Et Cetera

Par

(5 sur 5) / Apostrophe
Categories
Rock Progressif

Publié en Novembre 1976, l’album du groupe éponyme Et Cetera célèbre son cinquantenaire !

Bien peu de renseignements sont malheureusement disponibles concernant la genèse de cette formation qui, comme ses compatriotes Pollen, traversa le paysage musical telle une étoile filante. De sa création à sa dissolution, toute son histoire se résume en effet à l’année 1976 au cours de laquelle ce quintette montréalais publia néanmoins l’un des joyaux du rock progressiste venu de la Belle Province. Si les informations font également défaut quant au cursus de ses membres, on pressentait cependant à l’évidence, une solide formation classique chez le poly instrumentiste et principal compositeur Denis Chartrand, la chanteuse claviériste Marie-Bernard Pagé, le guitariste Robert Marchand, le bassiste & violoncelliste Alain-Yves Pigeon et le batteur Pierre Dragon.

Ces musiciens chevronnés livraient en effet ici, un répertoire à la fois complexe et sophistiqué dans les signatures temporelles, la structure même de leurs morceaux (syncopes, contrepoints…) et un grand raffinement dans leurs arrangements vocaux. Si de surcroît, on ajoute une certaine forme de légèreté de ton, nous faisions naturellement le parallèle avec Gentle Giant dont Et Cetera assumait d’ailleurs pleinement les influences. Comment ne pas penser immédiatement au groupe des frères Shulman en écoutant ‘’Et La Musique Tourne’’, avec cette musique en mode staccato, magnifiée par les imbrications d’arpèges (guitare, synthétiseur Moog et autres claviers vintages) qui contrastaient avec le caractère diaphane des parties vocales et polyphonies à quatre voix. Comme ses homologues francophones Pascale Son (Cos/Belgique) et Rose Podwojny (Sandrose/France), Marie-Bernard Pagé prenait un chant féminin clair, lumineux et surtout si rare dans ce registre musical, chant auquel Denis Chartrand donnait la réplique en seconde voix principale. Entre autres particularités, elle utilisait des Ondes Martenot (du nom de l’inventeur), aïeul du synthétiseur venu du répertoire néoclassique & contemporain (Messiaen, Honegger, Varese, Milhaud…) un instrument peu conventionnel ici, mais qu’elle avait déjà employé l’année précédente en tant qu’invitée sur deux titres de ‘’La Cinquième Saison’’ d’Harmonium. Dans ‘’Eclaircie’’ et ‘’Newton Avait Raison’’, sur ces insolites signatures rythmiques de Pierre Dragon et de saillantes lignes de basse d’Alain-Yves Pigeon, entre parties solistes et interactions virtuoses ou envolées sublimes, nous retrouvions comme dans le premier morceau, cette riche variété de textures et d’ambiances autour d’une instrumentation superbement mise en place.

Nouvelle réminiscence du Gentil Géant, mais également du groupe Gryphon, avec la troisième plage ‘’Entre Chien Et Loup’’ qui ouvrait et refermait dans une ambiance médiévale emmenée par la six-cordes acoustique et la flûte. Ces mêmes textures folk et pastorales introduisaient le morceau suivant ‘’Apostrophe’’, signé cette fois par le guitariste Robert Marchand qui associait ensuite une six-cordes électrique à la rythmique et au développement de cette pièce instrumentale à travers un solo aérien dans la dernière partie. Le bassiste Alain-Yves Pigeon passait au violoncelle tandis que le Moog faisait place aux claviers acoustiques et au vibraphone pour la ballade ‘’L’Âge d’Or’’.  Mais les claviers de Denis Chartrand et Marie- Bernard Pagé (synthétiseurs, piano, clavecin, harmonium…) dominaient bel et bien ce répertoire, à l’instar de ‘’Newton Avait Raison’’ où l’on retrouvait cette construction atypique des deux premiers morceaux. Il en était de même pour ‘’Tandem’’, tout aussi étonnant, jusqu’à son final à la fois onirique et planant qui associait au piano les ondes Martenot.

Il est aisé de comprendre pourquoi ce groupe, aussi éphémère fût-il, garde pour autant une place à part dans le cœur éclairé des aficionados du rock progressiste, autour d’un album non seulement unique mais auquel une huitième plage eût été la bienvenue, compte tenu de sa durée relativement courte de 36 minutes. Au cours de la décennie suivante, avec son conjoint Paul Pagé (producteur & ingénieur du son d’Et Cetera), nous allions retrouver Marie-Bernard Pagé au sein du groupe Soupir (synthpop/new wave) avec un unique album ‘’Eclipse’’ (1983) porté par le single ‘’Metal’’. Denis Chartrand, quant à lui, partagera son temps entre l’accompagnement (comme Robert Marchand) d’artistes de variété (Céline Dion, Garou…) et la composition pour la télévision (courts métrages, documentaires) et le cinéma (‘’Un Matin Une Vie’’ (1986), ‘’The Love Prophet And The Children Of God (1998) …).

‘’Et Cetera’’ fut réédité en 1997 (Unidisc/Canada) puis 2010 (Mandalay/US) en format Digipack. Le label canadien Unidisc publia une nouvelle version vinyle (colorisé) le 21 avril 2023.

Formation du groupe

Marie-Bernard Pagé : claviers, ondes Martenot, voix - Denis L. Chartrand : claviers, saxophone, flûte, vibraphone, voix- Robert Marchand : guitares, voix _ Alain-Yves Pigeon : basse, violoncelle, voix - Pierre Dragon : batterie, percussions

🌍 Visiter le site de Et Cetera →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *