Future Days

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(4 sur 5) / Autoproduction
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Electro Métal Progressif Rock Progressif

Si la genèse de The Raging Project, projet né des cendres d’une précédente esquisse intitulée Rage, date de 2007, les messages portés par cet album n’en demeurent pas moins d’une résonance hélas très actuelle, explorant, en effet, les multiples crises engendrées par l’humanité pour mieux poser, de manière glaçante, cette ultime question : face à l’inéluctable abîme, méritons-nous vraiment d’être sauvés ou ne devrions-nous pas tout simplement disparaître et ce, pour le meilleur de cette planète ? Une réflexion entre fatalisme, révolte et résilience, dont la musique du versatile musicien et compositeur français Ivan Jacquin (Foreign Rock Opera, Psychanoia, Amonya) épouse parfaitement les contours, alternant moments de profonde colère au regard de cette folle autodestruction permanente et passages plus réfléchis de questionnements existentiels, permettant ainsi d’éviter toute linéarité et offrant une grande diversité dans la dynamique des différentes pièces proposées ici. Avec un style qui fusionne très habilement metal, rock progressif et influences électro, créant ainsi un univers musical dense et captivant. Et enrichi par un prestigieux casting de pas moins de seize artistes qui contribuent à colorer de leur touche unique les différentes compositions de l’album. Parmi les invités de ce qui restera avant toute chose un projet studio, on retrouve le claviériste Derek Sherinian (ex-Dream Theater, Planet X, Whom Gods Destroy), le guitariste et chanteur Jean-Pierre Louveton (Nemo, JPL), le batteur Leo Margarit (Pain Of Salvation), la chanteuse Ingrid Denis (Jirfiya) ou encore la chanteuse multi-instrumentiste Amanda Lehmann, collaboratrice de Steve Hackett.

Avec une thématique aussi forte, il n’est pas surprenant que la musique proposée sur Future Days se pare à certains moments d’une véritable ambition épique avec, en corollaire, une forte orientation prog. Et trois titres illustrent à merveille cette dimension : tout d’abord, le troublant « On Earth« , constat amer de notre incapacité à préserver les ressources naturelles de ce monde et nous rappelant la justesse de ces quelques mots attribués au grand chef apache Geronimo : « Lorsque le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous comprendrez que l’argent ne se mange pas« . Une intro floydienne, qui s’étire lentement, de manière très spatiale, et une composition sublimée par les interventions de Derek Sherinian, particulièrement inspiré tout au long du titre (claviers, moog et thérémine), et la guitare de Fabrice Lacourt. Avec le bien nommé « Procession« , nous rejoignons la funeste cohorte des derniers humains en marche vers le point final de l’humanité, sur un lancinant rythme électronique et alors que les envolées de guitare accentuent le drame qui se joue. Enfin, sur « Even If I Bleed« , plus heavy grâce notamment à la frappe de Leo Margarit et aux guitares volubiles et jouissives d’Olivier Gaudet et Amanda Lehmann, le climat se fait oppressant et pesant face aux regrets et à l’inévitabilité. La voix envoûtante d’Amanda Lehmann ajoute, quant à elle, assurément, de la profondeur à la composition.

Le projet d’Ivan Jacquin sait également se faire plus frontal avec des titres plus courts et très percutants. En témoigne « Rage ! » qui apparaît comme la déclaration d’intention de l’album. Véritable réquisitoire contre la destruction de l’environnement, ce morceau, qui démarre sur des sons industriels, se transforme rapidement en véritable coup de poing, mu par une émotion brute, un chant scandé, une complexité rythmique et cette montée en puissance qui évoque indéniablement Rage Against The Machine. « Don’t Want » est un autre grand temps fort de cet album, mêlant intelligemment éléments agressifs et mélodiques. Et avec un message martelé par un refrain marquant, la richesse de la voix d’Ingrid Denis et des guitares incisives: ne pas se réfugier dans le passé et oser affronter le futur. L’inclusion de sonorités plus organiques, comme ce surprenant orgue Hammond sur « Colère« , n’atténue en rien cette sensation d’implosion permanente des compositions. Et même lorsque The Raging Project nous emmène vers des territoires excessivement électro et synth-pop avec le tourbillonnant « I Wanna Dance« , il n’en oublie pas pour autant d’ajouter à son vocabulaire le mot metal, avec pour résultat une composition qui, en écho au texte, sonne comme un déferlement de pulsion orgiaque désespéré avant l’embrasement final.

Future Days crée une expérience d’écoute marquante avec des compositions soignées aux ambiances distinctes, reflétant la diversité de la culture musicale et la polyvalence de son maître d’œuvre, Ivan Jacquin. Seul regret à l’écoute de ce projet fascinant, des textes en anglais qui auraient mérité d’être retravaillés avec un anglophone tant ils souffrent parfois d’expressions approximatives ou d’un vocabulaire restreint et, de ce fait, limitent la profondeur et la portée des messages d’une réflexion pourtant très clairement nourrie, sur un thème absolument critique. D’ailleurs, les versions françaises de certains titres semblent prendre une tout autre dimension, mises en exergue par une qualité littéraire plus évidente.

Formation du groupe

Ivan Jacquin : Chant , Claviers, Programmes, Bass Synth sur 1, 3, 5, 6, 10, 11 - Leo Margarit : Batterie sur 2, 3, 5, 12 - Thierry Charlet : Batterie sur 7, 8, 9 - Henri-Pierre Prudent : Batterie sur 4, 6, 10, 11 - Fabrice Lacourt : Guitares sur 1, 3, 8, 9, Basse sur 3 - Jean-Philippe Ciman : Basse sur 2, 8 - Franz Koehler : Basse sur 4, 7, 9, 11 - Olivier Gaudet : Guitares sur 2, 4, 5, 12 - Stelios Gatziolis : Guitares sur 11 - Geoffrey Baumont : Guitares sur 6, 7 - Jean-Pierre Louveton : Guitares au 7, Chant au 12 - Amanda Lehmann : Guitares sur 5, 12, Chant sur 5, 9 Jeannick Valleur : Chant sur 3, 4, 9 Ingrid Denis : Chant sur 2, 7, 9 Greg Giraudo : Chant sur 11 Derek Sherinian : Claviers et Thérémine sur 9

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