Afraid Of Sunlight

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(5 sur 5) / EMI
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Rock Progressif

Avec ses 300 000 exemplaires vendus, « Brave » est un échec commercial aux yeux de EMI, la maison de disque de Marillion qui ne cache plus son manque d’intérêt pour le groupe.

Les musiciens à la fois déçus de la réception pourtant correcte de l’album et épuisés par sa réalisation et la tournée qui s’en est suivi se réunissent en janvier 95 pour décider de l’avenir du groupe. À l’ordre du jour, l’éventualité pour Marillion de virer « indie » afin de coller à l’air du temps ou encore quitter la maison de disque avant que celle-ci ne les abandonne.

Pour des raisons contractuelles, les musiciens se décident à rester chez EMI et d’enregistrer ce qu’ils savent être leur dernier album pour la multinationale.

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Dave Meegan, le magicien déjà aux manettes sur le précèdent album du groupe est de nouveau de la partie et pousse encore une fois les musiciens à se surpasser mais ceux-ci, physiquement et surtout mentalement abattus ont pour certains du mal à accepter cette rigueur de travail. Alors que Mark Kelly met un frein aux nombreuses idées suggérées par le producteur, Steve Hogarth qui admet alors être dans un état psychologique pitoyable les accepte sans restriction. Il trouve aussi une aide bienvenue auprès de John Helmer (que H surnomme John Helper), parolier qui a contribué à tous les albums du groupe depuis le départ de Fish.

Trois mois, c’est tout ce qu’il a fallu au groupe pour enregistrer cet album que le mot « fragile » définit parfaitement, mais là où « Brave » nous narrait la fragilité d’une adolescente aux prises avec ses démons intérieurs, c’est la fragilité des membres du groupe qui se mettent ici à nu de manière inédite que « Afraid Of Sunlight » nous dévoile.

La majorité des textes de l’album abordent les thèmes de la célébrité et la façon dont celle-ci peut détruire la vie de ceux qui vivent sous le feu des projecteurs, renvoyant directement à l’état d’esprit dans lequel se trouvent les membres du groupe en cette période sombre et incertaine de leur carrière et tout particulièrement Steve Hogarth qui s’expose comme jamais en se référant parfois à d’autres artistes qui ont payé un lourd tribut à la célébrité (Elvis Presley, Kurt Cobain entre autres) pour exprimer son propre ressenti.

Musicalement, « Afraid Of Sunlight » propose une approche plus directe que le très fouillé « Brave » comme en témoignent « Gazpacho» ou le surprenant hommage aux Beach Boys « Cannibal Surf Babe » les deux morceaux rock qui ouvrent l’album. Le reste des titres fait la part belle aux mélodies plutôt que de mettre l’accent sur les atmosphères comme le groupe en avait l’habitude par le passé sans toutefois faire l’impasse sur celles-ci comme le prouve le superbe et très progressif « Out Of This World », hommage à Donald Campbell mort en tentant de battre le record du monde de vitesse sur son bateau, le BlueBird (« In your purpose-built machine, No one dare to call a boat »).

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Mais direct ne veut pas dire pauvre et « Afraid Of Sunlight » se révèle être une perle de pop progressive extrêmement riche que les interventions tout en retenue de chacun des musiciens rapprochent de la perfection et dont la balade « Beautiful » est un bel exemple.

Chaque note, chaque mot, chaque silence concourt à nous faire ressentir le mal-ressenti alors par les musiciens et on est bouleversé par la détresse présente tout au long de ce disque tant dans la musique elle-même que dans l’interprétation passionnée de Steve Hogarth qui met toute son âme pour emmener chaque titre vers des sommets d´une émotion non feinte comme en témoignent l’intimiste « Afraid Of Sunlight » et son pendant « Afraid Of Sunrise » avec lequel il partage quelques lignes de texte, « Beyond You » au texte déchirant ou encore « King » dont les paroles résument à elles- seules l’état d’esprit dans lequel se trouve Steve Hogarth et ses compères.

« Afraid Of Sunlight » démontre que Marillion est encore et toujours le leader d’une vague progressive à laquelle il apporte une modernité, une finesse et une classe que peu d’autres groupes ont la capacité de revendiquer et signe avec cet album une œuvre assez accessible, probablement la plus sincère de la discographie du groupe.

Si celui-ci est le dernier album que Marillion offre à sa maison de disque avant leur séparation, « Afraid Of Sunlight » n’est qu’une étape de plus dans la carrière du groupe qui ne tardera pas à revenir sur le devant de la scène, mais ça, c’est une autre histoire.

Formation du groupe

Steve Hogarth : chant - Mark Kelly : claviers - Ian Mosley : batterie - Steve Rothery : guitare - Pete Trewavas : basse

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