Sapiens - Chapitre 3/3 - Actum

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(5 sur 5) / Quadrifonic
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Rock Progressif

J’ai découvert la musique de Jean-Pierre Louveton au travers de sa saga musicale Sapiens (*). J’ai apprécié une musique ambitieuse et fort bien construite, abordant tous les genres sans en revendiquer aucun, à la hauteur du concept fondateur qui met en scène une certaine vision de l’aventure humaine. Le propos de JPL est clairement dystopique, ancré dans la SF mais plutôt lucide quant à l’âme humaine. J’attendais avec impatience le 3eme chapitre de cette étonnante trilogie, comme on attend le nouveau « Star Wars » ou la nouvelle saison d’une série qui vous a tenue en haleine et laissé quelque peu frustré de rester avec plus de questions que de réponses. Bref, comment JPL allait-il conclure son œuvre ? Quel chemin musical allait-il emprunter ? La tension accumulée allait-elle se renforcer ou s’atténuer ?

Bon si on se résume, « Exordium » en mars 2020, « Deus Ex Machina » en mars 2021 et le présent « Actum » en mars 2022, voilà une belle une régularité métronomique, contrairement à la musique dispensée qui est, elle, plutôt imprévisible, comme nous allons le découvrir.

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La première impression est souvent la bonne comme on dit, et « Paradis perdu », quasi entièrement instrumental, ouvre le bal de belle manière ! On oscille en permanence entre heavy prog et jazz-rock, la musique offrant à l’auditeur peu de répit, si ce n’est vers la fin lorsque JPL lance son couplet désabusé. N’attendez pas de « Mon Cercueil » une musique d’enterrement festive façon New Orleans. La parade est ici tragique dans la mesure où on se place du point de vue de celui qui est à l’intérieur. Le côté tragique est porté par les paroles plus que par la musique, plus désabusée que réellement sombre, et en tous cas très inventive. Certes la basse est lourde et implacable, mais quelques voix féminines arrivent à éclaircir le propos.

« Alias (La machine²) » ne fait pas retomber la tension, et on repart dans un heavy prog en forme d’allegro barbaro implacable. Vient ensuite « Dansez maintenant » et sa batterie très volubile qui accompagne une musique vive mais qui ne devient réellement dansante que lorsque la guitare nous balance un excellent thème celtique rythmé à 8 temps (comme un bon nombre de danses bretonnes), repris à l’unisson par la vielle à roue. Franchement, j’adore !

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On arrive au sommet de la courbe et de la trilogie avec l’imposante suite « Memento mori » – Souviens-toi que tu vas mourir … Pour ce qui me concerne, nous avons ici sans doute le chef d’œuvre de JPL, avec ses cinq parties qui subliment l’ensemble de la trilogie. Une belle écriture musicale, dont les sonorités sont tour à tour orchestrales (les deux instrumentaux « Marche vers l’inconnu » et «Tempus fugit »), complexes et gothiques (« La mort du roi »), débridées et jazzy (« Paria ») avec un superbe passage de sax. La conclusion, « Acta fabula est », locution signifiant chez les romains la fin de la représentation théâtrale, sorte d’ite missa est avant l’heure, est en fait un grand crescendo. On commence dans la douceur (relative) d’une guitare acoustique et d’un léger carillon de xylophone. Les instruments entrent un à un dans cette danse ultime et les chœurs en rajoutent une couche ! Un peu après 4 mn la guitare entonne sur un mode guerrier le thème de la première partie de la suite, jouant un moment aux questions réponses avec l’orchestre en entier. La musique poursuit son chemin sur un dernier thème grandiose et une étonnante cadence finale qui s’interrompt soudain sous forme de question ? Dans l’attente de cet album je m’étais amusé à imaginer l’accord final : si on termine en mineur, la musique sera restée pessimiste jusqu’au bout ; si en revanche on termine sur un bel accord majeur, peu importe le passé, l’avenir sera optimiste. Il se trouve que JPL a été un peu (beaucoup ?) plus malin que moi, et que son accord final est irrésolu et n’est à vrai dire ni l’un ni l’autre (bien que plus proche du mineur). Bien vu !

Il n’était sans doute pas évident de conclure ce triptyque mais Jean-Pierre Louveton maîtrise son sujet de bout en bout, et Actum est réellement le point d’orgue du projet qui apparaît dans toute sa cohérence. La réalisation est exemplaire, et si JPL fait volontiers le multi-instrumentiste, il sait aussi mettre en valeur son cercle habituel de musiciens pour donner à sa musique la pleine dimension instrumentale qu’elle réclame. La musique est sombre, mais à l’instar d’un Kafka en littérature, violence et agressivité ne sont que rarement sinon jamais explicites. Tout est dans l’atmosphère et le ressenti. Du côté de la Haute-Loire et de l’étonnante cité du Puy, on peut être fier du chemin parcouru, et le prog à la française peut s’enorgueillir de cette superbe réalisation ! Quod erat demonstrandum.

(*) Sapiens Chapitre 1/3: ExordiumSapiens – Chapitre 2/3 – Deus Ex Machina

Formation du groupe

Jean Pierre Louveton : chant, guitares, basse - Avec: - Jean Baptiste Itier : batterie (1,4,5) - Florent Ville : batterie (2,3), claviers & programmation (3) - Guillaume Fontaine : claviers (3) - Didier Vernet : basse (2,3) - Stéphanie Vouillot : piano (5c, 5d), chant (2) - Marguerite Miallier : vielle à roue (4) - Sylvain Haon : saxophone soprano (5d)

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