Foxtrot

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(5 sur 5) / Charisma Records
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Rock Progressif

Lors du dernier conseil d’administration de ProgCritique, fort bien relaté ici par l’ami Jipé, et sur injonction forte de ce dernier, nous sommes convenus qu’un peu de Peter Gabriel ne ferait pas de mal à notre rubrique dite rétro. Je déclarai moi-même un peu péremptoirement qu’un peu de Genesis des Temps Premiers ne ferait pas de mal non plus. Ce qui fût accepté dans la foulée, la joie, l’allégresse et ce genre de choses … Hésitant entre plusieurs opus, j’optai finalement pour celui dont il est question ici et les autres viendront en leur temps.

« Foxtrot » constitue le quatrième album du quintette mythique, mais le troisième album progressif. Le saut stylistique entre « From Genesis To Revelation » et la suite est en effet rien moins qu’immense ! « Foxtrot » vient après un prometteur « Trespass » et un magnifique « Nursery Cryme », qui tous deux préludent plutôt le futur « Selling England » que l’étonnant et fascinant « Foxtrot ». Loin de moi l’idée de faire l’exégèse de textes souvent abscons ou même de tenter de comprendre la psychologie un rien torturée et fantasmatique de Peter Gabriel, qui semble avoir pris la main sur cet album. Il est vrai qu’une femme à tête de renard, et en robe rouge, dérivant sur un morceau de glace, poursuivie par une chasse à courre, en guise de pochette … on se demande … D’un autre côté, si on se plonge dans les production de l’époque, où le bizarre côtoie l’improbable, c’est un peu la marque de fabrique du rock progressif !

« Watcher Of The Skies » vous met tout de suite dans l’ambiance particulière de cet album. Quelques passages et sonorités ne sont pas sans me rappeler le génial « The Knife » de 1970. Tony Banks lance son Mellotron. Génial instrument que ce Mellotron quand on se penche un peu sur son fonctionnement. Pas de technos numériques et digitales à l’époque, tout n’était que mécanique et électrique. Un étonnant rythme de basse sur une note unique lance peu à peu Peter Gabriel qui nous parle (chante plus exactement) d’un extra-terrestre surveillant, de l’espace, la population terrestre (quelque chose de ce genre). Belle entrée en matière.

Excepté le très court « Horizons », le calme et mélodieux « Time Table », composé par Tony Banks, est le moins développé de l’album. Il contraste nettement avec le reste de l’album avec des sonorités plus douces et lumineuses, portées pas le piano de Banks et une jolie ligne de basse de Rutherford. Ici on charme l’oreille et c’est du très bon Genesis.

Sans rentrer dans les déboires des locataires malmenés par des promoteurs cyniques dont il est question dans « Get’em Out By Friday », force est de reconnaître la noirceur de la musique illustrant le texte. Peter Gabriel prête ici la voix à plusieurs protagonistes de l’histoire, dans ce mini opéra-rock.  Anecdote curieuse autant qu’amusante, ce titre fut mis en BD par Gotlib et a été publié dans l’inégalable Fluide Glacial en 1978. Quelques belles modulations harmoniques à l’orgue à la fin nous emmènent sur un accord parfait (ré majeur) qui illumine un peu l’atmosphère bien sombre par ailleurs. Cela permet un bel enchaînement avec la délicate guitare qui introduit « Can-Utility And The Coastliners », une autre mini-suite qui clôt la première face du vinyle original et qui nous conte les aventures du roi Anglais Knut (ou Canute) qui au Xeme siècle aurait, selon la légende, tenté en vain d’imposer son autorité aux vagues de l’océan (on n’y arrive toujours pas aujourd’hui)… L’intro de guitare classique pose le décor et laisse la place aux percussions de Phil Collins, à la guitare de Steve Hackett, et à un orgue sonnant un peu Kansas (qui ne sévit pas encore en 1972). Le final est franchement enjoué. Bref, près de 6 minutes d’excellente musique.

Avant le final de cette grande suite symphonique en 6 mouvements, le très et trop court « Horizons » sert d’intermezzo, joué en solo à la guitare par Steve Hackett. Tout simplement superbe ! Vient donc le morceau de bravoure de l’album avec ses 23 minutes (tiens, comme « Atom Heart Mother »), ses 7 parties avec sous-titres abscons au possible … voilà pour la métrique de « Supper’s Ready », symphonie à lui tout seul, tant les différentes parties sont contrastées. On pourrait sans doute analyser cet étonnant morceau sur de longues pages, mais brevitatis causa, contentons-nous de quelques remarques. Sans intro musicale et sans prévenir Peter Gabriel lance une ballade typiquement genesienne, accompagnée à la guitare. Très beau moment musical vers 8’30 sur les paroles Today’s a day to celebrate dans la 3eme partie. Vient un court adagio conclut par Peter Gabriel qui pose la désormais célèbre question – A flower ? Les deux parties suivantes sont très jubilatoires avec musique enjouée et textes délirants au possible ! Petit intermède bucolique, et puis surgit un scherzo diabolique et génial, avec la fameuse « Apocalypse in 9/8 ». Grosse technique musicale et instrumentale. Sans doute le sommet de l’œuvre. Du coup la courte fin avec ses cloches et ses sages harmonies fait un peu conventionnelle. Ils s’y sont mis tous les 5 pour composer ce morceau, mais je crois savoir que Gabriel a écrit la plupart des paroles tandis que Collins a beaucoup bossé sur les arrangements et enchainements. Cette suite rivalise avec son ainée de « Pawn Hearts » de VDGG, d’une durée également équivalente.

Une musique somme toute globalement plus sombre et moins pastorale que celle de son prédécesseur et de son (indépassable ?) successeur. Un Genesis plus du côté obscur, une sorte de « Sacre du Printemps » où la tension ne faiblit guère et où les idées musicales abondent et se succèdent implacablement. Un des deux sommets artistiques du groupe avec son (faux) jumeau « Selling England … ». Voilà, le souper est prêt depuis près de cinquante ans et son intérêt (musical) reste intact !

Formation du groupe

Peter Gabriel : chant, flûte traversière, hautbois, grosse caisse, tambourin. - Steve Hackett : guitare électrique, guitare nylon. - Mike Rutherford : basse, guitare 12 cordes, guitare rythmique, - Tony Banks : Orgue Hammond L-122, piano, Mellotron, guitare acoustique 12 cordes, - Phil Collins : batterie, percussions, chœurs.

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