Gaucho

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(5 sur 5) / MCA Records
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Blues Rock Jazz-Rock Pop/Rock Rock

Le 21 Novembre 1980 paraissait chez MCA Records, l’album ‘’Gaucho’’.

En 1978, alors que Steely Dan était à son zénith après la sortie de ‘’Aja’’ en Septembre 77, le binôme Donald Fagen/Walter Becker reprit le chemin des studios pour un 7ème opus qui allait connaitre affres et vicissitudes avant de voir le jour. En effet, cette période fut d’abord marquée par deux années d’une bataille juridique opposant le groupe à la maison de disques MCA ayant racheté ABC. Walter Becker connut quant à lui une triste succession d’événements : il perdit sa compagne en Janvier 80 suite à une overdose d’héroïne (dont il était lui-même dépendant) et se vit attaqué en justice par la famille de celle-ci ; il fut ensuite victime d’un accident en Avril 80 (percuté par un taxi New-yorkais) qui lui valut six mois d’hospitalisation. Cela expliquait son absence sur quatre des sept morceaux de cet album. La situation devint même ubuesque lorsqu’une partie des enregistrements finalisés, et notamment ‘’The Second Arrangement’’, première pièce écrite pour l’album que Gary Katz (producteur) et Roger Nichols (ingénieur du son) pressentaient déjà comme titre phare de l’album, fut maladroitement détruit par l’un des assistants.

Palliant l’indisponibilité prolongée de son partenaire, Donald Fagen, d’une nature déjà obsessionnelle, dut assurer seul, une partie de sessions qui allaient devenir interminables, procédant par exemple à 250 mixages pour le seul titre ‘’Babylon Sisters’’. 11 ingénieurs du son, 42 musiciens de studio parmi lesquels une fois encore, quelques noms illustres, et plus d’un million de dollars furent nécessaires pour finaliser ce que Donald Fagen appela ‘’l’album du désespoir’’. Il alla faire jusqu’à 40 prises avec des musiciens, lors de séances interminables et harassantes, comme en témoignait par exemple le guitariste Mark Knopfler (Dire Straits) dont seulement 15 secondes furent finalement retenues sur les 10 heures d’enregistrements (‘’Time Out Of Mind’’).

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Walter Becker & Donald Fagen

Au crédit des sept compositions du répertoire, un nom fut ajouté à Fagen & Becker sous le morceau-titre. En effet, les deux compositeurs furent attaqués (une fois de plus), cette fois au titre des droits d’auteur, par le jazzman Keith Jarrett qui considéra que ‘’Gaucho’’ (introduit au sax ténor par Tom Scott), plagiait le morceau ‘’Long As You Know You’re Living Yours’’ extrait de l’album ‘’Belonging’’ (ECM 1974) du pianiste, dont tous deux confirmèrent sans détour l’influence. Mais pour reprendre l’expression ’’des ténèbres jaillit la lumière’’, dans ce registre inclassable mêlant pop/rock, jazz, soul/RnB, blues, et d’une production toujours plus cristalline, Steely Dan allait ajouter une septième merveille à son parcours sans faute. Un journaliste du New York Times, pour finir son article, alla jusqu’à écrire que Dieu lui-même avait dû enregistrer cet album. Nous retrouvions ici des thématiques chères à Fagen & Becker, et dans un format identique au précédent, moins de 40 minutes, et 7 nouveaux titres de 4 à 7 minutes à la fois accrocheurs et, comme toujours, merveilleusement arrangés. Le chant au timbre nasillard si particulier de Donald Fagen était encore magnifié par les chœurs comptant entre autres Michael Mc Donald (Doobie Brothers) et les chants féminins d’artistes venues d’univers jazz (Patti Austin) ou soul/funk (Valerie Simpson).

Cet album mettait davantage l’accent sur le groove et la rythmique, comptant encore les présences de quelques pointures (Steve Gadd, Jeff Porcaro, Rick Marotta, Bernard Purdie), tout en utilisant sur plusieurs titres, une boite à rythme Wendel. Ajoutant au panache de ces textures sonores, les traditionnelles sections de cuivres comptaient ici, entre autres, dans leurs rangs, Michael et Randy Brecker, David Sanborn, Ronnie Cuber ainsi que Tom Scott qui en assurait encore les arrangements. Aux côtés de brillants claviéristes tels que Don Grolnick, Rob Mounsey et Joe Sample, les guitaristes jouaient à nouveau un rôle prépondérant sur chacune des plages, et en premier lieu, Steve Khan sur ‘’Babylon Sisters’ et surtout ‘’Glamour Profession’’ et ‘’My Rival’ dont il était l’auteur des solos sur une Gibson ES-Artist qu’il a d’ailleurs revendue aussitôt après les enregistrements. Anecdotiquement encore, Larry Carlton découvrit à posteriori avoir participé à cet album. En effet, suite à la destruction des enregistrements relatée précédemment, ‘’Third World Man’’, un morceau repris dans les archives de ‘’The Royal Scam’’, fut ajouté en dernière plage, finissant de compléter ce répertoire. On comprendra aisément qu’après toutes ces péripéties, Walter Becker ait choisi de changer littéralement de vie (en tout cas pour quelques années…) dans le calme insulaire d’Hawaï.

Quatre décennies plus tard, voilà bien un album qui, comme ses prédécesseurs d’ailleurs, n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de son éclat. En 2022 fut publié ‘’The Lost Gaucho’’, un bootleg déjà introuvable (!) contenant parmi ses 14 pistes, 8 inédits dont le fameux ‘’The Second Arrangement’’ mystérieusement reconstitué.

Formation du groupe

Donald Fagen : chant, synthétiseur et piano électrique (2-6) - Walter Becker : basse et guitare (2,4,5) Avec : Steve Khan : guitare électrique (1,3,4,6,7), guitare acoustique (7) - Hugh McCracken : guitare (2,5) - Mark Knopfler : guitare solo (5) - Hiram Bullock : guitare (6) - Rick Derringer : guitare (6) - Larry Carlton : guitare solo (7) - Don Grolnick : piano électrique et clavinet (1) - Rob Mounsey : piano (3-5), synthétiseur (7), arrangements de cuivres (1,5) - Patrick Rebillot : piano électrique (6) - Joe Sample : piano électrique (7) - Tom Scott : clarinette (1), saxophone alto (1), saxophone ténor (1,3,4,6), arrangements de cuivres (3,4,6), lyricon (3,6) - Randy Brecker : trompette (1,4,5), bugle (1,6) - Walter Kane : clarinette basse (1) - George Marge : clarinette basse (1) - Michael Brecker : saxophone ténor (3,5,6), chant - David Tofani : saxophone ténor (5) - Ronnie Cuber : saxophone baryton (5) - David Sanborn : saxophone alto (5) - Wayne Andre : trombone (6) - Chuck Rainey : basse (1,7) - Anthony Jackson : basse (3,6) - Bernard Pretty Purdie : batterie (1) - Rick Marotta : batterie (2,5) - Steve Gadd : batterie (3,6,7), percussions (2) - Jeff Porcaro : batterie (4 ) - Crusher Bennett : percussions (1,4) - Victor Feldman : percussions (2) - Ralph MacDonald : percussions (3,6) - Nicky Marrero : timbales (6) - Diva Gray : chœurs (1) - Toni Wine : chœurs (1) - Gordon Grody : chœurs (1) - Lani Groves : chœurs (1) - Leslie Miller : chœurs (1,3-5) - Patti Austin : chœurs (1,4,5) - Zachary Sanders : chœurs (2,3,6) - Frank Floyd : chœurs (2,3,6) - Valerie Simpson : chœurs (3-6) - Michael McDonald : chœurs (5)

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