Desert Electric
Par Rubi Ate the Fig
Le nouvel album ‘Desert Electric’ du projet musical américain Rubi Ate the Fig, illustre un voyage sonore inhabituel fusionnant le rock classique avec des touches progressives et quelques incursions dans la musique du Moyen-Orient, le tout orchestré par la chanteuse et compositrice Sharon Eliashar.
Les atmosphères, à la fois enthousiastes et profondes s’offrent à nous dans de nombreux titres, à l’image de : « Caress the Moon » qui nous immerge dans une ambiance saharienne. On s’imagine dans un paysage désertique, alternant dunes, vestiges du passé et couleurs chatoyantes qui ondoient sous une bienveillance lunaire. « The Tent » n’est pas en reste non plus, morceau long et progressif exposant un décor lent et hypnotique, parfois symphonique, le chant de Sharon Eliashar grave et aérien nous enveloppant dans ses volutes ouatées.
Le méditatif « In The Garden » s’enfonce musicalement davantage dans une atmosphère orientale, pour un voyage imaginatif et auditif dans les pays chauds où se produisent bien souvent des illusions à l’horizon.
‘Desert Electric’ se distingue par son originalité, la fusion entre rock occidental, prog et sons orientaux est une belle réussite. Rubi Ate the Fig devrait séduire les amateurs de rock audacieux qui aiment les incursions dans mix musical mêlant traditions et modernité.
The Two-Edged Sword
Par Apogee
Le dernier album ‘The Two-Edged Sword’ du groupe Apogee (projet de Arne Schäfer) nous propose six morceaux d’une durée allant de 7 à près de 14 minutes, articulés autour d’un rock progressif classique, mais revisité avec finesse. Schäfer assure la majorité des parties chantées et instrumentales, tandis que Eberhard Gräf est à la batterie et aux percussions.
Toujours dans des styles et sous l’influence de grands noms tels que Genesis, Yes, Jethro Tull, ELP ou encore Gentle Giant, l’album affiche d’emblée ses ambitions avec de longues compositions déroulant avec justesse une musique progressive entre renouveau et tradition, complexité et émotion. Les morceaux marquants : “In Silence” (13:06), une ouverture qui installe l’univers sonore d’Apogee alternant passages flamboyants et moments plus introspectifs parsemés de quelques interventions à la flute rappelant Jethro Tull. La piste titre “The Two-Edged Sword” (12:38) un mélange de rock symphonique atmosphérique méditatif et la clôture “Forsaken Paradise” (13:54) aux accents folk-rock.
Au final, un album de rock progressif captivant et exigeant, mais profondément gratifiant, loin de la facilité Apogee s’inscrit dans un style prog vintage tout en proposant sa propre vision.
Magic 8-Ball
Par Gazpacho
Le groupe norvégien Gazpacho revient après plusieurs années de silence avec un nouvel opus, ‘ Magic 8-Ball ‘, sorti le 31 octobre 2025. Cette nouvelle œuvre explore des thèmes évoquant : le destin, le hasard, et la façon dont nos choix nous façonnent ou nous défont.
Musicalement, on retrouve ce qui fait l’ADN de Gazpacho : un rock progressif atmosphérique, une palette sonore cinématique, un chant lyrique et aérien. Mais ici, l’ensemble est resserré avec huit morceaux seulement (« Starling », « We Are Strangers », « Sky King », « Ceres », « Gingerbread Men », « 8-Ball », « Immerwahr », « Unrisen »), qui avoisinent les 46 minutes. Après plusieurs écoutes l’album atteint son but en prouvant que Gazpacho n’a pas perdu de sa magie. ‘ Magic 8-Ball ‘ regorge de compositions élégantes, à la fois intenses et mélodieuses, avec des des moments forts et récurrents qui restent gravés dans la mémoire longtemps après la fin de l’album.
Les amateurs d’un rock progressif introspectif, d’une myriade de paysages sonores chatoyants et d’un excellent travail d’écriture conceptuel, trouveront en « Magic 8-Ball » un album d’une grande richesse.
The Light For Days
Par Jacob Collier
Envie de prolonger l’été ? ‘The Light For Days’ est une petite pépite, regroupement d’un ensemble de reprises et de compositions originales à la sauce Folk intimiste. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Jacob Collier est un musicien britannique multi-instrumentiste, chanteur, compositeur, arrangeur, etc… doté d’un impressionnant talent musical. Touche à tout, il navigue entre les styles musicaux avec une aisance désarmante. Dernièrement, le musicien nous avait habitués aux arrangements orchestraux riches et complexes, conviant de nombreux invités, comme pour la série d’albums en 4 volumes intitulée ‘Djesse’.
Sur ‘The Light For Days’, changement de cap, Jacob Collier s’impose une contrainte forte : enregistrer en 4 jours seulement un album complet seul, accompagné d’une guitare acoustique 5 cordes à l’accordage en Ré. On trouve tout de même sur l’album des empilements de voix, plusieurs pistes de guitares ou d’autres instruments comme le piano sur le dernier titre “Something Heavy”. La liste des reprises à elle seule témoigne du bon goût du garçon : “You Can Close Your Eyes” de James Taylor, “Fairytale Lullaby” de John Martyn (musicien de Folk Rock britannique), “Norwegian Wood” des Beatles, “Keep An Eye On Summer” des Beach Boys (de l’album ‘Shut Down Volume 2’), “Icarus” du groupe de Folk contemporain féminin “The Staves”. Au milieu se glissent 6 compositions originales s’intégrant parfaitement à l’ensemble, les plus marquantes étant : “Heaven (Butterflies)”, “I Know (A Little)” et “Something Heavy”.
Prise de risque payante pour Jacob Collier qui semble être capable de tout, ‘The Light For Days’ est le témoignage d’une sensibilité musicale habillée du strict minimum. C’est parfois dans la simplicité que se niche la beauté.
Where My Heart Lies
Par The Sunday Goose
Ce ‘Where My Heart Lies’ a failli rester dans les oubliettes, cet album enregistré entre 2010 et 2014 par le groupe The Sunday Goose a été remisé au placard pendant plus de onze ans avant que la formation ne décide de sortir l’album en juillet de cette année. The Sunday Goose est composé de la chanteuse et bassiste Ly, de Hans Gerritse (guitare, claviers, chœurs), Marc Lamp (batterie, percussions, chœurs) et Bram van Risp (claviers, guitare, chœurs).
L’écoute de ‘Where My Heart Lies’ m’a très agréablement surpris, et il aurait été vraiment regrettable que celui-ci reste dans les cartons. Les treize titres présents sur l’album nous plongent dans un rock progressif aux accents symphoniques sublimé par le chant cristallin de Ly. La première plage et piste titre de l’album, nous donne tout de suite un éclairage parfait de la musique que The Sunday Goose nous proposera tout du long des treize titres de celui-ci, ce sera un rock progressif sans concession à tendance vintage. Les compositions à retenir et qui valent à elles seules l’acquisition de ‘Where My Heart Lies’ sont nombreuses, mais j’ai particulièrement apprécié : la douceur veloutée de « Keep The Memories », le groove jazzy de « Out Of Focus », la guitare dans le style de Steve Hackett sur « Riverflow », l’ambiance symphonique détendue de « Two Hearts » et la pièce épique de plus de 10 minutes « Forever Young ».
‘Where My Heart Lies’ est un disque équilibré alternant morceaux élaborés se découvrant peu à peu, et titres plus accessibles. La qualité de cet album nous fait espérer qu’il ne restera pas lettre morte.
Forever Is A Long Time Ago
Par Paravane
Paravane est le prolongement du groupe de rock progressif néerlandais Nice Beaver. Un changement de personnel a favorisé ce nouveau nom, mais leur musique, elle, n’a pas changé. Les membres du groupe, Hans Gerritse (guitare, chant), Erik Groeneweg (claviers, chant), Erwin Scheijgrond (basse) et Ferry Zonneveld (batterie) nous offrent sur leur nouvel album ‘Forever Is A Long Time Ago’ une musique prog aux accents rétro.
Six titres de pur rock progressif principalement influencés par des groupes comme Yes, Transatlantic ou Spock’s Beard. Écoutez la piste titre « Forever Is à Long Time Ago » ou « Miserable with You », les plus longues de l’album (+ de 9 minutes), des morceaux épiques, aux parties musicales bigarrées où le guitariste Hans Gerritse y démontre tout son talent dans des solos décoiffants. Des compositions qui trouveraient parfaitement leur place sur n’importe quel album des formations citées plus-haut. Un autre point fort de ‘Forever Is A Long Time Ago’ est le magnifique « home » à l’atmosphère canterburienne où nous trouverons au fil de l’écoute quelques zests de Caravan.
Diversité mélodique, textures musicales riches, c’est le cas pour ‘Forever Is A Long Time Ago’ un disque harmonieux et parfaitement équilibré.
Laplacian
Par Fluctus Quadratum
Originaire d’Angleterre, Fluctus Quadratum a sorti son deuxième album ‘Laplacian’ en février 2025. Le groupe est composé de Jopheus Burtonshaw (claviers, guitare, basse) Curtis Adamcyzk (chant) et Rick Burtonshaw (batterie). Avec douze titres imprégnés d’une forte tradition progressive, ‘Laplacian’ nous fera passer d’ELP à Yes via les extravagances musicales proches d’un Rick Wakeman et les incursions pompeuses dans un rock symphonique digne des groupes les plus représentatifs du genre dans les années 70.
Bon, rien de bien original dans tout cela, mais piano, orgue, synthétiseurs et mellotron sont au rendez-vous, et ce dès le titre éponyme « Laplacian » et son suivant « Dawn of Acquiescence III », où nous retrouvons un neo-prog-symphonique à tiroirs de très bon niveau avec de nombreux breaks aux envolées magistrales et des solos de claviers déjantés, façon Keith Emerson.
La suite des réjouissances est elle aussi pas piqué des vers, Fluctus Quadratum nous propose deux épopées de plus de dix minutes (« Where the Lack of Logic Lies » et en final de l’opus « Direlight ») d’un niveau supérieur avec un Jopheus Burtonshaw aux claviers virevoltants et provocateurs gérant une fulgurance de contrastes entre ambiances atmosphériques, incursions médiévales et tourbillons synthétiques.
‘Laplacian’ un album puissant et riche en rebondissements, du 100% progressif qui saura divertir les fans les plus exigeants du genre, à découvrir absolument !
L’Absence
Par Passage
Le projet musical canadien Passage, formé par Sébastien Robitaille (guitares, claviers) et Luc Gaulin (batterie, percussions), produit son sixième album « L’Absence ». Les quatorze mouvements musicaux présents constituent la bande sonore d’une histoire qui dépeint : la perte d’un être cher tant du point de vue de la personne qui traverse l’au-delà, seule vers l’inconnu, que de ceux qui restent impuissants face à la fin imminente. L’absence pèse parfois lourdement, mais laisse souvent place, avec le temps, à une nostalgie où les larmes coexistent avec l’acceptation et la résilience’.
Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est la manière dont « L’Absence » traduit parfaitement et graduellement les aspects négatifs dramatiques de cet éloignement forcé, le résultat obtenu est souvent majestueux et captivant, le plus impressionnant restant la qualité des compositions qui mêlent le style rock mélodique classique à des éléments essentiels du rock progressif en passant par quelques touches post-rock. Des atmosphères superbement illustrées par « Présage » qui ouvre l’album sur un ton orchestral gravissime approprié, alors que « Aether » et « Mirage » offrent des mélodies plutôt aériennes, le final « Étoile » affichant, quant à lui, une sérénité qui prend le dessus sur l’angoisse.
Composé comme une bande originale de film, « L’Absence » plaira à tous ceux qui apprécient une musique instrumentale où les passages sombres et lourds contrastent en parfaite harmonie à ceux plus calmes et apaisants, rendant ainsi l’album agréable à écouter.
I’ve Started, So I’ll Finish…
Par Fearful Symmetry
Après deux albums studio, plus que corrects, (‘Louder Than Words’ de 2019 et ‘The Difficult Second’ de 2022) écoutés, mais non chroniqués, arrive au mois d’août : ‘I’ve Started, So I’ll Finish…’, le petit dernier de Fearful Symmetry. Bon, à l’écoute de celui-ci, il était grand temps de parler de ce groupe à la musique des plus sophistiquées et développant un rock progressif toujours aussi dynamique.
Le morceau d’ouverture, « One by One », reflète l’esprit général de l’album. Il y a une touche de prog symphonique, mêlée à des influences venant de YES, et pas mal d’incursions faisant référence aux années 70. « Hard as Diamonds » est très marqué, lui aussi, par le style Yessien, tout comme le morceau suivant, « The Demented Third », cette ascendance est également assez évidente tout au long de l’album.
Au-delà de tout cela, Fearful Symmetry expose, tout de même, un caractère et une personnalité musicale des plus affirmés. Les compositions sont plutôt courtes, (entre 3 :46 et 6 :02 minutes), à l’exception du titre final « Tears of the Gods » qui dépasse les dix minutes. Cette épopée, remarquable, navigue dans un registre plutôt calme, mais le riff de guitare récurrent est vraiment contagieux, les refrains sont mémorables et les passages instrumentaux soutenus par une basse ronde et puissante parachèvent habillement ses multiples structures.
Dans l’ensemble, ‘I’ve Started, So I’ll Finish…’ est un album imprégné de sonorités traditionnelles, de riffs et de motifs classiques qui rappellent une multitude de grands noms du prog. Mais en fin de compte tout se résume au niveau de l’interprétation et de l’écriture, et cet album est une réussite sur tous ces points, ne le manquez pas !
Foot Trip
Par A.R.N. Messengers
Foot Trip est le premier EP d’un tout jeune trio de Jazz Fusion français composé de Nicolas Macassian à la guitare, Antoine Leiser à la basse et Rémy Boulogne à la batterie. Véritable Power Trio situé au croisement du Rock et du Jazz, sa configuration et son style évoquent autant Cream que UZEB. En plaçant la musique improvisée au cœur de leur propos, les trois musiciens bâtissent un espace de liberté où chacun s’exprime à parts égales formant ainsi un bloc uni plutôt qu’un assemblage d’individualités.
Puisant dans le Jazz sa complexité, son ambition rythmique ou harmonique et dans le Rock son énergie et son unité, A.R.N. Messengers (Antoine, Rémy, Nicolas, vous l’aviez ?) nous inocule un puissant antidote contre la musique formatée insipide. Ainsi, les cinq titres de ‘Foot Trip‘ obéissent à un certain formalisme du type : thème / improvisations / thème, mais à l’intérieur duquel viennent se glisser de nombreuses variations de rythmes, d’ambiances, de grilles d’accompagnement, garantissant un renouvellement permanent. La virtuosité des musiciens est bien entendu au rendez-vous, mais pouvait-il en être autrement en configuration trio ?
A la première écoute c’est la basse aventureuse d’Antoine Leiser qui marque l’esprit, mais passée cette impression initiale, on peut découvrir comment chacun contribue avec sa propre personnalité. En effet, même si la configuration du groupe pourrait faire penser que la guitare de Nicolas Macassian mène la danse, accompagnée par la basse et la batterie, il n’en est rien, chaque instrument trouvant naturellement sa place dans une harmonie communautaire où les égos sont laissés à la porte du studio. J’ai particulièrement apprécié les passages synchrones du thème de « Interweave » et sa basse en excès de vitesse, le côté Samba déstructurée de “Foot Trip”, les breaks de batterie de Rémy Boulogne sur “Off Trail” ou le Funkysant “Aerial Shook Wave”. On peut qualifier le son de guitare de Nicolas Macassian d’assez brut et exigeant pour la technique de l’interprète, rappelant les sonorités Rock de type Telecaster, assez éloigné des ambiances smooth des guitares Jazz, et il me semble que le style du groupe gagnerait en amplitude en offrant une plus grande variété de sons.
Quoiqu’il en soit, le groupe envisage l’enregistrement d’un nouvel album dans les mois qui viennent, et je suis impatient de voir leur évolution. Je ne manquerai pas de vous en parler le moment venu, d’ici là n’hésitez pas à donner un petit coup de pouce à ce jeune groupe prometteur en allant écouter leur disque sur votre plateforme préférée.