Titres
- 21st Century Schizoid Man (7:20) : - a. Mirrors
- I Talk to the Wind (6:05)
- Epitaph (8:47) : - a. March for No Reason - b. Tomorrow and Tomorrow
- Moonchild (12:11) : - a. The Dream - b. The Illusion
- The Court of the Crimson King (9:22) : - a. The Return of the Fire Witch - b. The Dance of the Puppets
Le 10 Octobre 1969 paraissait l’album ‘’In The Court Of The Crimson King’’ (Island/Atlantic).
Il est certes tendancieux et réducteur d’affirmer qu’un album incarne à lui seul, la genèse du rock progressif, au regard des nombreux précurseurs qui en posèrent les premiers jalons au fil de la seconde moitié des années 60, des Beatles à Frank Zappa & Mothers en passant par les Moody Blues, Procol Harum, les Beach Boys, Family, Traffic, Soft Machine et quelques autres…..Pour autant, quelle immense claque lorsqu’en ce début d’Automne 1969, apparaissait dans les bacs, cet objet, comme ce groupe, sortis de nulle part, sous cette pochette choc montrant le visage horrifié de ce qu’on suppose être cet homme schizoïde du 21ème siècle, et qui resta malheureusement la seule illustration d’album réalisée par Barry Godber, un jeune artiste qui disparut l’année suivante à l’âge de 24 ans à peine.
Tout avait commencé en 1967 quand la section rythmique des deux frères Giles forma avec le guitariste Robert Fripp, le trio éponyme qui publia un unique album sans titre, dans un répertoire ancré dans le psychédélisme de son époque, autour du renfort de deux claviéristes, deux trombonistes et une section de cordes, une de ces œuvres discrètes parues sur la scène underground, malgré l’intérêt que présentaient entre autres, les huit titres de la ‘’Saga Of Rodney Toady’’. Puis en 1968, Robert Fripp fonda King Crimson, du nom, semble-t’il, d’un monarque dont le règne fut sanglant (au sens propre du mot). Aux côtés de Michael Giles, le guitariste s’était toutefois séparé de Peter, frère du batteur, lui préférant au chant, le bassiste Greg Lake, une vieille connaissance originaire comme lui, de Bournemouth. Puis se joignirent à eux le poly instrumentiste Ian McDonald (issu non pas d’un groupe mais d’une fanfare militaire!) ainsi que le parolier Peter Sinfield.
Au cours de l’été 1969, où ils furent remarqués par plusieurs centaines de milliers de personnes lors d’un concert gratuit à Hyde Park en Juillet, et où ils éclipsèrent presque les Rolling Stones (tête d’affiche), King Crimson enregistra ce premier album aux Studios Wessex de Londres pour le label Island. Le répertoire s’ouvrait sur sa pièce la plus décalée et la plus improbable dans un déferlement sonore porté par la voix trafiquée de Greg Lake sur un riff ténébreux de Robert Fripp, et avec, en toile de fond, un violent réquisitoire contre la guerre du Vietnam. Dans sa séquence centrale, ‘’21st Century Schizoid Man’’ opposait ce heavy rock aux accents apocalyptiques à un free jazz exacerbé par les cuivres de Ian McDonald et la rythmique de Michael Giles. Marquant une extraordinaire rupture avec le final dissonant et chaotique de ce premier morceau, la flûte traversière de Ian McDonald introduisait et parcourait ‘’I Talk To The Wind’’, une paisible ballade à la fois bucolique et mystérieuse, qui reprenait en la magnifiant, une chanson folk composée antérieurement par le trio Giles, Giles & Fripp accompagnés à l’époque par la chanteuse Judy Dyble (Fairport Convention). Elle faisait place à ‘’Epitaph’’, véritable climax de cette première face, où les arpèges de guitares baignaient dans les nappes de mellotron autour du chant chaleureux et intense de Greg Lake : ’’Yes i feel tomorrow i’ll be crying’’. Ici, la puissance émotionnelle et la dimension mélodramatique dépassaient encore celles des textures (très proches) du second album des Moody Blues.
Dans cette même veine mélodique, les deux premières minutes de ‘’Moonchild’’ ouvraient sur une improvisation aux textures diaphanes, portée simplement par des notes légères et vibraphone, guitare et quelques percussions. Incarnation du rêve et des illusions du personnage dépeint sur l’album, ces 10 minutes furent souvent et à tort, considérées comme un remplissage inutile (‘filler’), partant sans doute du principe qu’il faille absolument trouver un défaut à toute chose… Le morceau titre refermait majestueusement l’album, à travers un céleste refrain appuyé par les chœurs et par le mellotron de Ian McDonald, compositeur inspiré de cette dernière pièce envoûtante et addictive.
Cet album à peine sorti, l’heure était déjà aux changements avec le départ de Ian McDonald remplacé aux cuivres & vent par Mel Collins, et le retour (sans rancune) du bassiste Peter Giles suite à une sollicitation de Greg Lake par Keith Emerson. Concernant le chant, il fut plus difficile à Robert Fripp de retenir l’un des postulants, y compris Elton John (!), encore peu connu, et pour lequel Robert Fripp annula purement et simplement l’audition par manque total d’intérêt, avant que Greg Lake ne consente finalement à assurer les parties de chant du second album, Gordon Haskell n’étant présent que sur un titre. Par ailleurs, toujours désireux de repousser les limites de son champ exploratoire, et grand bien lui fasse, Robert Fripp accueillait le pianiste de free jazz Keith Tippett. Enfin, pendant les deux ans qui suivirent, Peter Sinfield (crédité comme membre à part entière) allait continuer à enrichir, par sa poésie et son ‘’illumination’’ les textes du groupe avant d’être remplacé en 1972 par le futur parolier (et guitariste) du premier Supertramp, Richard Palmer-James.
‘’In The Court Of The Crimson King’’ fut remasterisé en 2009 par Robert Fripp dans une édition CD+DVD (KCSPI) contenant sur le CD le remix stéréo 24/96 et 5 pages bonus et sur le DVD la version DTS 5.1 Digital Surround. En 2019 fut publié un double vinyle (remixé cette fois par Steven Wilson).
Formation du groupe
Greg Lake : chant principal, basse - Robert Fripp : guitares - Ian McDonald : saxophone, flûte, clarinettes, vibraphone, clavecin, piano, orgue, Mellotron, chœurs - Michael Giles : batterie, percussions, chœurs - Peter Sinfield : paroles
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