Odyssée

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(4.5 sur 5) / MUSEA
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Rock Progressif

Belle année que 1977, déjà deux ans que le provincial que je suis vit à Paris (travail oblige). Que de facilités au niveau culturel, dans cette mégapole, des heures que je passais à parcourir les bacs des disquaires, la FNAC, pas bien loin de celle-ci, Clémentine Disques Imports, Champs Disques, etc. Et de magnifiques concerts à portée d’oreilles, enfin tous ça pour dire que je suis passé, à l’époque, malgré ma sagacité à déniché les perles musicales de mon genre préféré, à côté du groupe français ARTCANE.

Essayons de rattraper le temps, avec « Odyssée » première et seule production de cette éphémère formation, parue en 1977, et disponible aujourd’hui sur le label MUSEA. ARTCANE s’est formé en 1973 autour de Jack Mlynski (guitares), Alain Coupel (claviers) et Daniel Locci (batterie) rejoints en 1974 par Stanislas Belloc (basse). Les 4 musiciens auvergnats (Clermont Ferrand) sont alors signés chez Philips, comme Ange à la même époque, mais avant la publication du deuxième album Philips ne renouvelât pas son contrat (courage, fuyons !). La réédition en C.D., que j’ai entre les mains, comprend en sus des titres originaux, un medley live (1976) comprenant, « Le chant d’Orphée – Nostalgie – Elégie – Odyssée ».

Côté musique, les années 70 étaient fastes pour les groupes de Progressif français, il y avait bien sur, le plus connu, Ange mais bien d’autres qui affichaient une musique inventive et personnelle, comme : Pulsar, Wapassou, Mona Lisa, Atoll, Catharsis, Mémoriance,  Carpe Diem etc. ARTCANE s’inscrit de toute évidence dans cette mouvance créative, proposant, sur les six parties d’Odyssée, seulement deux plages chantées ‘Le chant d’Orphée’ et ‘Nostalgie’.

Le C.D. s’ouvre sur une pièce en deux mouvements, « Odyssée / Le chant d’Orphée » la première phase est instrumentale, maniant avec habileté, riffs haletants, basse entraînante, claviers oppressants, une mise en place tirée au cordeau, qui combine une gamme complète d’ambiances progressives. Une parfaite mise en bouche pour le sulfureux, ‘Le chant d’Orphée’ sur une mélodie, que je pourrais décrire comme étant stylistiquement Hammilliènne, l’ambiance se décline, troublante, reptilienne, couronnée d’un chant déchiré, presque cauchemardesque.

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L’atmosphère sombre se poursuit avec le crépusculaire « Novembre », aux sensations futuristes, majoritairement synthétique et la composition la plus minimaliste de l’album. Basée sur une interaction complexe entre les différents instruments, elle utilise des arrangements soigneusement raffinés pour ajouter de l’ambiance et de la profondeur, au final du Post-Rock avant l’heure. Le plus Camellien des titres de l’opus, « 25e anniversaire», une intro électrique suivie d’une guitare acoustique et d’un clavier aux intonations de flute font le contrepoint. Nous entrons ensuite en plein flux avec la guitare électrique reprenant le thème principal, accompagnée d’une section rythmique nerveuse et débridée. Comme dans son prédécesseur, il y a beaucoup de complexité dans les arrangements et l’instrumentation.

Pièce maîtresse d’Odyssée, avec ses 16:06 minutes, « Artcane 1 » se développe à la manière d’une suite qui aurait pu être composé par Terry Riley, minimaliste et répétitive dans ses prémices, puis grandiose et intelligemment mélodique dans sa partie centrale. Elle est aussi apaisante et planante, dans son final le groupe parvient à construire plus de rythmes et de changements d’ambiances, qui se transforment en une fougueuse symbiose rock-prog/jazz-rock, certainement l’un des points forts de l’album.

Ouverture à la guitare acoustique, « Nostalgie », le deuxième titre chanté, prend son envol sur les textures douces des claviers évanescents formant une superbe toile de fond pour un chant feutré et discret. La guitare électrique vient également au premier plan, avec un solo déchirant l’espace, et clôt avec une belle intensité, la composition et l’album.

Une remontée dans le temps réussie, Odyssée est un album qui s’avère beaucoup moins formaté, plus aventureux que chez ses alter egos des années 70 (Ange, Pulsar etc.). Des compositions, peut être, au départ, relativement difficiles à appréhender, cependant, à chaque nouvelle écoute les titres renforcent leur emprise et deviennent de plus en plus addictifs.

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Formation du groupe

Jack Mlynski (guitares), - Alain Coupel (claviers), - Daniel Locci (batterie), - Stanislas Belloc (basse)

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