Titres
- 1. Atom Heart Mother (23:51) : - a) Father's Shout - b) Breast Milky - c) Mother Fore - d) Funky Dung - e) Mind Your Throats Please - f) Remergence
- If (4:24)
- Summer '68 (5:26)
- Fat Old Sun (5:17)
- Alan's Psychedelic Breakfast (12:56) : - a) Rise and Shine - b) Sunny Side Up - c) Morning Glory
Le 2 Octobre 1970 (sortie anglaise) paraissait chez Harvest, l’album ‘’Atom Heart Mother’’.
Si ‘’A Saucerful Of Secrets’’ (juin 1968) avait marqué un évident et nécessaire point de passage, ce fut à l’automne 1969, avec la sortie d’’Ummagumma’’ que le quartette Water/Wright/Gilmour/Mason aura confirmé la légitimité d’un groupe qui, en dépit de l’exclusion (contrainte) de son premier et charismatique leader Syd Barrett, pouvait désormais opérer sa métamorphose. Cette double galette qui se classa au top 5 des charts anglais et empocha en France le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, se partageait entre les enregistrements live d’une tournée anglaise au printemps 69, et une nouvelle playlist studio confirmant le potentiel compositionnel de Roger Waters, Rick Wright ainsi que de David Gilmour, mélodiste avéré avec le somptueux ‘’The Narrow Way’’.
En Novembre de cette même année, le réalisateur transalpin Michelangelo Antonioni séduit par ce disque, et surtout par ‘’Careful With That Axe Eugene’’, suivit l’exemple de son confrère franco-suisse Barbet Schroeder (‘’More’’) et sollicita Pink Floyd pour participer, parmi d’autres (les Stones, Grateful Dead…) à la bande originale de son film ‘’Zabriskie Point’’ pour laquelle trois titres furent finalement retenus sur une liste qui, de fait, allait encore étoffer le stock d’inédits du groupe. Les quatre musiciens avaient profité de leur séjour à Rome pour commencer à écrire de nouveaux morceaux de leur prochain album. Ponctué par une tournée de printemps, ‘’Atom Heart Mother’’ fut enregistré entre début mars et fin juillet 70 aux studios EMI de Londres. Sous sa célèbre pochette sans nom ni titre, signée par Storm Thorgerson (Hipgnosis) qui avait photographié ’Lulubelle’ dans son cadre champêtre quelque part entre Londres et Cambridge, ce nouveau répertoire associait à présent le rock psychédélique et expérimental d’’Ummagumma’’ à une incursion dans la musique classique et contemporaine. Pour ce faire, ces sessions accueillirent un orchestre conduit par Ron Geesin avec lequel, en cette même année, Roger Waters avait coécrit la B.O du film documentaire ‘’The Body’’, entourés de la même section de cuivres. Jeune compositeur avant-gardiste, Ron Geesin prit une part importante aux côtés des membres de Pink Floyd dans l’écriture et les arrangements de la longue suite titre en six mouvements qui couvrait la première face du disque.
‘’Father’s Shout’’ ouvrait cette pièce symphonique dans la solennité des cors, tubas, trompettes, trombones et saxophones émaillés de bruitages divers et soutenus par le batteur Nick Mason, où s’invitaient l’instrumentation rock et les chœurs féminins de John Alldis. Dans le second mouvement ‘’Breast Milky’’ le violoncelliste islandais Haflidi Hallgrimsson ajoutait mélancolie et émotion dans un solo supplantant celui prévu initialement à l’orgue par Rick Wright. Baignée dans une ambiance onirique et planante par la chorale et l’orchestration, la partie centrale de cette suite épique (‘’Mother Fore’’, ‘’Funky Dung’’) était sublimée (autour de 10,30 minutes) par une lumineuse interaction bluesy et atmosphérique entre l’orgue Hammond et la guitare électrique, soutenues en douceur par le binôme Waters/Mason.
‘’Mind Your Thoats Please’’, section la plus expérimentale de la face 1, avait fasciné par son climat presque Kafkaïen, le réalisateur Stanley Kübrick auquel Roger Waters refusa finalement une demande de l’utiliser pour son 9ème film ‘’Clockwork Orange’’. Introduite au violoncelle et à l’orgue Farfisa, La dernière partie ‘’Remergence’’ émaillée encore de ces insertions de bruitages inhérentes à la signature du groupe, et reprenant majestueusement l’un des thèmes principaux, était sublimé par ces parties aériennes de six-cordes qui allaient faire entrer le guitariste dans la légende. La seconde face s’articulait plus traditionnellement sur quatre morceaux composés par les membres du groupe. Accompagnant lui-même son chant à la guitare, Roger Waters avait signé la ballade folk acoustique ‘’If’ sur laquelle semblait planer l’ombre de Syd Barrett qui enregistrait en cette même période son second album solo. ‘’Summer ‘68’’, composé et emmené au piano par Rick Wright avec un retour de l’orchestration de cuivres, reste l’une des pièces les plus raffinées de cet album. Pour ‘’Fat Old Sun’’ qu’introduisait aux sons des cloches, ‘’Grandsire Caters’’ célèbre mélodie des églises britanniques, David Gilmour n’était accompagné que du claviériste sur ce morceau que le groupe allait, par la suite, allonger de dix minutes en live, notamment avec un long solo d’orgue de Rick Wright. Les textures acoustiques dominaient cette seconde face qui se refermait sur ‘’Alan’s Psychedelic Breakfast’’ (clin d’œil à leur roadie Alan Styles), un triptyque essentiellement instrumental composé collectivement, avec en point d’orgue, sa somptueuse dernière partie ‘’Morning Glory’’. Précisons enfin que ce 5ème album avait bénéficié du concours de deux ingénieurs du son et quatre assistants dont un certain Alan Parsons.
L’année suivante, selon les propres témoignages du groupe, démarrait d’une page blanche aussi bien en termes d’écriture que d’inspiration. On pourra s’étonner de cet état de fait au regard du nombre conséquent de morceaux restés en déshérence, à l’instar de l’excellent ‘’Embryo’’ qui étonnamment, ne sera toujours pas retenu pour l’album suivant où il eût pu pourtant trouver sa place. Néanmoins, cette idée de faire table rase aura définitivement été le choix de la raison. A partir du chef d’œuvre intemporel ‘’Meddle’’ publié fin octobre 1971, ce sera à pas de géant qu’au fil des années suivantes, Pink Floyd allait connaitre son second âge d’or autour d’un rock atmosphérique brillamment produit qui conduira inéluctablement ce mythique quartette à une consécration planétaire.
‘’Atom Heart Mother’’ fut réédité le 8 décembre 2023 (Pink Floyd Records/Parlophone/Sony music) en CD (remastérisé en stéréo sans bonus) + Blu-Ray (contenant un extrait de concert enregistré au Japon en 1971), et accompagné d’un Livret de 60 pages.
Formation du groupe
David Gilmour : guitares, basse, batterie et chant (4) - Richard Wright : claviers (Hammond M102), chant (3) - Roger Waters : basse, chant et guitare acoustique (2), bande magnétique, effets - Nick Mason : batterie, percussions, bande magnétique - Avec : Philip Jones Brass Ensemble : cuivres (1,3) - Ron Geesin : orchestrations (1) - John Alldis Choir : chœurs (1) - Alan Styles : spoken word et effets (5) - Haflidi Hallgrimsson : violoncelle - Alan Parsons : ingénieur du son
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