Le 28 Novembre 1974 paraissait chez Atlantic, l’album ‘’Relayer’’.
Depuis les sessions d’enregistrement de ‘’Tales From Topographic Oceans’’, Rick Wakenan n’adhérant pas à la direction prise par son groupe, ne cachait pas sa profonde aversion pour ce sixième album de Yes, bien au contraire, et officialisa son départ pendant la seconde quinzaine de Mai 1974, quelques jours à peine après la sortie de son second album solo ‘’Journey The Centre Of The Earth’’. Plusieurs musiciens furent pressentis pour le remplacer dont Eddie Jobson ou encore Keith Emerson, et qui déclinèrent l’invitation. Jon Anderson organisa une rencontre avec Vangelis. Mais le fort tempérament de l’artiste grec auquel le chanteur vouait une admiration sans bornes, ne correspondait pas à l’esprit du groupe, ce qui n’empêchera pas, dans les années 80, une collaboration entre les deux hommes dans un registre proche du New Age (Jon & Vangelis). Le choix se porta finalement sur Patrick Moraz que les membres de Yes avaient déjà rencontré à deux reprises (Montreux et Zürich), et qui, après une audition réussie sur l’un des titres du nouvel album (‘’Sound Chaser’’) valida leur offre alors que son trio Refugee (composé de l’ancienne section rythmique de The Nice) s’apprêtait à donner une suite à son magnifique premier album éponyme. De par sa formation classique et surtout ses appétences pour les improvisations jazz, le claviériste suisse allait jouer un rôle déterminant dans ce qui sera, in fine, son unique participation à un album de Yes.
Pour l’enregistrement de ce septième opus studio (entre Août et Octobre 74), le quintette installé dans une spacieuse gentilhommière appartenant à Chris Squire, bénéficia du studio mobile que venait d’acquérir le coproducteur & ingénieur du son Eddie Offord. Pour l’illustration de la pochette, Roger Dean confia s’être inspiré de l’univers du roman ‘’The Lord Of The Rings’’ dont l’auteur J.R.R. Tolkien venait de disparaitre l’année précédente. Ce septième opus mêlait le souffle homérique de ‘’Close To The Edge’’ aux couloirs dédaléens de ‘’Tales From Topographic Oceans’’ dans un répertoire comptant trois plages dont les 22 minutes de ‘’the Gates Of Delirium’’ occupaient l’intégralité de la première face du disque. A la croisée de plusieurs sources d’inspiration, du roman ‘’Guerre Et Paix’’ de Leon Tolstoï (projet initial) à la guerre du Vietnam, Jon Anderson avait préalablement déjà composé la troisième et dernière partie ‘’Soon’’, ce qui amena les cinq musiciens à fonctionner à contre sens dans l’écriture pour redonner son cheminement logique à cette nouvelle pièce épique et intrinsèquement destinée à être jouée en public.
Dans sa narration guerrière, la voix falsetto et séraphique de Jon Anderson survolait ces nuances de claviers et synthés de Patrick Moraz qui rompaient avec les textures de Rick Wakeman. Son chant s’élevait, annonçant une séquence instrumentale d’une dizaine de minutes, qui culminait vers un niveau de violence sonore encore inégalée chez Yes, portée par la frappe à la fois puissante et précise d’Alan White, l‘énorme basse de Chris Squire et opposant la fulminante et rageuse guitare électrique de Steve Howe au reste de l’instrumentation, à l’image de la sanglante bataille dépeinte ici. Puis dans un saisissant contraste, les nappes de synthétiseur assuraient une transition vers la troisième séquence atmosphérique et paisible, un hymne à la Paix qui prend encore aujourd’hui, une résonance toute particulière. Le guitariste exprimait dans une interview ce déferlement d’énergie véhiculé par les musiciens dès leur entrée dans le studio, et que nous retrouvions encore sur le second morceau ‘’Sound Chaser’’. La présence de Patrick Moraz n’expliquait que partiellement cette libre incursion du groupe dans une musique protéiforme aux confins du jazz-rock. Jon Anderson confirma la forte influence du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin sur cette pièce flamboyante et émaillée de parties virtuoses et fluides de piano électrique, synthé, solos de Moog, mais malhabilement interrompues par un long solo de Steve Howe dont la Fender Telecaster prenait en outre, un accent de flamenco complètement décalé du contexte. L’exceptionnelle basse de Chris Squire cimentait encore l’ensemble de ce morceau dont on pourrait regretter spécifiquement dans ce registre, l’absence de Bill Bruford. Le répertoire se refermait dans le calme de la ballade ‘’To Be Over’’ inspirée à Steve Howe lors d’une partie de canotage sur le lac Serpentine de Hyde Park (Londres). Il ajoutait des nuances de sitar indien, guitares hawaïenne et slide, à des lignes mélodiques agréables bien que parfois alambiquées, comme souvent dans son schéma d’écriture.
De Novembre 74 à l’été 75, Yes enchaina trois tournées de concerts des deux côtés de l’Atlantique, faisant la part belle à ‘’Relayer’’ et ‘’Close To The Edge’’, et ne reprenant de ‘’Tales From Topographic Oceans’’ que ‘’Ritual’’. Une pause discographique de près de 3 ans permit respectivement à Steve Howe, Chris Squire, Alan White, Patrick Moraz et Jon Anderson de publier leurs premiers albums solos. Puis en Juillet 1977, la sortie de ‘’Going For The One’’ allait être marquée par le retour de Rick Wakeman au sein du quintette. Après deux albums en son nom, Patrick Moraz rejoignait les Moody Blues à partir de ‘’Long Distance Voyager’’ en 1981.
‘’Relayer’’ fut réédité et remasterisé en version CD + DVD (Elektra/Rhino/ Warner) comprenant sur le CD, 3 plages bonus (versions singles de ‘’Soon ‘’ (dernière partie de ‘’The Gates Of Delirium’’) et ‘’Sound Chaser’’, version alternative de ‘’The Gates Of Delirum’’) et sur le DVD la versions 2014 en stéréo et en 5.1 Surround par Steven Wilson.
- The Gates of Delirium 21’55
- Sound Chaser 9’25
- To Be Over 9’06
Formation du groupe
Alan White : Batterie, Percussions - Chris Squire : Basse, Chœurs - Steve Howe : Guitares, Pedal Steel Guitar - Patrick Moraz : Claviers (Piano, Orgue Hammond, Mellotron, Minimoog - Jon Anderson : Chant, percussions, Guitare acoustique, Piccolo