette nouvelle livraison quelques éléments capables de faire vibrer la corde progressive. On y trouve par exemple du symphonique, comme sur le morceau d’ouverture “The Dark Forest” où le London Metropolitan Orchestra apporte une colorisation orientale rappelant le “Lawrence d’Arabie” de Maurice Jarre, avant que celui ci ne fusionne avec un Rock à la Queen, évoluant vers un son Metal épique et outrancier à grands renforts de chœurs orchestraux (Crouch End Festival Chorus).
On peut aussi noter la contribution d’un orgue et la prestation habitée de Matthew Bellamy sur “Shimmering Scars”, la guitare fuzzée sur une ambiance industrielle froide de “Cryogen”, l’intro et le final instrumental en tapping de l’électro “Hexagons”, le mariage réussi entre Pop, Dance et Metal lourd sur “The Sickness in You & I”, le Prog Metal “Unravelling”, ou le final sous forme de Space opera mélancolique de “Space Debris”.
Sur The Wow! Signal, Muse semble encore une fois tiraillé entre son statut de groupe pourvoyeur d’hymnes grand public et ambitions progressives. Cependant, ici la sauce prend bien, et le disque, servi par une production XXL, (sans aller jusqu’à s’exclamer “Wow!”) est une franche réussite.
electricity
Par If Not If
Dernière production d’If Not If, nom d’artiste du multi-instrumentiste et producteur Graeme Ginsberg, ‘electricity‘ est un recueil de 10 titres qui explore des genres variés tels que le rock, le rock progressif, le rock classique, le jazz-rock fusion, le rock électronique et bien plus encore. On y retrouve une musique puisant ses influences dans des groupes tels que Pink Floyd, King Crimson, Jeff Beck, Frank Zappa, Steely Dan, Phish, Porcupine Tree, Brand X, Yes, Pat Metheny et Al Di Meola (Ouf !).
Graeme confirme sa maturité artistique sans frontière et l’on retrouve naturellement au fil de l’écoute des compositions imprégnées d’ambiances musicales qui varient radicalement d’un morceau à l’autre et parmi ceux-ci :
Inspiré de la musique Jazz-rock des années 70, « Tales of Power », qui ouvre l’album, hérite d’un climat à la ‘Black Market‘ de Weather Report. Avec « Once Upon A Time » nous plongeons dans des atmosphères à la floyd, les notes sont délicates et aériennes.
Cette vision pluri-genres qui parcourt le disque s’affirme avec éclat dans la suite « Performance Part 1 – Nostalgia / Part 2 – The Wisdom Of The Fool / Part 3 – Storm », animée par des échos post rock, de la musique ethnique et du jazz fusion. Inventif, Graeme Ginsberg explore avec brio la relation entre le son et l’espace-temps.
electricity est un disque qui s’apprécie dans son contraste, ce processus créatif et éclectique fait de cet album une réussite !
From The Vault
Par Andrew Latimer
Après un brillant retour avec ‘War Stories’ fin 2025, Andrew Latimer (guitariste et chanteur de Camel) poursuit la publication d’albums sur bandcamp. Le petit dernier ‘From The Vault’ est une suite de huit morceaux écrits par Latimer et ses anciens compagnons de Camel : Colin Bass et le claviériste Peter Jones, (Tiger Moth Tales).
De toute évidence, l’écoute de ‘From The Vault’ confirme que Latimer a retrouvé son meilleur niveau avec un excellent album assez proche des anciennes productions de Camel. La virtuosité des musiciens est, comme toujours, remarquable, la musique est magnifiquement composée et l’ensemble est d’une grande cohérence, la plupart des morceaux s’enchaînant parfaitement. Les ingrédients musicaux de ‘From The Vault’ ne sont peut-être pas nouveaux, mais ils font mouche et il est difficile d’en extraire une partie préférée plus qu’une autre.
‘Isolation’ se distingue peut-être légèrement des autres titres, nous y retrouvons le chant feutré d’Andrew et sa fabuleuse guitare sur une mélodie absolument impeccable. Seul bémol, la durée de ‘From The Vault’, 35 :59 minutes, c’est court !
‘From The Vault’ n’est pas un album révolutionnaire, mais il mérite amplement le détour, surtout pour les amateurs de prog mélodique. Les fans de Camel, en particulier ceux qui attendent avec impatience un nouvel album studio du groupe, devraient l’apprécier.
Fantasia
Par Slift
Les toulousains de Slift sont de retour pour un quatrième album studio, Fantasia, toujours sur le prestigieux label américain Sub Pop (excusez du peu…). Le trio, adepte d’un Space Rock / Psyché / Heavy Prog hyper puissant, adopte ici une approche et un son plus direct. En effet, après deux albums (Ummon en 2020 et Ilion en 2024) qui leur ont valu une reconnaissance mondiale prenant la forme de pavés Space Rock aux longs développements progressifs, le groupe semble revenir sur notre bonne vieille planète avec l’envie d’en découdre et des compositions plus resserrées, plus punks dans l’esprit. Connus pour leurs prestations lives énergiques, Slift donne l’impression de vouloir retranscrire cette énergie en disque en 8 titres et 50 minutes, tout en poursuivant leur exploration et leurs expérimentations sonores.
Ce qui frappe d’entrée sur Fantasia, c’est la voix de Jean Fossat, largement mise en avant et dont la rage criée, viscérale, transpire sur chaque titre, là où elle était précédemment noyée dans un océan de réverb. C’est aussi ce qui pourrait éloigner certains auditeurs, peu habitués à un caractère vocal si énervé. Chaque titre porte sa marque avec des spécificités qui se révèlent à chaque nouvelle écoute. A commencer par le premier, “Fantasia”, plus long développement du disque, faisant le pont avec les précédents albums, lourd et aérien à la fois à la rythmique peu conventionnelle et aux claviers luxuriants. “Corrupted Sky” propose un époustouflant solo Hendrixien sur une rythmique basse / batterie en feu, “The Village” s’ouvre sur une intro progressive sous la forme d’une longue montée en puissance, “Waiting Man” est une inattendue balade au caractère Floydien. Ce ne sont là que quelques exemples des surprises réservées par Fantasia que je recommande plus que chaudement (c’est de saison) aux amateurs de Stoner, Psyché, Prog énervé.