Titres
- Disc 1 (41:05) 1. The Revealing Science of God - Dance of the Dawn (20:27) 2. The Remembering - High the Memory (20:38)
- Disc 2 (40:09) 3. The Ancient - Giants Under the Sun (18:34) 4. Ritual - Nous sommes du Soleil (21:35)
Le 7 Décembre 1973 paraissait chez Atlantic ‘’Tales From Topographic Oceans’’.
Au printemps de cette même année, Yes était à son apogée après la sortie de ‘’Close To The Edge’’ en Septembre de l’année précédente, s’apprêtant de surcroît, à publier le 4 Mai son légendaire triple album Live ‘’Yessongs’’ et accrocher une nouvelle fois la tête des charts anglais. Au cours du mois de Mars, le percussionniste de King Crimson Jamie Muir attira l’attention de Jon Anderson sur le livre autobiographique du yogi Paramahansa Yogananda (figurant, pour la petite histoire, parmi les nombreux personnages de la pochette de l’album ‘’Sgt Pepper’s’’ des Beatles). Au cœur d’une période où gourous et yogis exerçaient une influence avérée sur les artistes du monde musical, de George Harrison à Carlos Santana en passant par John McLaughlin et Michael Walden, le chanteur & parolier de Yes fut surtout attiré par une note en bas de page évoquant les quatre ’’Shâstras’’ (’anciens’ en Sanskrit). Il entrevit dans ces écritures issues de la philosophie hindoue, à la foi divine et sacrée, les quatre thèmes d’un premier album concept du groupe, sachant qu’à l’origine du projet, le répertoire ne devait contenir qu’une seule et longue suite.
Enregistré au studio Morgan de Willesden à Londres pendant l’été 73 sous la houlette d’Eddie Offord, et bénéficiant de l’illustration sans doute la plus belle réalisée par Roger Dean pour le groupe, ce double album présentait quatre mouvements répartis sur chaque face des deux disques. ‘’The Revealing Science Of God / Danse Of The Dawn’’, dont la durée fut ramenée de 28 à 20 minutes, traitait du ‘’Shruti’’, premier des quatre Shâstras, sur les messages divins, la création de l’univers et les quatre aubes (lumière, pensée, pouvoir et amour). Ce premier morceau, où l’instrumentation très harmonieusement mise en place autour des douces ondoyances guitaristiques de Steve Howe, se mettait au service du chant de Jon Anderson à la fois solaire et enrobé d’harmonies vocales, reste sans doute le plus poignant de ce répertoire. ‘’The Remembering / High The Memory’’ se référait au ‘Smriti ‘, souvenirs des temps ancestraux, dans des textures dominées par les claviers de Rick Wakeman dont les nappes paisibles ou les tourbillons accompagnés par la basse grondante de Chris Squire, restituaient l’immensité d’un océan alternativement calme et agité d’intempéries diverses. Sur ce second morceau, une magnifique séquence teintée de folk était attribuée, semble-t-il, au batteur Alan White (composée sur une guitare acoustique).
Les 3ème et 4ème morceaux ayant manifestement inversé malgré leurs titres, l’ordre des Shâstras énoncés dans l’ouvrage précité, ‘’The Ancient / Giants Under The Sun’’ ne se rapportait pas aux anciens textes rituels du ‘’Purana’’ mais au ‘’Tantra’’ éveillant la conscience et libérant, à l’instar du soleil, l’énergie et le pouvoir, à travers une pièce aventureuse, expérimentale et construite sur un enchainement particulièrement alambiqué de motifs et séquences surréalistes où le chant trouvait tout juste sa place : démarrage percussif, six-cordes geignante, synthétiseur atmosphérique, rythmiques syncopées, agglomérat de chœurs, mellotron, Moog et piano électrique autour d’un éventail quasi complet de sons de guitares à la fois slide, électrique et sèche (atmosphérique, parfois frippienne et stridente, jazz puis hispanisante dans un final acoustique).
Enfin ‘’Ritual / Nous Sommes Du Soleil’’, indéniable pièce majeure de l’album, fut au demeurant le plus bel ambassadeur du disque dans les concerts qui suivirent, ‘’Starship Trooper’’ remplaçant ‘’The Remembering’’ dès le début de l’année 1974. Nous retrouvions en effet, sur ce dernier morceau, le meilleur de Yes, autour de structures et arrangements sophistiqués et de cette magique et intense instrumentation, à la fois lyrique, puissante et mélodique, une pièce cependant non dénuée de surprises dues notamment à un Alan White parfaitement en osmose avec les autres, et qui embarquait autour de la quinzième minute, une rythmique aux accents tribaux, appuyée par Jon Anderson aux percussions et Chris Squire aux timbales. Le batteur passait même au piano dans une dernière partie qu’il aura lui-même écrite. Au cours de ces sessions, Rick Wakeman ne cessa d’exprimer son ennui et sa désillusion, à tel point que les membres de Black Sabbath l’invitèrent à jouer sur l’album ‘’Sabbath Bloody Sabbath’’ qu’ils enregistraient simultanément dans ces mêmes studios. Le claviériste annonça plus tard un départ de Yes effectif après la tournée qui suivit la sortie de l’album.
Concernant son accueil public et critique, entre ceux qui crièrent au génie de l’œuvre la plus audacieuse de Yes, et les détracteurs reprochant cette fois au groupe une forme d’égarement suscitant souvent l’ennui, ce sixième opus mérite sans doute un ‘jugement de Salomon’ lui reconnaissant indéniablement de grands, voire de très grands moments à la fois musicaux et émotionnels, mais qui en revanche, eût trouvé un avantage certain à bénéficier d’un travail un peu plus ‘chirurgical’ (et sans doute délicat) au vu des quelques longueurs de ce répertoire de 81 minutes (passant même plus tard à 120 minutes après l’ajout de deux nouveaux morceaux). En effet, TFTO fut réédité pour l’Europe en 2003 (Elektra) en double CD dans une version étendue et remasterisée comprenant sur le second CD, deux 2 titres inédits (‘’Dance Of The Dawn’’ (23 minutes) et ‘’Giants Under The Sun’’ (17 minutes). En 2016, Panegyric fit paraître une édition double CD + double DVD avec des versions remasterisées en New Stéréo & 5.1 surround par Steven Wilson, et comptant bien sûr, de nombreux bonus.
Formation du groupe
Jon Anderson : chant principal, harpe, cymbales, percussions - Steve Howe : guitares électriques 6 et 12 cordes, guitares steel et acoustiques, sitar électrique, chœurs - Rick Wakeman : piano à queue, RMI Electra-Piano, Minimoog, Mellotrons, Hammond C3, orgue - Chris Squire : basses acoustiques et électriques, timbales, chœurs - Alan White : batterie, pianos (4), vibraphone, Minimoog, Moog drum, cloches tubulaires, percussions - Avec : Eddy Offord / coproducteur, ingénieur du son