Titres
- I Could Never Be a Soldier (11:35)
- Ship (6:41)
- A Dog with No Collar (2:08)
- Lady Lake (8:50)
- Same Dreams (2:46)
- Social Embarrassment (6:32)
Le 9 Décembre 1972 paraissait chez RCA Victor, l’album ‘’Lady Lake’’.
Si le parcours musical de Stewart et Colin Goldring peut paraître bien insolite*, il n’en est pas moins le reflet des deux périodes antinomiques que furent le remarquable courant créatif du début des 70s puis la vague contre-culturelle punk qui sonna son glas à la fin de la décennie. Ces deux frères jumeaux mirent leur solide formation classique et leur talent précoce de musiciens & compositeurs au service d’un projet s’inscrivant parfaitement dans la mouvance progressiste lorsqu’ils fondèrent Gnidrolog (anagramme de leur nom de famille) à Londres en 1969 après avoir été rejoints par le bassiste Peter Cowling et le batteur hautboïste et flûtiste Nigel Pegrum, ex-membre des Small Faces et de Spice (futurs Uriah Heep). Bien qu’étant tous deux poly-instrumentistes, les deux frères se focalisèrent sur les guitares que Colin Goldring compléta néanmoins, autour de son chant, de cuivres et vent. Ils privilégièrent délibérément ces instruments aux claviers, autour d’un répertoire qualifié par Stewart Goldring comme ’’expressionniste’’, et se voulant ‘’aussi complexe à écouter qu’à jouer’’ à travers un assemblage de sons disparates et de signatures temporelles élaborées. Difficilement classable comme un certain nombre de ses pairs, et souvent décrit comme étant au croisement de Gente Giant, Jethro Tull et Van Der Graaf Generator, ce groupe pouvait également trouver une filiation américaine avec certaines sources d’inspiration chez Frank Zappa et certaines formations de la côte Ouest comme Linn County. Après avoir signé avec Ken Glancy pour le label RCA qui, symbole d’une époque, leur laissa le plus grand espace de liberté, ils publièrent en Avril 1972, ‘’ In Spite Of Harry’s Toenail’’. Ici, des textes particulièrement signifiants étaient portés par une musique nuancée et ambitieuse (sans être pompeuse) associant des éléments de folk, classique, jazz et blues, à travers sept plages dont l’épique ‘’Time And Space’’ et deux mini-suites de dix minutes (‘’Long Live Dead Man’’ et morceau-titre).
Au cours de la même année, nous retrouvions cette mosaïque d’influences dans ‘’Lady Lake’’, le moins aventureux et le plus accessible de ces deux opus passés sous les radars à l’ombre des grandes formations, et enregistré dans le troisième studio Morgan de Londres, le plus récent, doté d’un procédé 24 pistes. Le saxophoniste John Earle (décédé en 2008) avait rejoint la formation devenue quintette, enrichissant ce second album de ses qualités harmoniques, et procédant, pour certaines séquences, à près d’une vingtaine d’overdubs. Sur une introduction acoustique, l’épique ‘’I Could Never Be A Soldier’’ portait l’amer propos anti-militariste du chant de Colin Goldring autour de parties de flûte andersonnienne au fil d’un délicat crescendo dextrement soutenu par la guitare électrique et les saxophones. Sur ‘’Ship’’, hautbois et ténor horn s’associaient au mouvement d’une douce et onirique évasion maritime. Puis des arpèges de guitares acoustiques accompagnaient ’’A Dog With No Collar’’ dans un bref interlude folk tandis que la pianiste Charlotte Fendrich s’invitait sur la toute aussi courte ballade ‘’Same Dreams’’. Variation lointaine du ‘’Lac des Cygnes’’ de Tchaïkovski, le morceau titre, dans une construction plus complexe, reste l’une des pièces majeures du disque, et dont certaines ambiances pouvant rappeler les premiers King Crimson, autour d’un véritable florilège instrumental : lignes de basse & contrebasse de Peter Cowling, riffs et entrelacs de guitares, section de cuivres libérant quelques chorus de saxophones jusqu’à un désopilant final, et flûte à bec de Colin Goldring que Yes avait d’ailleurs invitée quelques mois plus tôt sur leur troisième album. La dernière plage, ‘’Social Embarassment’’ annonçait dès son trépidant démarrage, la pièce la plus fébrile du disque, entre heavy rock et jazz-fusion, autour de ces chant et chœurs décomplexés faisant écho quelque part, à Gentle Giant, et les longs motifs de guitare électrique de Stewart Goldring survolant ces textures empilant des parties de saxophones soprano aux baryton & ténor venus appuyer une obsédante rythmique.
L’échec commercial de ces deux albums (à redécouvrir absolument) et certaines tensions, notamment entre le bassiste et le batteur, conduisirent le groupe à sa dissolution peu de temps après. Puis, pour illustrer ce parcours paradoxal mentionné en préambule*, les frères Goldring fondèrent sous pseudonymes en 1976, et avec Nigel Pegrum (également membre de Steeleye Span), The Pork Dukes, un groupe de punk-rock aux textes provocateurs, et qui allait voir cette fois, le succès leur sourire, en particulier aux Etats Unis, où leur popularité dépassa même celle des Sex Pistols dans certains Etats. En 1999 (année de réédition des deux albums de 1972), contre toute attente, Gnigrolog se reforma le temps d’un troisième et ultime album (‘’Gnosis’’), comprenant cette fois des claviéristes, en l’occurrence Nessa Glen (membre officiel) et Chris Copping (Procol Harum) en tant qu’invité sur deux titres. Toujours en 1999 fut également publié l’unique album Live de Gnidrolog enregistré en 1972 à Birmingham contrairement à ce que montrait la photo de couverture prise au Weeley festival de 1971.
‘’Lady Lake’’ fut réédité à partir de 1999 et remasterisé en 2012 (Esoteric Records/UK) avec en bonus, un titre inédit (‘’Baby Move On’’). En 2004, il avait également été regroupé avec le premier album dans un coffret édité chez BGO Records.
Formation du groupe
Colin Goldring : chant, guitare rythmique, flûte à bec, cor ténor - Stewart Goldring : guitare solo - John Earle : saxophones soprano, ténor et baryton, flûte, chant principal (6) - Peter Cowling : basse, violoncelle - Nigel Pegrum : percussions, flûte, hautbois - Avec : Charlotte Fendrich : piano (5) - Chœur d'hommes de Colney Heath (6)
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