Titres
- Tarkus (20:43) : - a. Eruption (2:44) - b. Stones of Years (3:44) - c. Iconoclast (1:16) - d. Mass (3:12) - e. Manticore (1:52) - f. Battlefield (3:51) - g. Aquatarkus (4:04)
- Jeremy Bender (1:51)
- Bitches Crystal (3:58)
- The Only Way (Hymn) (3:49)
- Infinite Space (conclusion) (3:20)
- A Time and a Place (3:02)
- Are You Ready Eddy? (2:10)
Le 14 Juin 1971, ‘’Tarkus’’ paraissait chez Island (Atlantic pour le Canada & les Etats Unis) .
Deux ans plus tôt, le 12 Décembre 1969, avait eu lieu une rencontre déterminante qui allait rebattre les cartes entre deux grands noms de la scène progressive britannique à la veille d’une décennie sans égal. Cette soirée concert au Fillmore West de Francisco accueillait successivement The Nice et King Crimson. Le claviériste et compositeur Keith Emerson, déçu notamment par le chant de son bassiste Lee Jackson, envisageait de former un nouveau trio et gagna à sa cause Greg Lake. Peu après, ils furent rejoints par le batteur Carl Palmer (The Crazy World Of Arthur Brown, Atomic Rooster). Emerson Lake & Palmer à peine formé, allait déjà enluminer la scène du Festival de l’ile de Wight le 29 Août 1970, délivrant notamment sa première ébauche d’une suite adaptant les ’’Tableaux D’une Exposition’’ de Moussorgski.
La sortie de leur premier album éponyme en Novembre de cette même année, installait déjà le trio au tout premier plan de la scène rock dans son sens le plus général, porté par le tube ‘’Lucky Man’’ composé par Greg Lake dans sa prime adolescence (et que King Crimson avait refusé). Le bassiste & chanteur avait également signé le magnifique ‘’Take A Pebble’’ où sa pop/folk était enrichie d’une belle touche de jazz à travers un solo de piano de Keith Emerson. A ces deux plages acoustiques d’une grande mélodicité, le claviériste ajoutait aux orgues Hammond et autres claviers, l’électrique et flamboyant contraste d’un rock s’inspirant, dans la continuité de The Nice, d’influences classiques, baroques et contemporaines, à l’instar de ‘’The Barbarian’’ (Bartok ‘’Allegro Barbaro’’) et ‘’Knife-Edge’’ (‘’Sinfonietta’’ de Janacek & ‘’Suite pour orchestre n°1’’ de Bach). Le second album studio (en particulier sa première face), allait, comme les deux suivants, porter la quintessence de ce détonnant cocktail émersionien et véritable ADN du trio.
Produit comme le précédent par Greg Lake, et enregistré aux Studios Adivision de Londres, ‘’Tarkus’’ tirait son nom imaginaire d’une improbable créature, amalgamant un tatou et sa carapace aux chenilles d’un char d’assaut, comme la représentait la célèbre pochette illustrée par William Neal. La suite titre de 20 minutes reste l’une des pièces majeures d’un trio au sommet de son art, bien qu’au départ, Greg Lake ne cachait pas son inquiétude quant à son caractère complexe, et de fait, difficile d’accès. Keith Emerson revendiquait ici deux influences majeures. Il admirait la façon de travailler de Frank Zappa, et en particulier sa liberté face aux traditionnelles signatures rythmiques de type 3/4, 4/4. Carl Palmer utilisa majoritairement ici, et d’instinct, le 10/8. Mais le ‘’maître à penser’’ le plus influent d’Emerson était indéniablement le compositeur néoclassique argentin Alberto Ginestera qui ne cessa de l’inspirer encore en 1973 où son premier concerto pour piano influença la ‘’Toccata’’ extraite de ‘’Brain Salad Surgery’’. Pour le reste, ce ne furent que des étincelles qui ici et là, incitèrent Emerson à se mettre au piano : citons par exemple quelques bribes du 3ème concerto de Prokofiev pour l’ouverture d’’Eruption’’ première des sept parties de cette jubilatoire suite ‘’Tarkus’’ qui alternait des plages chantées avec chaleur et intensité par Greg Lake, avec des sections instrumentales portées par la virtuosité parfois grandiloquente de Keith Emerson qui avec brio, opposait mélodicité et dissonances autour de ses orgues, piano, Moog et autre célesta.
Considérons davantage la seconde face du disque comme une curiosité. Elle réservait en effet une étonnante diversité de paysages sonores. Nous passions de l’Amérique profonde un siècle en arrière (sur le piano typiquement ‘Honky Tonk’ de ‘’Jeremy Bender’’) à l’époque baroque (orgue d’église sur ‘’The Only Way’’ adapté d’une Toccata et d’un prélude de Bach) en passant par un croisement entre jazz aux lointains accents de Dave Brubeck (dont Emerson était fervent admirateur) et Boogie Woogie (‘’Bitches Crystal’’). ‘’A Time And A Place’’ était né d’un simple déclic tandis que Keith Emerson (grand ami de Jimmy Page) écoutait ‘’Black Dog’’ de Led Zeppelin. Le répertoire se refermait sur un amusant rock’n’roll années 50 à la Jerry Lee Lewis, et dédié à l’ingénieur du son Eddy Offord (‘’Are You Ready Eddy ?’’).
En dépit des normes et, disons-le, du diktat qu’imposaient l’industrie du disque et les radios (durée du morceau, complexité,…), et en l’absence de single (sauf ‘’Stone Of Years/A Time And A Place’’ paru uniquement en outre Atlantique), cet album afficha rapidement la première place des charts anglais et entra dans le Top 10 américain. Il reste de fait, résolument emblématique d’une époque révolue.
Le trio connut son grand âge d’or entre 1971 et 1973 avec cinq magnifiques albums, et se concluant en apothéose avec la sortie du triple Live ‘’Welcome Back My Friends To The Show That Never Ends’’ (1974), un titre qui toutefois, allait s’avérer quelque peu trop optimiste pour la suite, même si celle-ci réservait encore quelques jolies surprises.
Comme pour le premier album, ‘’Tarkus’’ fut réédité en Septembre 2012 dans une version remixée par Steven Wilson dans un coffret double CD + DVD comprenant sur le second CD, une version en stéréo remix reprise sur le DVD avec la version 5.1.
Formation du groupe
Greg Lake : chant, basse, guitares électrique et acoustique - Keith Emerson : orgue Hammond, orgue de l'église St. Marks, piano, célesta, synthétiseur Moog - Carl Palmer : batterie, percussions
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