Foxtrot

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(5 sur 5) / Charisma
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Rock Progressif

Le 6 Octobre 1972 paraissait chez Charisma, l’album ‘’Foxtrot’’.

En Novembre 1971, ‘’Nursery Cryme’’ avait marqué une seconde étape importante dans le cursus de Genesis, inaugurant le line-up ‘classique’ de cette première moitié des années 70. Après le départ d’Anthony Phillips, brillant musicien malheureusement tétanisé devant un public, la lecture d’une annonce publiée dans Melody Maker par un guitariste compositeur, et sa formulation accrocheuse, piquèrent la curiosité de Peter Gabriel. Mike Rutherford confia plus tard (et ceci expliquera cela…) que ce ne fut pas le compositeur mais l’impressionnant guitariste qui avait motivé le trio à intégrer Steve Hackett (ex membre de Quiet World) au tout début de l’année 1971. Dans ce même souci de virtuosité technique et d’inventivité, quelques mois plus tôt, Tony Banks, Peter Gabriel & Mike Rutherford désireux de changer de batteur, avaient également trouvé leur cinquième alter ego en la personne de Phil Collins (ex Flaming Youth). Soulignons enfin que, de ce troisième album, des pièces comme ‘’The Musical Box ‘’ et ’’The Return Of The Giant Hogweed’’ révélèrent chez Peter Gabriel, au-delà de sa sublime et atypique voix rocailleuse, de remarquables talents de conteur (qu’avait déjà laissé entrevoir ‘’White Mountain’’ sur l’album précédent), et le charisme d’un homme de scène dans cette dimension théâtrale (maquillages et déguisements extravagants) qui allait trouver sa quintessence dans l’album suivant, à l’instar d’un personnage fixé sur la toile par Paul Whitehead, et présent dans notre mémoire collective, la fameuse femme à tête de renard. Si ‘’Nursery Cryme’’ peina à trouver une large adhésion et à s’imposer, exception faite d’un épiphénomène italien où les ventes décollèrent significativement, ou en Belgique grâce indirectement à un succès tardif et inattendu de ‘’Trespass’’ (Octobre 1970), ce ne fut qu’au cours de l’automne suivant que le quintette allait véritablement entrer dans la légende.

Enregistré au cœur de l’été 1972 aux studios Island de Londres, cet album connut, au début des sessions, une première erreur de casting, comme l’expliquait Tony Banks, avec un ingénieur du son (Bob Potter) qui exprima d’ailleurs sans détour, son aversion pour ce répertoire, et fut rapidement remplacé par John Burns qui accompagna à leur terme, les enregistrements de ce disque dont ambiance et décor étaient plantés par Tony Banks dès les premiers accords de mellotron de ‘’Watcher Of The Skies’’. Ces nappes envoûtantes portées par la rythmique syncopée de Phil Collins, appuyées par les effets de pédale de basse de Mike Rutherford, en firent non seulement le morceau idéal d’introduction d’album mais également des concerts qui allaient suivre. Il faisait place ensuite au doux et délicat ‘’Time Table’’ dans le plus traditionnel format refrain/couplet d’une chanson. ‘’Get’Em Out By Friday’’, entre farce et satire du monde des affaires dans la promotion immobilière, était un morceau typiquement destiné à prendre vie sur scène, autour de Peter Gabriel qui incarnait ici les trois protagonistes de cette histoire. Steve Hackett connut, quant à lui, certaines frustrations, à l’instar de ‘’Shadow Of A Hierophant’’ qu’il se vit refuser sur ce disque, un morceau qui allait devoir attendre trois ans pour figurer sur son premier album solo (‘’Voyage Of The Acolyte’’) en Octobre 1975. Le guitariste signa en revanche l’essentiel de la quatrième plage ‘’Can Utility And The Coastliners’’, un magnifique morceau qui, malheureusement, fut absent des playlists de concerts du groupe. Il put en outre, faire valider’ le court et sublime ‘’Horizons’’ ouvrant la face B, et dont les arpèges classicisants de guitare acoustique orneront par la suite la quasi-totalité de ses concerts. Ici, le meilleur était gardé pour la fin, avec ‘’Supper’s Ready’’, pièce de résistance de cet album, et bien plus encore…. Au départ, ‘’Willow Farm’’, un thème aux remarquables arrangements vocaux, et faisant, sans aucun détour, un large écho aux Beatles, devint finalement la cinquième des sept sections de cette suite anthologique de 23 minutes. De ‘’Lover’s Leap’’ et sa mélodie sublime bercée conjointement par trois guitares 12 cordes à son imposant final ‘’As Sure AS Eggs Is Eggs’’, reprise du thème initial, en passant par l’incandescent ‘’Ikhnaton And Itsakon…’’, ou le luxuriant ‘’Apocalypse in 9/8’’ porté par la virtuosité de Tony Banks dans un inoubliable solo, ‘’Supper’s Ready’’, composition collégiale du quintette, est souvent considéré aujourd’hui comme le mètre étalon du rock progressif. Cette qualité est d’autant plus remarquable que dans ce type de long exercice, Genesis avait déjà été précédé, un an plus tôt par Van Der Graaf Generator (‘’A Plague Of Light Keepers’’) et d’une courte tête (un mois auparavant) par Yes (‘’Close To The Edge’’).

‘’Foxtrot’’ fut réédité en 2007 pour l’Europe chez Virgin, dans une édition SACD + DVD audio comprenant les versions New Stereo & DTS, et dans les extras du DVD une réédition d ‘interview de 2007 et deux autres documents : Bruxelles 1972 (‘Rock Of The 70s’) & Rome (‘Piper Club’).

Titres :
  1. Watcher of the Skies
  2. Time Table
  3. Get ‘Em Out by Friday
  4. Can-Utility and the Coastliners
  5. Horizons
  6. Supper’s Ready

Formation du groupe

Peter Gabriel : chant, flûte traversière, hautbois, grosse caisse, tambourin. - Steve Hackett : guitare électrique, guitare nylon. - Mike Rutherford : basse, guitare 12 cordes, guitare rythmique, - Tony Banks : Orgue Hammond L-122, piano, Mellotron, guitare acoustique 12 cordes, - Phil Collins : batterie, percussions, chœurs.

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