In The Region Of The Summer Stars

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(5 sur 5) / Buk Records
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Rock Progressif Rock Symphonique

Publié chez Buk Records en 1976, l’album ‘’In The Region Of The Summer Stars’’ célèbre son cinquantenaire cette année !

En cette seconde moitié des années 70 voyant déjà s’amorcer le déclin du rock progressiste auquel le courant punk allait instamment donner le coup de grâce, une nouvelle formation émergeant dans ce paysage musical en mutation, avait à priori, peu de chance de s’imposer, mais c’était sans compter sur le brillantIissime Robert John Godfrey…. Ce musicien originaire du Kent, et de formation éminemment classique (Royal Academy Of Music), avait collaboré en tant que Directeur d’orchestre, avec le groupe Barclay James Harvest, qui, à leurs débuts (1969-1971), s’accompagnaient en effet, d’une large formation symphonique de cordes et cuivres qu’ils abandonnèrent par la suite. Il fut écarté du groupe pour des raisons obscures, et contesté en tant que co-compositeur, ce qui entraina une longue procédure judiciaire qui allait s’étendre sur plus de deux décennies. Après avoir été membre du très éphémère groupe Siddharta, et repéré à cette occasion par Tony Stratton Smith, il publia chez Charisma Records en 1974, son premier album solo (‘’Fall Of Hyperion’’), une adaptation musicale du poème épique de John Keats qui, malheureusement ne connut qu’un bien maigre succès. Et ce fut en 1973 qu’il forma The Enid avec les deux guitaristes Francis Lickerish et Stephen Stewart, concrétisant ainsi son projet de fusionner au rock, la musique classique (notamment le romantisme russe et l’impressionnisme français). S’étant doté d’une solide section rythmique (en particulier le binôme Dave Storey/Glenn Tollett), le groupe opta pour une musique totalement instrumentale après le suicide de son premier chanteur Peter Roberts intervenu au tout début des enregistrements de ‘’In The Region Of The Summer Stars’’ (entre décembre 1974 et le printemps 1975) aux Sarm Studios de Londres.

Publié par Buk, un sous-label créé par BASF et distribué par EMI, ce premier opus multi conceptuel s’inspirait à la fois d’œuvres littéraires du romancier & poète Charles Williams, de certaines théories de Jung et surtout des cartes de tarot (le titre initial de l’album, ‘’Voyage Of The Acolyte’’ avait d’ailleurs été abandonné au profit de celui de Steve Hackett). D’emblée, un pur classicisme émergeait du prélude pianistique ouvrant l’album, et sur lequel planaient les ombres de Scriabine et Bartok ; ’’The Fool/The Falling Tower’’, cette première plage bipartite était une pièce composite à la fois dans ses signatures temporelles et des textures mêlant des guitares aux accents ibériques ou aux notes ciselées à un arsenal protéiforme de claviers. Puis avec ‘’Death, The Reaper’’ l’ambiance prenait autour de l’orgue et des synthétiseurs, un tour sombre et solennel, parfois proche de la musique sacrée, sur un thème aux couleurs médiévales avant que la batterie n’embarque un final à la noirceur crimsonienne. Intensément romantique, ‘’The Lovers’’ brillait par une mémorable partition de piano de Robert John Godfrey sur une influence complètement assumée de Sergueï Rachmaninov, et saupoudrée de légères nappes de synthétiseurs. Le contraste était d’autant plus saisissant avec le thème inquiétant de ‘’The Devil’’, fortement appuyé par la ligne de basse. ‘’The Sun’’ refermait la première face dans une douceur diaphane entre berceuse et pièce contemplative. Son introduction cuivrée et atmosphérique était portée ici, à la façon d’un Jon Hassell, par le trompettiste Dave Hancock invité sur l’album, et qui assurait également un pont entre les deux dernières plages du disque. Elles en étaient probablement aussi les deux pièces majeures.

‘’The Last Judgement’’, morceau le plus long de l’album démarrait sur un tempo emprunté au ‘’Boléro’’ de Ravel autour d’un thème qui, de son côté, faisait un détour par Berlioz et le non moins célèbre ‘’Dies Irae’’ (extrait de la ‘’Symphonie Fantastique’’), l’un de ces nombreux clins d’œil de Robert John Godfrey aux œuvres classiques. Au fil de ces huit minutes, nous étions ainsi transportés dans un lent crescendo auquel claviers et synthétiseurs conféraient une puissante et luxuriante dimension orchestrale autour de la partie centrale avant un final aérien et léger. Ajoutant quelques nuances de flûte et de contrebasse, le morceau-titre offrait l’un des plus grands moments du rock progressif des 70s à travers une sublime envolée instrumentale agrégeant de délicates parties de guitares électriques particulièrement léchées, à un somptueux entrelacs de claviers acoustiques et électroniques (réminiscence entre autres, du ‘’Selling England…’’ de Genesis paru trois ans plus tôt). En bref, on ne pouvait rêver plus belle conclusion à ce premier effort particulièrement réussi de The Enid.

Officiellement toujours actif, ce groupe à géométrie variable autour de son leader, a publié le plus souvent en autoproduction et/ou sur leurs propres labels, près d’une vingtaine d’albums et presque autant de chefs d’œuvres (citons ‘’Invicta’’, ‘’Aerie Faerie Nonsense’’, ‘’Journey’s End’’, ‘’Six Pieces’’, ‘’White Goddess’’, ‘’Touch Me’’, entre autres…), une discographie incontournable pour tout amateur de rock progressiste symphonique, dans sa définition la plus classique.

En 1984, ‘’In The Region Of The Summer Stars’’ fut remixé par Robert John Godfrey et Stephen Stewart dans une autoproduction (et nouveau visuel de pochette remplaçant l’illustration originelle de Colin Dunbar) où le groupe réorganisa le répertoire autour 11 plages avec de nouveaux titres (Fool, The Tower Of Babel, The Reaper, The Loved Ones, The Demon King, Pre-Dawn, Sunrise, The Last Day, The Flood, Under The Summer Stars, Adieu) ; la première face d’origine connut de nombreux changements tandis que la seconde fut totalement réenregistrée avec la participation du batteur Chris North (EMI n’ayant pas conservé les bandes multipistes).

Formation du groupe

Francis Lickerish : guitare - Glenn Tollett : claviers, basse, tuba - Robert John Godfrey : claviers (dont solo de piano sur le morceau 3), percussions - Stephen Stewart : basse, guitare - David Storey : batterie et percussions - Robbie Dobson : percussions - Avec : Neil Kavanagh : basse, flûte - Dave Hancock : trompette (solo sur le morceau 5, passage de transition entre les morceaux 6 et 7)

🌍 Visiter le site de The Enid →

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