Gentle Giant

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(5 sur 5) / Vertigo
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Rock Progressif

Le 27 Novembre 1970 paraissait chez Vertigo, le premier album de Gentle Giant.

Interviewé en mai 2025 par le webzine Echoes & Dust, Derek Shulman confiait que sa plus grande satisfaction aujourd’hui tient au fait que plus d’un demi-siècle plus tard, on parle toujours de son groupe qui s’est pourtant dissous en 1980. Cet héritage laissé par Gentle Giant, et qui perdure et ne s’éteint pas, reste finalement le gage d’une musique intemporelle. Son ouvrage autobiographique ‘’Giant Steps’’ (publié en novembre 2025) offrira sans doute, derrière l’étonnant parcours de ce musicien devenu directeur de maisons de disque et manager artistique, un témoignage éclairé sur l’histoire de l’un des groupes les plus originaux et virtuoses d’une décennie elle-même exceptionnelle.

Seconde moitié des années 60 : Simon Dupree & The Big Sound, un combo emmené par trois frères originaires d’Ecosse, Derek (chant), Phil (sax, trompette, chant) et Ray (basse, violon, guitare, chant) évoluant d’un registre Rnb/soul vers une pop psychédélique, et mis à l’honneur lors d’un passage dans le Top Of The Pops, acquit une certaine popularité grâce à l’un de ses singles (‘’The Kites’’ en 1967) qui accrocha la huitième place dans les charts anglais. Mis sous pression par une maison de disque demandant instamment un nouveau tube, et enfermés dans un registre musical qui leur ne convenait absolument pas, la fratrie décida de dissoudre le groupe en 1969, une année qui de surcroît, voyait éclore les Yes et autres King Crimson au sein d’un courant progressiste qui allait transformer en profondeur le paysage musical. Suivis par leur batteur Martin Smith, et tout autant encouragés par leur manager Gerry Bron à créer un nouveau groupe, ils accueillirent, suite à une rencontre fortuite, Kerry Minnear, musicien et compositeur de solide formation classique. Pour l’anecdote, les frères Shulman avaient préalablement reçu pour un essai, un autre claviériste, lui aussi membre, mais très éphémère, de Simon Dupree, un certain Reginald Dwight plus connu sous le nom d’Elton John. Ensuite, ils se mirent en quête d’un guitariste par une annonce dans le Melody Maker. Après avoir auditionné une quarantaine de candidats, ils recrutèrent Gary Green, un jeune guitariste de 19 ans. Ray Shulman expliquera que sa culture blues allait le distinguer de ses pairs (Fripp, Hackett, Howe…) et démarquer encore le groupe. Loin des deux géants de la littérature rabelaisienne qui inspireront plutôt le second album, le nom de Gentle Giant venait d’abord de cette formule anglaise désignant une personne dont la forte corpulence cache un tempérament doux et placide, une expression qu’employait souvent le parolier Colin Richardson (à ne pas confondre avec le producteur du même nom). A partir d’un concert donné par le groupe le 9 mai 1970 à Portsmouth, les évènements s’enchainèrent rapidement entre leur rencontre avec Tony Visconti (qui venait de produire ‘’The Man Who Sold The World’’ de David Bowie) et leur entrée dans les studios Trident pour enregistrer ce premier album sans titre : ‘’Let’s do something brand new that doesn’t constrict us to a specific audience’’ (Derek, Phil & Ray Shulman/extrait des notes de couverture de ‘’Three Piece Suite’’).

Les sept morceaux de ce premier effort très avant-gardiste en 1970, sorte de carte de visite du gentil géant, portaient déjà en eux, toute la quintessence d’un groupe certes encore en devenir, mais déjà sans équivalence connue sur la scène musicale. Nous y trouvions d’ores et déjà ce mélange des genres (rock jazz, classique, contemporain, et, en réminiscence du passé, blue-eyed soul) que leur avait en particulier inspiré Frank Zappa dont les six musiciens revendiquaient unanimement l’influence, et de surcroît autour de certaines techniques musicales complètement innovantes qu’ils allaient perfectionner par la suite.

Ouvrant ce répertoire sur les imposantes textures d’un hard rock dans l’air du temps, ‘’Giant ‘’ donnait d’emblée la mesure de cette sophistication à travers des variations de signatures temporelles et des arrangements complexes. L’orgue de Kerry Minnear et les motifs & riff de basse de Ray Shulman dominaient cette pièce magnifiée par les nappes de mellotron et les chœurs vocaux autour du chant de Derek et d’une instrumentation faisant circuler le thème, parfois sur une tonalité différente ou encore en léger contrepoint. ‘’Funny Ways’’ était une ballade folk aux accents médiévaux, voire baroques, et évoquant un madrigal de la renaissance, porté par le violon et la guitare acoustique. Il était ponctué d’une entrainante séquence embarquée par Martin Smith et associant claviers et cuivres. On pouvait déjà se représenter sur scène ces musiciens changeant jusqu’à trois, voire quatre fois d’instrument au sein d’un même morceau. ‘’Alucard’’ (palindrome de Dracula) allait donner son nom au futur label de Gentle Giant. Dans un kaléidoscope sonore, cette troisième plage livrait déjà quelques-unes des spécificités de ce combo hors norme (polyrythmies, chant polyphonique & canon à 4 voix avec ici, un effet de bande inversée). Sur un rythme doux et entrainant, violon, violoncelle, piano vintage, xylophone et harmonies vocales coloraient le thème de ‘’Isn’t It Quiet And Cold’’, une mélodie guillerette semblant tout droit sortie du répertoire des Beatles. Le thème de ‘’Nothing At All’’, une ballade aux accents psychédéliques, était exposé en chœur par les 4 chanteurs sur des arpèges de guitare acoustique. La partie centrale de ce long morceau surprenait par ses singularités mélodiques et rythmiques autour d’une partie de piano passant d’un classicisme romantique au contemporain, mais on pouvait en revanche s’interroger sur la pertinence du solo de batterie. ‘’Why Not’ renouait avec l’énergie de ‘’Giant’’ et ‘’Alucard’’, et dans une remarquable maitrise des arrangements et un art de la transition, il opposait avec brio à ce heavy rock teinté de blues, l’une de ces séquences médiévales (flûte à bec, chant moyenâgeux) qui allaient sublimer l’album suivant, tandis que le répertoire se refermait sur une courte revisite de l’emblématique ‘’God Save The Queen’’.

Ce premier opus dont la production était clairement perfectible, fut remasterisé en 2004 (Repertoire Records/UK) sur un CD au format Mini-LP Replica. Puis en 2012, un coffret édité par BGO Records groupa sur un double CD les deux premiers albums remastérisés. Enfin, le coffret CD + Blu-Ray ‘’Three Piece Suite’’ paru chez Alucard en 2017 reprenait les trois premiers albums, et incluant les versions instrumentales. Seule une partie des morceaux des 3 premiers albums furent remixés par Steven Wilson dont trois extraits du premier (‘’Giant’’, ‘’Nothing At All’’ et ‘’Why Not’’).

Formation du groupe

Derek Shulman : chant principal (1-3,5,6) et chœurs, basse (4) - Gary Green : guitares solo, guitare 12 cordes (2,4) - Kerry Minnear /: Hammond, Minimoog, Mellotron, pianos électrique, acoustique et honky-tonk, timbales, xylophone, vibraphone, violoncelle, basse, chant principal (3,6) et chœurs - Phil Shulman : saxophones alto et ténor, trompette, flûtes à bec, chant principal (2-5) et chœurs - Ray Shulman : basse, violon (2,4), guitares électrique (5-7) et acoustique (5), triangle (2), chœurs - Martin Smith : batterie, percussions - Avec : Paul Cosh : cor ténor (1) - Clare Deniz : violoncelle (4)

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