The Phantom Void

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(4 sur 5) / earMusic
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Math Rock Post Rock Rock Progressif

Long Distance Calling, fondé en 2006 en Allemagne, s’est très rapidement imposé sur la scène internationale grâce à une griffe musicale originale, à la croisée du post-rock, du metal et du rock progressif instrumental, excellant dans l’art de bâtir de longues montées en tension, de jouer sur les contrastes entre plages atmosphériques et déflagrations massives, d’imprimer des grooves hypnotiques, tout en conservant un véritable sens de la mélodie. Et dans la musique du quatuor transparaissent des échos de formations comme Mogwai ou Explosions in the Sky pour la dimension post-rock, Russian Circles pour la puissance post-metal instrumentale, Meshuggah pour certains aspects rythmiques mais également une sensibilité progressive évoquant tour à tour Porcupine TreeTool ou Pink Floyd.

Pour ce neuvième album studio, le groupe conserve intacte sa science du crescendo mais semble condenser deux décennies d’écriture dans un format plus resserré et plus frontal : moins de longues dérives contemplatives, davantage de puissance, à peine quelques voix samplées et une tonalité plus sombre et plus oppressante que jamais. Le titre même de l’album renvoie à une présence spectrale, à une menace invisible et terrifiante à laquelle il semble impossible d’échapper. Ce projet dépasse d’ailleurs largement le seul cadre musical, le groupe ayant conçu une série de quatre vidéos interreliées, pensées comme les chapitres d’un même récit audiovisuel où son et image se répondent en permanence. On y suit un homme hanté par une mystérieuse figure masquée, dans une lente dérive psychologique qui le conduit peu à peu à découvrir que le monstre qu’il fuyait porte son propre visage.

The Phantom Void se présente donc comme une plongée intérieure en sept étapes, chaque composition ouvrant une nouvelle chambre obscure d’un même labyrinthe mental. Le long et très cinématique prologue « Mare » installe immédiatement un climat de tension rampante dans un ultime compte à rebours avant la bascule irréversible vers cet univers cauchemardesque. « The Spiral » est une montée d’adrénaline graduelle portée par d’initiales sonorités électro, une ligne rythmique incroyablement métronomique puis des guitares nerveuses, abrasives et parfois saturées, donnant corps à une sensation d’enfermement et de perte de contrôle. Dans « A Secret Place », la dimension plus atmosphérique et la voix off anxiogène ne desserrent jamais vraiment l’étau, tandis qu’une accélération rythmique tout aussi soudaine que jouissive à mi-parcours fait encore grimper la tension. « Nocturnal » accélère le tempo et durcit nettement le ton à travers des riffs plus massifs et plus agressifs, évoquant une nuit intérieure où les repères ordinaires vacillent et où chaque contour devient menaçant, malgré quelques respirations acoustiques plus éthérées. Pièce maîtresse du disque, « Phantom Void » érige le vide en abîme suffocant où les rythmiques martelées et la distorsion donnent forme à une force obscure invisible mais omniprésente. « Shattered », tout en progression, multiplie les ruptures et les contrastes, dans une impression constante de fragmentation et d’effondrement psychique. Enfin, « Sinister Companion », titre le plus long du disque, étire cette impression de péril latent dans la durée, au cœur d’un univers désincarné. C’est aussi le moment vertigineux où la frontière entre le protagoniste et la créature finit par se dissoudre.

Sans s’imposer comme le sommet absolu de la discographie de Long Distance Calling, ce nouvel album figure néanmoins parmi leurs réalisations les plus solides et les plus inspirées. À cette puissante énergie, cette noirceur cinématographique, cette production impeccable et ce sens du récit instrumental, il ne manque finalement … qu’un supplément d’audace.

Liste des titres :

1. Mare (3:52)
2. The Spiral (6:14)
3. A Secret Place (6:50)
4. Nocturnal (6:36)
5. Phantom Void (7:53)
6. Shattered (6:07)
7. Sinister Companion (8:18)

Formation du groupe

Janosch Rathmer : batterie - Jan Hoffmann : basse - Florian Füntmann : guitares - David Jordan : guitares

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