Strinkadenn'Ys

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(5 sur 5) / Muséa
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Rock Progressif

Après avoir dit tout le bien qu’il pensait de Seven Reizh et de son dernier album « L’Albatros », Gabriel (qu’on ne présente plus sur ce site et bien au-delà) m’a proposé d’en dire un peu plus … Et comme j’avais un peu tendu la perche lorsque j’avais chroniqué le magnifique « Douar Nevez » de Dan Ar Braz, plus question pour moi de procrastiner ! Si l’oméga (provisoire je l’espère) que représente le petit dernier de Seven Reizh fut une confirmation, l’alpha de leur œuvre fut une révélation. Il y a de ces albums qui ouvrent une nouvelle voie, quelque chose surgit que nous n’aviez pas encore entendu ou imaginé.

« Strinkadenn’Ys » se révèle un long et passionnant poème symphonique, conçu par Claude Mignon et Gérard Le Dortz. Musique tour à tour puissante et rêveuse, et qui joue superbement de toute la dynamique sonore d’une orchestration inhabituellement riche, et qui fait évidemment la part belle aux instruments bretons, mais pas que ! Pour nos oreilles désormais bien calibrées au chant anglo-américain et évidemment au français, l’utilisation de la langue bretonne apporte de belles surprises en matière de sonorités et d’accents. Quelque part au cours de la musique vous entendrez même un peu de … Kabyle ! La voix exceptionnelle de Bleuwenn vous permettra de laisser vagabonder votre esprit et d’imaginer votre propre Enora, l’héroïne de ce conte fantastique.

Alors écoutons, puisque c’est ce que semble nous demander le titre du premier morceau. Ceux qui s’attendaient à entendre une sautillante chanson traditionnelle bretonne façon loup, renard et belette en seront pour leurs frais ! « Selaou » démarre avec puissance et détermination. La guitare lance vigoureusement le voyage, soutenue par la bombarde dans l’aigu. Et puis rupture brutale : tout s’apaise et sur une musique atmosphérique, Enora lance son premier chant. L’orage (au sens météorologique du terme) pointe à la fin et nous emmène vers le génial « Dornskrid » et sa belle mélodie à la guitare acoustique en guise de courte introduction. On bascule ensuite vers un moment d’une intense poésie au synthé et à la voix. « Sovajed a-feson » est l’un de mes titres préférés, d’inspiration éminemment celtique, avec de très belles percussions. Enora est omniprésente du début à la fin et l’alternance des tons majeurs et mineurs donnent à ce morceau une très grande force évocatrice.

Le sombre et mystérieux « Naer ar galloud » amène progressivement vers un passage à la guitare assez intense où surnage la voix d’Enora. « Hybr’Ys » démarre avec une superbe musique acoustique à 6 temps, avec piano façon Didier Squiban. Passages sombres et puis une fin aux synthés, totalement mystique. Tout aussi mystique, le chant de la Ville d’Ys (« Kan Kêr’Ys ») nous fait entendre le bagad. L’étrange «Linvadenn » qui évoque la submersion de la ville d’Ys, nous fait entendre la voix masculine en breton, puis en kabyle. Un coup de téléphone (!) et nous partons sur un rock puissant et très mélodique (façon Saga) avec «Tad ha mamm ». Une flûte traversière vient apaiser la musique, Enora s’en mêle et on termine dans la puissance retrouvée. Dernier moment de grande poésie de l’album avec la superbe ballade « Enora Ha Maël », puis c’est la fureur symphonique et maîtrisée de « Mall eo monet da Ys » qui termine cette grande fresque sur un énigmatique coup de gong.

Comme Enora, Claude Mignon et Gérard Le Dorzt ont manié et dompté la pierre pour bâtir cette cathédrale sonore. Comme tous les bâtisseurs ils se sont inspirés de ce qu’ils avaient vu et entendu ailleurs, mais ils ont su y intégrer les « pierres » de leur pays breton avec une réussite totale … Au jeu des influences musicales vous pourrez trouver beaucoup de grands noms de la musique. Personnellement, je trouve que Seven Reizh fait très bien du … Seven Reizh ! Et les albums suivants ne m’ont pas démenti.

Il y a fort longtemps, à propos de musique symphonique dite classique, j’avais lu une phrase qui dit à peu près ceci : « D’innombrables musiciens ont écrit d’innombrables symphonies, mais très peu sont de véritables symphonistes ». En transposant cette observation au noble art de la musique progressive, je vous laisse deviner où je situe Claude Mignon !

Allez, prenez votre baladeur favori et aller écouter le chant d’Enora sur une plage. Entre les vagues peut-être apercevrez-vous les reflets de la ville d’Ys. Qu’importe que vous ne soyez pas en Bretagne, après tout, personne ne sait réellement où se trouve Ys !

Formation du groupe

Bleunwenn : (chant) - Gwendall Mével : (flûte) - Claude Mignon : (guitares électrique et acoustique, claviers) - Gérard Le Dortz : (concept, design, paroles) - Konan Mével : (uillean pipes) - Farid Aït Siameur - (chant) - Gurvan Mével : (batterie, percussions) - Olivier Carole : (basse) - Gwenhaël Mével : (trombone, flûte) - Cyril Froger : (chant) - Thierry Chassang : (enregistrement, mixage, mastering) - Bagad Penhars

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