Octopus

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(5 sur 5) / Vertigo
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Rock Progressif

Le 16 Novembre 1972 paraissait chez Vertigo, l’album ‘’Octopus’’.

Lorsqu’un interviewer demanda plus tard à Ray Shulman si Gentle Giant avait réellement conscience de repousser ainsi les limites de la création musicale, ce dernier répondit simplement la chose suivante : ‘’Nous étions juste un groupe où nous nous challengions les uns et les autres, pour devenir les meilleurs musiciens les uns pour les autres, dans nos compositions et au service du groupe’’. Pour autant, c’est sans doute auprès de ce sextette, dans l’ombre des Yes, King Crimson et autres Genesis, qu’il faille sans doute trouver la plus belle incarnation de ce foisonnant progressisme qui émergea au cours de la première moitié des années 70 : six artistes émérites formant un collectif soudé au service d’une musique à la fois éclectique et kaléidoscopique où chaque minute réservait son lot de surprises et de rebondissements, une écriture mariant la complexité à l’émotion, des innovations sonores et des signatures rythmiques les plus improbables autour d’arrangements vocaux et instrumentaux d’un raffinement inouï.

Au sein d’une discographie comptant en tout et pour tout onze albums studios, des sept chefs d’œuvre que Gentle Giant aligna entre 1970 (éponyme) et 1975 (‘’Free Hand’’), le quatrième opus est souvent cité comme le favori, et un bon nombre de raisons exposées plus loin, peuvent le justifier. ’Octopus’’ (opus comptant (du grec ‘’oktò’) huit morceaux) fut enregistré aux studios Adivision pendant l’été 72. Roger Dean, déjà connu pour deux albums de Yes, s’était chargé d’illustrer la pochette gatefold du disque, en tout cas, pour sa version UK (sans commune mesure avec la variante plutôt terne publiée aux Etats Unis). Nous pouvions aisément faire un parallèle entre les huit tentacules de cette ‘gentille’ pieuvre géante du Pacifique et ces virtuoses en capacité d’utiliser, au sein d’un même morceau, jusqu’à quatre instruments, ce qui rendait leurs prestations scéniques tout à fait impressionnantes. Après le somptueux ‘’Three Friends’’ paru seulement quelques mois plus tôt au cours cette même année, plus dépouillé et plus accessible, Gentle Giant revenait à présent à une instrumentation plus luxuriante, réintégrant de manière significative les cordes (violon, alto) et renforçant les cuivres (saxophones, trompette). En outre, il n’était nul besoin de longues suites épiques pour développer la structure complexe de sept de ces huit plages allant de 3 à 6 minutes, et dont l’écriture revenait majoritairement au claviériste & violoncelliste Kerry Minnear puis au poly instrumentiste Ray Shulman (même si l’ensemble du groupe était crédité). Hors de tout aspect conceptuel, chaque morceau dévoilait sa propre variété de paysages sonores, et reflétait quelque part, l’état d’esprit d’un membre du groupe en particulier, une idée (sans autre comparaison d’ailleurs) qu’allait exploiter à sa manière, Camel avec ‘’Moonmadness’’ en 1976.

Un an après ‘’Pantagruel’s Nativity’’ (‘’Acquiring The Taste’’ 1971), Gentle Giant renouait avec l’univers rabelaisien dont Phil Shulman, en tant que parolier, était friand, sur le premier morceau ‘’The Advent Of Panurge’’, un très grand classique du groupe, cocktail de funk jazz & rock dans un entrelacs de guitares, basse, pianos, clavinet, orgue Hammond, Moog, trompette, cymbales et harmonies vocales. Après la Renaissance, ‘’Raconteur Troubadour’’ plantait un décor médiéval aux quelques accents ethniques, dans la luxuriance du chant, des violons, clavecin, piano électrique et trompette. Il faisait place à un heavy rock teinté de blues sur ‘’A Cry For Everyone’’ (inspiré de l’œuvre d’Albert Camus,) et emmené cette fois par la guitare électrique de Gary Green, la lourde basse de Ray Shulman, et soulignant ici la présence du nouveau batteur John Weathers. Il est difficile de résumer en quelques mots, le morceau suivant. Particulièrement alambiqué et changeant, ‘’Knots’’ représentait parfaitement la quintessence de ce groupe qui, loin de toute compromission, n’entrait définitivement dans aucune norme ni cadre de référence connu : les célestes chœurs polyphoniques a capella aux allures d’un madrigal de l’ère baroque, partageaient, et parfois en contrepoint, l’espace avec, une fois encore, d’audacieuses textures instrumentales (sax baryton, violon, claviers) dont un surprenant dialogue piano/xylophone. ‘’The Boys In The Band’’ était une pièce instrumentale allègre et encore magnifiquement écrite et arrangée, dont la structure et les signatures rythmiques pouvaient évoquer l’univers zappaien. Entre ‘’Dog’s Life’’ et ‘’River’’, deux autres pièces construites une fois encore dans le plus pur savoir faire, à la fois brillant et décalé du doux géant, ‘’Think Of Me With Kindness’’ offrait la pause d’une fluide et mélodique ballade piano/chant aux élans romantiques. La notion de succès étant très relative en l’espèce, ce quatrième opus fit plus que légitimement reconnaître Gentle Giant en tant qu’acteur incontournable de cette scène progressiste en plein âge d’or. Il compta par ailleurs, la dernière participation de l’ainé des frères Shulman, Phil, qui s’orienta par la suite vers l’enseignement.

‘’Octopus’’ fut réedité en Octobre 2015 (Alucard/Europe) dans une édition CD + Blu-Ray comprenant le répertoire remastérisé par Steven Wilson (96/24 Stereo LPCM & DTS 5.1 Master audio) et sur le Blu-Ray, les versions instrumentales de 5 morceaux (96/24 Stereo LPCM et le répertoire original remixé (Flat transfer & 96/24 Stereo LPCM).

Formation du groupe

Derek Shulman : chant (1-4,8), saxophone alto (5) - Gary Green : guitares, percussions - Kerry Minnear : piano, piano électrique, Hammond (1-5,7,8), MiniMoog (1,3,5,8), Mellotron (2,7,8), clavinet (1), clavecin (4), vibraphone (4,8), orgue Regal, violoncelle (2,6), percussions, chant principal (1,4,7) et chœurs - Philip Shulman : saxophone ténor (4,5), trompette (1,2), Mellophone (7), chant principal (1,4,6,8) et chœurs - Raymond Shulman : basse, violon, violon électrique, alto et guitare acoustique (6), percussions, chœurs - John Weathers : batterie, bongos (3,8), cymbale à vitesse variable (4,8), xylophone (4,6)

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