Trespass

Par

(5 sur 5) / Charisma
Categories
Rock Progressif

Le 23 Octobre 1970 paraissait chez Charisma l’album ‘’Trespass’’.

Remontons à la ‘genèse’, trois ans plus tôt, lors de la visite du très chic Collège de Charterhouse, par l’un de ses illustres anciens élèves, Jonathan King, chanteur, auteur & compositeur très en vue dans l’industrie du disque. Fin 1967, il prit sous sa houlette quatre jeunes étudiants (rejoints par Chris Stewart ex batteur de Garden Wall) suite à une démo de six titres, et produisit courant 1968, deux singles. En Mars 1969, sous le nom de Genesis que lui-même avait proposé, fut publié, toujours chez Decca, ‘’From Genesis To Revelation’’, un premier album de 13 plages qui laissait entrevoir un potentiel au plan mélodique ainsi que dans l’écriture, autour d’une signature vocale unique, et ce, en dépit d’une immaturité bien compréhensible, et de certaines imperfections aggravées par l’ajout d’une orchestration très en vogue à l’époque, que ce producteur avait imposée dans une ascendance complète sur les musiciens. La différence sera d’ailleurs significative à l’écoute de certains de ces titres repris, en l’absence de ces cordes & cuivres, dans le coffret ‘’Genesis Archives 1967-1975’’ paru en 1998. Il faut toutefois lui rendre justice dans la mesure où il aura eu tout au moins le mérite de sceller le destin musical de ce groupe d’adolescents, à l’exception de Jonathan Silver (déjà second batteur de cette formation en herbe après Chris Stewart) auquel Anthony Phillips allait dédier la chanson ‘’Silver Song’’ en 1973.  

Les planètes s’alignèrent en Mars 1970, lorsque le groupe se produisant au Ronnie Scott’s Club, fut découvert par Tony Stratton Smith. Le patron de Charisma qui, à la fin de l’année précédente, avait déjà produit le mémorable second album de Van Der Graaf Generator, fit entrer dans son écurie Peter Gabriel, Tony Banks, Anthony Phillips, et Mike Rutherford. Ce dernier avait repéré par petite annonce à Londres, leur nouveau batteur John Mayhew, qui compléta un combo qui au cours de l’été 1970, allait enfanter son premier chef d’œuvre. Loin de l’offense (ou de l’intrusion) que son titre semblait suggérer, bien au contraire, ‘’Trespass’’ fut enregistré en Juillet 70 au studio Trident à Londres, sous la bienveillance du producteur John Anthony, après une longue et fructueuse période d’isolement du quintette pendant six mois dans un cottage du Surrey.

Dès l’écoute de ‘’Looking For Someone’’, un premier morceau très mélodique et émaillé de changements, nous étions saisis par le pas immense franchi par le groupe en termes de virtuosité, structures et arrangements. Ici, le chant éraillé de Peter Gabriel, intense et teinté de soul, était enveloppé dans une instrumentation luxuriante sur une irréprochable rythmique de John Mayhew. Puis, entre les passages atmosphériques (guitares, flûte, piano) et de vibrantes séquences jouées à l’orgue Hammond par Tony Banks, ‘’White Mountain’’ laissait déjà entrevoir les qualités de conteur que Peter Gabriel n’allait pas tarder à mettre en scène par la suite. Composé par Anthony Phillips à partir d’une ébauche remontant au premier album, le très accrocheur ‘’Visions Of Angels’’, à la fois poignant et mystique, ouvrait grand l’espace à des paysages sonores bigarrés que déployait Tony Banks autour de son arsenal de claviers, et notamment une partie de piano lumineuse et classicisante, tandis qu’au cœur de ce répertoire, ‘’Stagnation’’ baignait dans une ambiance folk acoustique bercée par l’harmonieux entrelacs des deux 12 cordes d’Anthony Phillips et Mike Rutherford sur des nappes d’orgue et mellotron. Plongé dans ces textures pastorales et éthérées mêlant arpèges de guitares, flûte, chœurs célestes et fines nappes de mellotron, le bien nommé ‘’Dusk’’ incarnait un paisible et éphémère crépuscule précédant les textures sombres du célèbre dernier morceau. Peter Gabriel confia que le titre ‘’The Knife’’ leur avait été inspiré par The Nice, avec l’image de Keith Emerson plantant un couteau dans ses claviers. Ce morceau, classique des concerts de cette décennie, le plus énergique et le plus rock de l’album, à l’instar de son riff, ses distorsions de guitares électriques, un orgue incandescent et une lourde basse, marquait une transition idéale vers le troisième album qui allait faire la part belle à l’électrique.

Un premier choc frappa le groupe quand, à l’heure des tournées, bien qu’étant le plus motivé des cinq à s’engager dans une carrière musicale, Anthony Phillips tétanisé à la seule idée de se produire sur scène, décida de quitter Genesis. Puis la formulation originale d’une annonce publiée dans Melody Maker tapa dans l’œil de Peter Gabriel, ce qui conduisit Steve Hackett à rejoindre le groupe en Janvier 1971, sachant qu’en Août de l’année précédente, soit deux mois avant la sortie de ‘’Trespass’, et dans une vision de plus en plus ambitieuse, le trio Gabriel/Banks/Rutherford avait déjà remplacé John Mayhew par le batteur Phil Collins, finalisant ainsi le line up ‘classique’ qui, pendant 4 ans, allait galvaniser la scène musicale en Europe et au-delà, nonobstant le quadriennat suivant (1976-1980) qui allait encore briller de mille feux.

‘’Trespass’’ fut réédité ne 2007 (Charisma/Europe) dans une version SACD + DVD comprenant la version remasterisée du répertoire, et ajoutant sur le DVD, une interview de 2007.

Liste des titres : Looking for Someone (7:06) 2. White Mountain (6:42) 3. Visions of Angels (6:50) 4. Stagnation (8:48) 5. Dusk (4:13) 6. The Knife (8:56)

🌍 Visiter le site de Genesis →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *