Titres
- Neverwhere
- Desert Life
- Mantra
- Anything Can Happen There
- From the Moon to the Earth
- Parallel World
- Elevation
- The Expanse
- Robotown
- Ubiquity
- A Dream within a Dream
- Farewell
Fort de leur belle expérience musique et images offerte en 2024 lors de la sortie d’Infinity Relooped, le duo Boffo / Kempf reprend du service. Inner World – le titre est limpide, explore en 12 morceaux le monde intérieur, celui des rêves. Le maître lorrain de la miniature musicale y privilégie une nouvelle fois guitares, sons électroniques et autres boucles musicales. Pour donner plus de corps et de cœur au discours musical on notera la présence de musiciens invités pour l’occasion, tels William Bur et Franck Agulhon (batteries), Pierre Cocq Amann (saxs et flûtes), Séraphin Palmeri (synthés) et Thomas Seignert (basse). Sauf erreur de décompte de ma part, nous avons là le 16eme album studio estampillé Boffo. Intéressant d’ailleurs de parcourir le chemin musical depuis le magnifique Jeux de Nains de 1986, dans lequel le jeune guitariste privilégiait une musique expressive, aux thèmes très colorés, d’une verve sans pareille, souvent teintée d’humour. Quatre décennies plus tard, l’artiste à t’il changé ? Je pense que non, mais il a évidemment évolué, modernisé le son, tenté de nouvelles expériences sonores. A l’écoute Inner World me semble faire la synthèse de toutes les musiques de Jean-Pascal Boffo. Voyons de plus près de quoi il retourne.
« Neverwhere » est avant tout une irrésistible pulsation rythmique menée par la basse, doublée d’un thème lent et noble à la guitare, teintée de mélancolie. Quelques délicates volutes au sax viennent donner de la hauteur à cette belle entame. « Desert Life » repend les mêmes ingrédients sonores, y compris quelques tournures mélodiques orientales. Un peu plus d’électro, un rythme soutenu et très dansant, et tiens donc, toujours cette ambiance qui lorgne du côté de l’orient, font de « Mantra » un hymne à la fois puissant et joyeux. « Anything Can Happen There » s’épanouit dans une ambiance fiévreuse. On notera le bel effet de superposition de rythmes entre la guitare rythmique hyper véloce et la basse, une vraie réussite ! Voilà qui clôt le premier tiers de cet album avec brio.

Je ne sais pas si ce découpage de l’album en 3 parties a une quelconque réalité, toujours est-il que les quatre morceaux suivants nous plongent dans des atmosphères beaucoup plus contemplatives et apaisées. « From The Moon To The Earth » joue admirablement de son motif répétitif de 6 notes pour nous emmener dans une superbe ballade spatiale. « Parallel World » est un chant calme et aérien à la guitare, qui survole un tissu musical déstructuré au synthé. « Elevation » est une danse lente et syncopée dont la mélodie lancinante se partage entre guitare et sax. Je ne sais pas pourquoi mais cela m’évoque une musique de film policier américain des années 70 … Pour terminer cette séquence plus instrospective, le très court « The Expanse » joue à nouveau d’un fond musical indistinct, à peine perturbé par quelques notes de guitare pianissimo.
Après cette phase musicale plus onirique, « Robotown » revient à un rythme plus élevé. Au vu du titre, les sons électroniques s’imposaient et dominent le flux musical. Il reste au guitariste à nous sortir une nouvelle mélodie qui fait mouche, et qui rappelle un peu celle du précédent « Elevation ». Poursuivons dans les boucles électro avec « Ubiquity », et toujours avec cette opposition entre un flux musical véloce et le chant calme de la guitare. « A Dream Within A Dream », voila qui me rappelle le superbe titre (quasi) éponyme de Propaganda, fameux groupe new wave allemand des années 80. Au contraire du morceau de 1985, implacable et d’une beauté froide, le rêve de Boffo se veut une balade mélancolique avec des très beaux passages mélodiques au sax, à la flûte et bien sûr à la guitare. Il y a une sorte de force tranquille à l’œuvre dans ce morceau. « Farewell » conclut cette belle collection de morceaux dans la simplicité du jeu de la guitare, pour un ultime moment très poétique et doté d’une belle lumière.
Le précédent album en témoignait : la superposition entre les boucles électroniques et les mélodies à la guitare était une vraie réussite, aussi le nouvel album ne manque de reprendre cet intéressant concept. Toutefois Inner World nous offre une variété accrue de textures musicales et sonores, ce qui en fait une excellente synthèse de l’art si particulier de Jean-Pascal Boffo. Si on n’y retrouve pas le côté souvent espiègle du jeune guitariste à ses débuts, la capacité du musicien à nous trouver la mélodie qui fait mouche est intacte. L’expressionnisme des débuts a cédé la place à une musique plus impressionniste, plus intérieure. L’équilibre entre musique électronique et sonorités plus traditionnelles relève ici du grand art et permet à l’auditeur une expérience sonore inédite. De plus les mille et unes nuances que le guitariste tire de son instrument de prédilection demeurent au bout d’un demi-siècle de carrière un véritable enchantement !
Formation du groupe
Jean Pascal Boffo : guitares, samples, programmation - Avec : William Bur : batterie - Franck Agulhon : batterie - Pierre Cocq Amann : saxophones, flûtes - Séraphin Palmeri : synthétiseurs - Thomas Seignert : basse
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