Titres
- The Great Deceiver (4:02)
- Lament (4:00)
- We'll Let You Know (3:46)
- The Night Watch (4:37)
- Trio (5:41)
- The Mincer (4:10)
- Starless and Bible Black (9:11)
- Fracture (11:14)
Le 29 Mars 1974 paraissait chez Island, l’album ‘’Starless And Bible Black’’
Un an plus tôt, le 23 Mars 1973, sous l’impulsion du guitariste Robert Fripp, leader visionnaire et avant-gardiste, King Crimson avait livré avec ‘’Larks’ Tongues In Aspic’’ une œuvre volcanique et puissante autour de musiciens rompus aux exercices d’improvisation, en particulier le batteur Bill Bruford, mais également le violoniste David Cross et le percussionniste Jamie Muir venu, entre autres, du free jazz (avec une pensée pour ce musicien disparu le 17 Février 2025). Ce dernier ne fut d’ailleurs présent que sur ce cinquième opus, le groupe retrouvant sa traditionnelle formule en quartette à partir de l’album suivant. Depuis ‘’Lizard’ (Décembre 1970) qui avait accueilli Keith Tippett, l’un des pionniers du jazz britannique d’avant-garde, les musiciens s’allouaient de plus en plus d’espaces d’improvisation. Ceux-ci allaient littéralement irradier l’album ‘’Starless And Bible Black’’, que l’on pouvait autant considérer comme sixième en studio que second en Live (après ‘’Earthbound’’). En effet, cinq des huit plages furent enregistrées en public lors d’une tournée européenne au cours du dernier trimestre 1973, et en particulier à Amsterdam le 23 Novembre au Royal Concertgebouw pour trois d’entre elles (le morceau-titre, ‘’Trio’’ et ‘’Fracture’’). Certes, ces cinq enregistrements furent retouchés ultérieurement au Studio AIR avec la suppression des applaudissements et toute autre trace du public, et par des ajouts de vocaux et quelques overdubs instrumentaux.
Par ailleurs, également depuis ‘’Larks’ Tongues In Aspic’’, les textes chantés par le bassiste étaient dorénavant écrits (à la suite de Pete Sinfield) par Richard Palmer-James, parolier du premier Supertramp et vieille connaissance de Robert Fripp et John Wetton qui de leur côté, avaient composé les morceaux strictement studio (‘’The Great Deceiver’’, ‘’Lament’’ et ‘’The Night Watch’’). Les plages en public, à défaut d’être réellement écrites, émanaient d’une inspiration collective à l’exception de ‘’Fracture’’ signé par Robert Fripp seul. A propos de cette dernière pièce et de ses 11 minutes de développement à la fois intense et dramatique où il délivrait un hallucinant solo de guitare électrique, le guitariste confia lors d’une interview qu’il s’agissait ici, de l’un des morceaux les plus difficiles que son groupe eût été amené à jouer. Il en réécrira une nouvelle version (‘’Frakctured’’) sur l’album ‘’The Construktion Of Light’’ en 2000.
Concernant ceux basées sur l’écriture, épinglons ‘’The Great Deceiver’’, une première plage survoltée, et de la même manière que la suivante, ‘’Lament’’, typiquement crimsonienne et toute aussi addictive. Le très mélodique ‘’The Night Watch’’ inspiré d’un tableau du même nom par Rembrandt, allait donner son titre en 1997 au double CD reprenant intégralement ce fameux concert d’Amsterdam, dont ses deux premières minutes étaient extraites, la suite (solo de Fripp inclus) jusqu’à son final aux accents celtiques, étant développée en studio. Empreints de spontanéité et de fraîcheur, les titres extraits de Live étaient absolument remarquables ; ‘’We’ll Let You Know’’ enregistré à Glasgow, mettait en exergue la paire rythmique Bruford/Wetton, le bassiste ayant reconnu à cet effet, une forte influence du jazz funk rock américain (Herbie Hancock ‘’Crossings’’) tandis que ‘’Trio’’ était conduit autour des arpèges de guitare, par une lumineuse et lyrique partie de violon de David Cross. Il nappait ensuite de mellotron et piano électrique, le morceau-titre, un long jam de neuf minutes aux fortes inclinaisons jazz, et portant une formidable interaction entre Bill Bruford et Robert Fripp. Tout aussi singulier et hypnotique, le sixième morceau ‘’The Mincer’’, enregistré au Volkshaus de Zürich, était une pièce dont le type de rythmique et certaines textures allaient fortement inspirer, deux décennies plus tard, les formations suédoises Landberk, et bien évidemment Anekdoten.
Publié entre deux immenses chefs d’œuvre, ‘’Starless And Bible Black’’ reste probablement l’album le plus sous-estimé de cette trilogie. En effet, le 6 Octobre de cette même année 1974, King Crimson publiait l’album ‘’Red’’, point d’orgue de cette période 1972/1974 dite ‘Mark III’, probablement l’album le plus sombre de sa discographie. Il sera suivi d’un hiatus de six ans avant le choc ‘’Discipline’’ qui allait inaugurer une nouvelle trilogie, cette fois aux couleurs de années 80 par un groupe (presque) complètement métamorphosé.
Remasterisé à partir de 2000 pour l’Europe chez Virgin, ‘’Starless And Bible Black’’ fut réédité en Octobre 2011 dans un format CD + DVD remixé en stéréo 24/48, inb5.1 digital surround et DTS par Steven Wilson et comprenant 5 plages bonus sur CD, et sur le DVD de nombreuses autres goodies (inédit, versions Live et alternatives).
Formation du groupe
Robert Fripp : guitare, Mellotron, effets - David Cross : violon, alto, Mellotron, piano électrique - John Wetton : basse, chant - Bill Bruford : batterie, percussions
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