Islands

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(5 sur 5) / Island
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Jazz fusion Rock Progressif

Le 3 Décembre 1971 paraissait chez Island Records, l’album ‘’Islands’’.

En Novembre de l’année précédente, avant même la sortie de ‘’Lizard’’ (le 10 Décembre), Gordon Haskell, suivi de Andy McCulloch avaient quitté King Crimson. Le premier reprit sa carrière solo inaugurée en 1969 tandis que le second allait rejoindre Fields pour un unique album éponyme de 1971 (vivement recommandé) puis le groupe Greenslade du claviériste éponyme l’année suivante. Ces deux défections intervenant à quelques semaines seulement d’une longue tournée planifiée dès le mois Janvier 1971 autour du Royaume Uni, auraient certes posé problème sans les ressources et l’abnégation de l’unique gardien du temple crimsonien Robert Fripp, entouré de son fidèle parolier Pete Sinfield (avec une pensée pour ce poète disparu le 14 Novembre 2024). Pour reconstituer l’effectif réduit au saxophoniste & flutiste Mel Collins, le guitariste organisa des auditons à l’issue desquelles il retint le batteur Ian Wallace (ex-membre des Warriors aux côtés de Jon Anderson), et pour le chant, Boz Burrell l’un des nombreux musiciens ayant participé à l’ambitieux projet Centipede ‘’Septober Energy’’ (produit par Fripp) emmené par Keith Tippett et qui comptait plusieurs grandes figures de la scène de Canterbury et jazz britannique. Une difficulté se posa concernant le recrutement d’un bassiste suite à un fâcheux problème de calendrier empêchant l’intégration de John Wetton. Mais ‘‘à cœur vaillant, rien d’impossible’’, et Fripp releva le nouveau défi de former à la basse son chanteur (déjà guitariste) Boz Burrell. Ce fut donc ce line-up rôdé par plusieurs mois de tournée, auquel allaient se joindre des invités déjà présents sur ‘’Lizard, qui se retrouva au cours de l’été 71 aux Command Studios de Londres pour l’enregistrement du quatrième opus de King Crimson.

L’album s’ouvrait dans le climat à la fois onirique et contemplatif de ‘’Formentera Lady’’, une première pièce acoustique et placide où une contrebasse jouée à l’archet par Harry Miller, la flûte puis le saxophone de Mel Colllins et des notes vaporeuses au piano par Keith Tippett accompagnaient le chant de Boz Burrell suppléé par la vocaliste soprano Paulina Lucas dans les dernières minutes. Complètement effacé sur ce premier morceau, Robert Fripp installait un climat plus familier au groupe dans l’instrumental ‘’Sailor Tales’’, sur un subtil groove de la section rythmique, qui portait un jam interactif entre six-cordes et saxophone, suivi dans la partie centrale, d’un solo d’une guitare aux sons modifiés par le fameux EMS VCS3, et appuyé par des textures de plus en plus denses précédent un final atmosphérique inquiétant. Avec ‘’The Letters’’, l’instrumentation se faisait plus minimaliste autour du chant dans un climat diaphane secoué par une séquence sombre portée par ces sonorités vrombissantes et très crimsoniennes agglomérant la guitare électrique acérée de Robert Fripp et le saxophone ténor de Mel Collins. Ce dernier engageait ensuite un chorus qui, aux confins du free-jazz, montait graduellement vers la saturation.

Quatrième piste de ce disque très hétérogène et aux paysages sonores très inhabituels au groupe, ‘’Ladies Of The Road’’ se tournait cette fois vers une traditionnelle chanson aux accents bluesy dont la mélodie, la rythmique, le riff de guitare, et le chant entouré d’harmonies vocales louchaient clairement vers les Beatles. Puis, emmené par le hautbois de Robin Miller et une orchestration de cordes, un ‘’Prelude’’ néoclassique (‘’Song Of The Gulls’’) assurait une transition pertinente vers les neuf minutes de ‘’Islands’’. Refermant l’album dans ces mêmes ambiances paisibles et contemplatives que les dix minutes de la première plage ‘’Formentera Lady’’, le morceau-titre, empreint d’une douce mélancolie, redonnait une cohésion à l’ensemble de ce répertoire. Ce ’prog de chambre’ ne mettait pas en exergue, une fois de plus, le guitariste et leader du groupe mais ses invités déjà présents et marquants sur ‘’Lizard’’, à savoir le jazzman Keith Tippett, inhabituellement ‘sage’ ici dans ses parties de piano qui structuraient cette ballade, et ponctuellement son complice, le cornettiste Mark Charig, sur une mélodie véhiculée avec sensibilité par le chant de Boz Burrell bercé délicatement par les nappes de mellotron & harmonium de Robert Fripp.

La tournée américaine de King Crimson fit l’objet l’année suivante, de la sortie du live ‘’Earthbound’’ malheureusement enregistré dans des conditions sonores déplorables. Par ailleurs, suite à des tensions avec Fripp déjà palpables sur l’album précédent, ‘’Islands’’ marquait la fin d’une collaboration avec le parolier historique Pete Sinfield. Robert Fripp se retrouva donc complètement seul après les départs de Collins, Wallace et Burrell partis créer, avec Alexis Korner, le groupe Snape. Puis en 1973, Boz Burrell fonda Bad Company avec deux anciens membres de Free, mettant également à profit les enseignements de Fripp à la basse. En cette même année, néanmoins, un King Crimson à nouveau métamorphosé allait pousser à l’extrême sa quête aventureuse avec ‘’Larks’ Tongues In Aspic’’ inaugurant une trilogie qui allait fortement marquer une nouvelle fois l’histoire du rock progressif.

‘’Islands’’ fut réédité en octobre 2010 pour l’Europe (Discipline Global Mobile) dans un coffret CD+DVD incluant sur le CD, le remastering 2010 et 6 plages bonus (versions alternatives) et sur le DVD, les versions Master 2004, stereo 2010 et le remix en 5.1 par Steven Wilson ainsi qu’une vingtaine de pistes supplémentaires.

Formation du groupe

Robert Fripp : guitare, Mellotron, harmonium à pédales (6), effets - Mel Collins : flûte, flûte basse (6), saxophones, chœurs - Raymond "Boz" Burrell : basse, chant principal - Ian Wallace : batterie, percussions, chœurs - Peter Sinfield : paroles Avec : - Paulina Lucas : chant soprano (1) - Keith Tippet : piano - Robin Miller : hautbois - Mark Charig : cornet - Harry Miller : contrebasse (1,6)

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