Titres
- Opening Move (9:42)
- Second Spasm (8:15)
- Lament (10:45)
- Checkmate (9:50)
Paru en Décembre 1974, l’album ‘’Red Queen To Gryphon Three’’ célèbre son cinquantenaire !
Dans le paysage bigarré du rock progressif des années 70, voilà bien encore une formation dont les merveilleux talents et les singularités (dans le meilleur des sens) sont inversement proportionnels à un manque de notoriété des plus regrettables. Formé en 1972 par le claviériste & flûtiste Richard Harvey et le bassoniste Brian Gulland, deux anciens élèves de la Royal Academy Of Music, le quartette fut rapidement réuni lorsque les deux musiciens furent rejoints par Graeme Taylor, poly instrumentiste comme Harvey, et le batteur David Oberlé. Sur leur premier album éponyme paru le 25 Juin 1973, Gryphon proposait une musique à dominante acoustique à la fois médiévale et puisant dans le folklore anglais. Le groupe utilisait, entre autres, une instrumentation remontant à la nuit des temps, comme clavecin et harmonium, ressuscitant le cromorne (lointain cousin du hautbois) et amenant le basson au premier plan. L’année suivante, toujours autour de cette luxuriance instrumentale (avec guitares 6 & 12 cordes et claviers à profusion, mandoline, glockenspiel, percussions diverses), le second album ‘’Midnight Mushrumps’’ se faisait plus électrique et rock dans une dimension parfois symphonique illustrée par sa suite-titre de 19 minutes ouvrant le répertoire. Au cours de cette même année, devenu quintette avec l’arrivée du bassiste électrique Philip Nestor, Gryphon enregistrait ce troisième opus, cette fois intégralement instrumental, dans les studios de Shipping Norton (Oxfordshire).
A l’instar de sa magnifique pochette de couverture illustrée par Dan Pearce, le concept de cet album pourrait se définir comme une vision allégorique de l’existence à travers un jeu d’échecs auquel faisaient référence les titres de ses quatre plages épiques (entre 8 et 11 minutes). Nous retrouvions toujours ces paysages associant musique baroque, Renaissance et classique, avec une pincée de jazz, à un rock progressiste moderne des années 70. Tout au long de ce répertoire d’une richesse instrumentale faisant presque oublier le nombre de musiciens, et d’arrangements toujours plus sophistiqués dans une impressionnante succession d’ambiances, de savantes rythmiques avec de légers contrepoints (‘’Checkmate’’), nous pensions irrésistiblement à Gentle Giant. Les notes accrocheuses du premier des thèmes d’’Opening Move’’ nous faisaient progressivement entrer dans la magie d’un festival sonore, à la fois émouvant et puissant, autour de motifs et d’interactions entre basson, orgue, guitare frippienne puis d’un lent crescendo amorcé à la septième minute.
Après ses arpèges et glissandos de piano de ce premier morceau, Richard Harvey passait tout en légèreté à une flûte à bec, sur des notes pastorales dans la séquence introductive de ‘’Second Spasm’’ avant de s’époumoner dans un frénétique final. Cette seconde plage proche ici des univers de Jethro Tull mixait avec brio, un folk rock polissé à des ambiances festives et dansantes du Moyen-âge. Le cromorne (ténor semblait-t-il) conduisait le premier thème de ‘’Lament’’, accompagné de guitare acoustique, flûte, basson et claviers sur cette pièce, la plus longue et la plus onirique du répertoire, ponctuée dans sa seconde partie, d’envolées lyriques et intenses. ‘’Checkmate’’ refermait l’album dans un melting pot à la fois chatoyant et complexe de textures aux saveurs médiévales et du progressisme léché d’un rock appuyé par le bassiste Philip Nestor et le batteur David Oberlé, toujours autour d’une luxuriance de claviers électriques et acoustiques, Moog, basson, flûte et guitare classique. Simplement divin !…
Il est clairement difficile de détailler toute la richesse de cette œuvre à la fois compacte et kaléidoscopique, où, pendant ses 38 minutes d’écoute, le temps est purement et simplement suspendu. Gryphon fit la première partie de Yes en cours de leur tournée américaine de ‘’Relayer’’ (paru à la même période) puis allait encore produire deux autres albums en 1974 (‘’Raindance’’ et ‘’ (Ein Klein) Heldenleben’’, une suite yessienne de 16 minutes) et en Mai 1977 avec ‘’Treason’’ comprenant une pièce épique et symphonique (‘’Spring Song’’) et l’intemporelle et inoubliable chanson ‘’Fall Of The Leaf’. Dissous au cours de cette même année 77 après 5 albums, Gryphon se reforma par bonheur trois décennies plus tard, sous la forme d’un sextette autour de trois anciens membres, Graeme Taylor, David Oberlé et Brian Gulland (le bassoniste avait précédemment rejoint pour un temps le groupe folk français Malicorne). Deux nouveaux disques allaient donc sortir, ajoutant quelques touches pop, à savoir le bien nommé ‘’Reinvention’’ en 2007, puis ‘’Get Out Of My Father’s Car’’ en 2020. Dans une heptalogie où tout est absolument recommandable, ‘’Red Queen To Gryphon Three’’ reste le plus souvent cité comme étant le sommet discographique du groupe. Mais l’aventure s’arrête t‘elle ici ? ….Rien n’est moins sûr….
Les quatre premiers albums furent réédités en coffrets de deux : en 1981 pour ‘’Gryphon & Midnight Mushrumps’’ puis 1997 pour ‘’Red Queen To Gryphon Three’’ & ‘’Raindance’’).
Formation du groupe
Richard Harvey : claviers, flûtes à bec, crumhorn - Brian Gulland : basson, crumhorn - Graeme Taylor : guitares - Philip Nestor : basse - David Oberlé : batterie et percussions, timbales - Avec : Ernest Hart : orgue - Peter Redding : contrebasse
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