[Humanized]

Par

(4.8 sur 5) / New Joke Music
Categories
Métal Progressif Rock Progressif

Kristoffer Gildenlöw a remplacé au pied levé le bassiste au sein de Pain of Salvation (le groupe de son grand frère, Daniel) en 1994, il n’est alors âgé que de 16 ans et y sera définitivement intégré 1 an plus tard. Il y fait ses armes en participant à des albums marquants comme « Entropia » (1994) ou « Remedy Lane » (2002). Gildenlöw commence lentement sa mue musicale au moment où il décide de s’expatrier aux Pays-Bas dès 2003. Puis en 2006, il quitte Pain of Salvation pour voler enfin de ses propres ailes et fonde rapidement le groupe DIAL avec la chanteuse Liselotte Hegt, et le guitariste Rommert van der Meer. Le groupe publie l’année suivante l’album « Synchronized », un disque très souvent encensé par la critique. Par la suite, Kristoffer se lance en solo, d’abord en 2012 avec « Rust » puis en 2016 avec le très réussi « Rain » dans lesquels il met à l’épreuve ses compétences de multi-instrumentiste et son talent indéniable de chanteur. Dans les années 2020, insatisfait par les travers de l’industrie musicale en pleine réadaptation face au diktat des plateformes de streaming, le suédois montre des velléités d’indépendance, crée son propre label New Joke Productions et auto-produit désormais ses disques. « Empty » publié en 2024 montre le goût de Gildenlöw pour un songwriting de haute tenue et une production ambitieuse.

Lorsque j’ai décidé de chroniquer « [Humanized] », je dois avouer que je ne connaissais pas le travail en solo de ce talentueux artiste scandinave et qu’en outre, je n’ai jamais énormément apprécié la musique de Pain of Salvation, à laquelle je reprocherais ce qui me gêne souvent aussi dans les disques de The Flower Kings ou d’autres groupes Néo-Prog suédois comme Anekdoten : il y a de la virtuosité technique et instrumentale, une production léchée mais l’ensemble sonne froid presque trop clinique. Heureusement que cet a priori idiot ne m’a pas empêché de poser une oreille très attentive sur les 9 pistes de « [Humanized] » mais aussi sur l’ensemble de la discographie solo de Gildenlöw et fort de cette belle découverte je peux admettre que cela aurait bien dommage de passer à côté d’un tel artiste…

image
Kristoffer GildenlöwCredit photo : DCH Photography

Kristoffer nous prévient dans une interview récente : ‘Chaque chose a son temps et son lieu, et le moment était venu d’écrire un album plus heavy. Certaines chansons m’accompagnaient depuis des années, attendant d’être enregistrées et publiées… et j’étais enfin prêt’.

En effet, c’est cela qui s’impose globalement à la première écoute sur l’ensemble de l’album, une sensation de lourdeur dans le bon sens du terme, de la puissance, de la densité sonore. Un retour aux sources du Prog Metal. Cela tranche d’emblée avec l’approche atmosphérique et nettement plus feutrée de « Let me be a Ghost » ou d’« Homebound », ou même d’ « Empty ».

« Rendering », morceau instrumental ouvre le disque sur une atmosphère tendue avec un arpège de guitare qui tournoie en spirale jusqu’à l’entrée d’un mur de guitares qui s’abat sur l’auditeur avec le retour du thème de guitare repris par des cordes qui renforcent son côté entêtant. « Nothing Lasts Forever » est un morceau brillant avec son alternance couplet mélancolique / refrain enlevé. L’omniprésence de la guitare 7 cordes apporte un aspect extrêmement heavy complètement jouissif. « The Almosts » constitue également un titre d’une efficacité impeccable avec son riff rampant, l’aspect introspectif de la voix et sa mélodie presque Grunge. Une vraie réussite ! Puis vient « Intermezzo » qui comme son nom l’indique se veut un intermède instrumental qui marque le milieu de l’album. Cette pièce m’évoque, par son ambiance cinématographique et envoutante assez similaire, le titre de Steven Wilson « Belle de Jour » présent sur l’album « Grace For Drowning ». Il propose une agréable respiration avant « Nothing Stays The Same » une composition au souffle épique et teintée d’une profonde mélancolie en grande congruence avec l’univers familier de Gildenlöw.

« The Fields » avec son riff à la Rushdonne envie de battre la mesure immédiatement et une fois encore l’utilisation de la guitare 7 cordes n’est pas sans rappeler Dream Theater dans son utilisation des fréquences graves par John Petruccidans ses riffs les plus gras. On notera avec plaisir le pont très floydien avant la reprise finale du riff principal. Il s’agit d’un titre particulièrement dynamique et plutôt direct. « Before I Fail Asleep » avec son intro de basse funk et son groove syncopé assez complexe (K. Gildenlöw nous fait entendre au passage ses sérieuses compétences de bassiste) parvient à prendre l’auditeur à contre-pied avec une approche presque dansante, mais sans rien concéder à la lourdeur de plomb présente depuis la première piste de l’album. La mélodie de chant des couplets dans son étrangeté pourra rappeler d’autres grands moments du Prog Metal (Opeth, Steven Wilson…). « Binary », c’est un peu l’OVNI de l’album, une bizarrerie électro dans le genre de celles que Steven Wilson est parfois capable de nous pondre. La ligne de basse technoïde du début est particulièrement réussie et décisive, tout comme l’entrelacs de voix sur les couplets et le refrain. Pour moi, il s’agit d’une composition extrêmement originale qui sort nettement du cadre avec brio et qui indique peut-être une future direction musicale à explorer davantage pour Gildenlöw.

«[Humanized]» est une œuvre solide, aboutie, parfois audacieuse qui devrait trouver son public sans grande difficulté. Cette réorientation de Gildenlow vers la puissance et l’exigence du Prog Metal est une véritable réussite et le suédois avec sa modestie coutumière et son air de ne pas y toucher, vient très probablement de publier l’un des disques les plus marquants de l’année 2026.
Vous pensez que je m’engage un peu trop ? Ecoutez- le, vous verrez bien !!!

Formation du groupe

Kristoffer Gildenlöw : chant, instruments divers - Avec : Leo Margarit : batterie - Daniel Magdic : guitare solo (3) - Thijmen van der Meer : guitare solo (7)

🌍 Visiter le site de Kristoffer Gildenlöw →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *