Lizard

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(5 sur 5) / Island
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Expérimental Jazz fusion Rock Progressif

Le 10 Décembre 1970 paraissait chez Island l’album ‘’Lizard’’.

Un an après « In the Court Of The Crimson King » suivi de « In the Wake Of Poseidon » qui reprenait pour notre plaisir, la recette du premier album, King Crimson connut déjà au printemps 70, et pour la seconde fois, de profonds bouleversements dans son line up : Gordon Haskell, ancienne connaissance de Robert Fripp, avait déjà remplacé Greg Lake parti rejoindre Keith Emerson. Andy McCulloch succédait à Michael Giles aux baguettes tandis que le saxophoniste & flûtiste Mel Collins devenait membre officiel. Ces changements allaient finalement s’avérer bénéfiques au roi pourpre qui, musicalement, prenait radicalement un virage à 180 degrés sur ce troisième album que le groupe enregistra en Août et Septembre aux studios Wessex de Londres. Il bénéficiait de surcroît de l’apport majeur de quelques invités venus de la scène de Canterbury et jazz anglaise, comme le polyvalent pianiste Keith Tippett et deux membres et cuivres de son groupe, à savoir le tromboniste Nick Evans qui venait de participer à ‘’Third’’ de Soft Machine, et le cornettiste Marc Charig.  Ajoutons encore le hautboïste et corniste Robin Miller ainsi que sur l’une des plages, le chanteur de Yes, Jon Anderson.

Sous une pochette de style médiéval magnifiquement illustrée par Gini Barris, ce répertoire invitait à un patchwork à la fois étonnant et savant, de rock, classique, jazz et expérimental, dans lequel le groupe ne se sera jamais autant aventuré que sur cet album. « Cirkus » ouvrait avec une savoureuse noirceur ce répertoire, depuis les premières notes de claviers électriques, peu à peu enveloppées d’un sombre et inquiétant mellotron, et saupoudrées des premières improvisations légères du sax ténor de Collins et des guitares de Fripp. Les deux plages suivantes s’évéraient les plus insolites de ce disque ; un lent groove d’Andy McCulloch portait dans ‘’Indoor Games’’, le pesant riff de ce bloc sonore agglomérant la guitare électrique de Robert Fripp et le saxophone ténor d’un Mel Collins tout aussi décomplexé dans son chorus suivant, que Gordon Haskell dont le chant peinait parfois à trouver son espace. De sa voix modifiée par certains effets, il introduisait et concluait ‘’Happy Family’’, une pièce inquiétante aux confins du free jazz dans des textures chargées d’une épaisse instrumentation mêlant cuivres, flûte, synthétiseur, piano électrique, guitares électrique et rythmique. Puis dans l’un de ces saisissants contrastes entre ombre et lumière, comme les affectionnait tant le roi pourpre, la flûte et la guitare acoustique donnaient une couleur pastorale à ‘’Lady Of The Dancing Water’’, dans une forme de réminiscence aux climats éthérés et placides des deux premiers albums (‘’I Talk To The Wind’’, ‘’Moonchild’’, ‘’Cadence And Cascade’’…).

La seconde face du disque réservait indéniablement le meilleur de l’album avec son morceau titre, une suite de 23 minutes introduite au chant de Jon Anderson sur des nappes de mellotron et une fluide partition de piano de Keith Tippett dans le mélodique et céleste premier mouvement  ‘’Prince Rupert Awakes’’, puis délicieusement appuyée par une section de cuivres aériens aux forts accents jazz au fil d’une séquence atmosphérique poignante, une rythmique et un hautbois se mettant brièvement sur les pas de Maurice Ravel, et enfin une sombre et chaotique dernière partie typiquement crimsonienne et portant un inoubliable et langoureux solo de Robert Fripp. Il va sans dire que, contrairement aux deux premiers opus, ‘’Lizard’’ nécessite sans doute plus d’une écoute avant de se livrer pleinement à son auditeur. Il inaugurait en effet le début d’une ère d’exploration que King Crimson allait poursuivre tout en se réinventant à chaque fois, et en l’occurrence, quelques mois plus tard avec ‘’Islands’’.

‘’Lizard’’ fut réédité pour en Octobre 2009 pour l’Europe (Discipline/Panegyric) dans un coffret 40ème anniversaire CD + 2 DVD comprenant le mix stéréo 2009 et 3 bonus sur le CD (versions alternatives de ‘’Cirkus’’ et ‘’Lady Of The Dancing Water’’, ‘’Bolero’’ (de ‘’Frame By Frame’’). Les DVD comprenaient les versions 5.1 Surround et 5.1 DTS remasterisées par Steven Wilson, avec la participation du bassiste Tony Levin.

Formation du groupe

Robert Fripp : guitare, Mellotron (1, 2, 5), synthétiseur et orgue (2), électronique, coproducteur - Mel Collins : flûte, saxophones - Gordon Haskell : basse, chant - Andy McCulloch : batterie - Peter Sinfield : paroles, synthétiseur VCS3 (2, 3), coproducteur Avec : - Jon Anderson : chant (5a) - Keith Tippet : piano, piano électrique - Robin Miller : hautbois, cor anglais - Mark Charig : cornet - Nick Evans : trombone

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