Letters to a Distant Past

Par

(4 sur 5) / Autoproduction
Categories
Ambient Electro Rock Progressif

Dès les premières notes de ce nouvel album de Deposed King se dessinent les contours d’un univers de crépuscule intérieur d’où s’élève une tension dramatique, telle une brume spectrale sur une contrée désolée aux confins de la solitude, dans l’exact prolongement de l’atmosphère minimaliste de cette magnifique pochette. Le récit de Letters to a Distant Past est celui d’un homme ayant perdu tout repère, piégé dans une boucle temporelle, avec un passé qui s’éloigne et une mémoire qui se délite. Un homme qui oscille constamment entre acceptation et espérance ténue et qui s’obstine à une métaphorique correspondance épistolaire avec une ombre, l’écriture devenant alors un véritable acte de survie.

La musique proposée ici par le duo hongrois Dániel Kriffel (chant, guitares, basse, claviers, synthés, programmation batterie) et Dominique Király (guitare, synthés, chœurs) est la parfaite vitrine d’un progressif moderne et inventif, avec un langage très personnel entre prog, ambient, électro et jazz, où l’expérimentation sert à merveille la dimension immersive. Et si Deposed King impressionne toujours par sa richesse musicale, déjà évidente sur One Man’s Grief (2023), le duo a ici gagné en maturité narrative, avec moins de « chansons » au sens classique et un accent mis sur un récit sonore où textes et musiques ne font qu’un, de manière très cinématique.

image

Et au-delà d’affinités musicales revendiquées avec, entre autres, Steven WilsonMariusz Duda ou Lunatic Soul, transparaît de manière flagrante une parenté avec Marillion (époque Hogarth) qui ne se manifeste pas seulement dans certaines sonorités, mais aussi dans l’architecture des morceaux les plus longs qui privilégie l’émotion à la démonstration avec des transitions tout en nuances et en subtilité. Écoutez pour vous en convaincre les 9 minutes de « Moonlight Lullaby », juxtaposant, dans de magnifiques contrastes et moments suspendus, la nuit glacée et la fragile chaleur d’un foyer éclairé. Ou les 7 minutes de « Daymare », un rêve éveillé sans fin (à l’image de ces boucles qui évoquent le travail de Jim Matheos sur son projet Tuesday the Sky), à peine interrompu par un moment d’espoir fulgurant – ce piano aux accents jazz – avant que la mélancolie ne reprenne le dessus pour mieux se prolonger dans un murmure obsédant. Ou encore les 10 minutes instrumentales de « Letters to a Distant Past » qui nous invitent à une incursion dans un passé multipliant les séquences comme autant de fragments d’images différentes – entre atmosphère planante, distorsion, rupture et puissance. Ou enfin « Reverie », plus longue pièce du disque (12 minutes), qui démarre dans la proximité réconfortante d’une présence avant de lentement glisser vers un ailleurs, se dissolvant à jamais dans la longue dérive d’un songe – dernier refuge ? – magnifié par un élégant solo de claviers dans l’esprit d’un certain Mark Kelly.

Deposed King nous rappelle avec réussite que le rock progressif a aussi pour ambition de raconter l’intime en s’appuyant sur une musique vraie, vulnérable et profondément humaine. Dániel Kriffel et Dominique Király sont deux cinéastes de la nuit, qui, avec peu de moyens mais une réelle exigence, nous transportent dans des mondes intérieurs révélant des émotions qu’on croyait enfouies. À quand un véritable label pour les épauler ?

Formation du groupe

Dániel Kriffel : chant, guitares, basse, claviers, synthés, programmation batterie - Dominique Király : guitare, synthés, chœurs - Frigyes Samuel Racz - Guitare (Solo 3)

🌍 Visiter le site de Deposed King →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Cycles

Par PaulBriff

4.1 sur 5

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *