Contrappunti

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(5 sur 5) / Phillips
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Rock Progressif

Au cours du printemps 1974 paraissait chez Phillips l’album ‘’Contrappunti’’

En cette année 1974, le trio vénitien était au faîte de sa gloire, après la sortie de ‘’Felona E Sorona‘’, un succès qui dépassa même les frontières après la commande de Tony Stratton-Smith pour Charisma Records, d’une version de ce quatrième album studio en langue anglaise, et traduite par Peter Hammill (!). Le moment était donc opportun pour la sortie d’un premier Live (‘’In Concerto’’) enregistré la mi-Janvier 74 au Théâtre Brancaccio de Rome. Avec curieusement un seul titre extrait de ‘’Felona E Sorona’’ (‘’Ritorno Al Nulla’’) et aucun du néanmoins remarquable ‘’Uomo Di Pezza’’ (1972), il reprenait trois plages (dont l’excellent morceau-titre) de ‘’Collage’’ (1971), second opus du groupe considéré d’ailleurs comme le premier album de l’histoire du rock progressif italien. Puis le producteur Gian Piero Reverberi retrouva le trio aux studios Phonogram de Milan pour enregistrer ce 5ème album studio, où, comme il le fit deux ans plus tôt, mais sur le seul premier morceau de ‘’Uomo Di Pezza’’ (‘’Una Dolcezza Nuova’’), il s’ajouta complètement ici au line-up. Son apport en tant que pianiste fut déterminant dans le changement vers une musique plus sophistiquée, voire complexe lorsqu’avec le claviériste fondateur, tous deux se tournaient ici vers un mode polytonal, comme le montrait d’emblée le formidable morceau titre instrumental ouvrant l’album.

Pour autant, nous retrouvions tout autant ici les influences d’Emerson Lake & Palmer (voire de Genesis & Van Der Graaf Generator) autour du classicisme tour à tour baroque et romantique de Tony Pagliuca (Polymoog, Orgue Hammond & mellotron) et de sa section rythmique. Aldo Tagliapietra se focalisa davantage sur la basse, reléguant les guitares au second plan, à l’exception de la ballade ‘’Frutto Acerbo’’ sur laquelle sa six-cordes acoustique promenait ses arpèges sur des nappes de synthétiseur. Ce répertoire d’une durée courte de 33 minutes (comme ‘’Felona E Sorona’’) alternait plus ou moins des plages instrumentales, comme le court intermède ‘’Aliante’’ et ses sonorités électroniques éthérées portées par une singulière signature rythmique, avec des chansons dont l’envoûtant ’’India’’ ou ‘’encore le somptueux et poignant cinquième morceau ‘’La Fabbricante d’Angeli’’ sur le thème des avortements clandestins aux conséquences souvent dramatiques, porté avec sensibilité par le chant d’Aldo Tagliapietra, dans un contexte de grande polémique, rappelons-le, en Italie comme ailleurs, sur l’IVG. ‘’Notturno’’ était une pièce de chambre présentant un fascinant clair-obscur opposant la partie fluide de piano de Gian Piero Reverberi aux textures sombres des claviers de Tony Pagliuca. Il sera repris en 2019 sur l’album ‘’Sulle Ali Di Un Sogno’’, et conduit cette fois à la guitare acoustique en lieu et place du piano. ‘’Contrappunti’’ se refermait sur les neuf minutes de ‘’Maggio’’, pièce majeure, symphonique et aussi complexe que d’une grande musicalité. Les quelques textes lyriques et signifiants d’un thème particulièrmeent mélodique ouvraient grand l’espace à de larges parties instrumentales alternant séquences atmosphériques (mellotron, synthétiseurs & cloches) et breaks portés par la rythmique agile de Michi Dei Rossi et de la lourde basse d’Aldo Tagliapietra portant les parties d’orgue Hammond, Moog puis guitare électrique dans la séquence finale. Quintessence du groupe, ce morceau devint naturellement par la suite, l’un des classiques de concert de Le Orme.

La sortie, l’année suivante, ‘’Smogmagica’’ fut surtout marqué par l’arrivée, en tant que quatrième membre, de Toto Marton, repositionnant de fait, la guitare électrique au cœur de l’instrumentation. En 2009 fut édité un coffret 11 CD (The Universal Music Collection) reprenant toute la période allant de ‘’Collage’’ (1971) à ‘’Piccola Rapsodia Dell’Ape’’ (1980), un album totalement acoustique (comme le précédent, ‘’Florian’’ en 1979) autour d’une large instrumentation classique ou traditionnelle (violon, grand piano de concert, violoncelle, charango, guitare classique…). De nombreux changements émaillèrent inévitablement le long parcours discographique de Le Orme qui, en 2024, publiait son 23ème album studio (‘’Il Leone E La Bandiera’’).

Formation du groupe

Aldo Tagliapietra : chant, basse, guitare - Antonio Pagliuca : claviers - Gian Piero Reverberi : piano, producteur - Michi Dei Rossi : batterie, percussions

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