Titres
- Bêle, Bêle Petite Chèvre (3:50)
- Sur La Trace Des Fées (4:48)
- Le Nain De Stanislas (5:45)
- Jour Apres Jour (3:09)
- Ode À Emile (3:03)
- Ego Et Deus : 6. I - Ego Et Deus (4:07) 7. II - J'irai dormir plus loin que ton sommeil (4:11) 8. III - Aurélia (2:54) 9. IV - Les Noces (6:28)
Publié en (Septembre ?) 1975 chez Philips, ‘’Emile Jacotey’’ célèbre son cinquantenaire cette année !
Un an plus tôt, sous le radar d’une presse et d’une critique soi-disant spécialisées, ‘’le groupe le plus célèbre à être passé inaperçu’’ comme se plaisait à le répéter Christian Décamps, fut porté au pinacle par ‘’Au-delà Du Délire’’. Souvent considéré en effet comme sommet d’un groupe au faîte de sa maturité, ce troisième opus positionna Ange en premier ambassadeur français de ce courant progressif qui essaima en Europe depuis l’Angleterre, et révéla un véritable sous-genre hexagonal caractérisé par un rock symphonique, mélodique et théâtral autour d’un chant narratif hautement poétique. Cette musique particulièrement inspirée, se nourrissant de contes, légendes du Moyen-âge, ou plus simplement d’histoires issues du terroir, allait trouver sa véritable consécration populaire avec l’album suivant.
Comme le résumait Christian Décamps lors d’une interview de Juillet 2015 pour le journal Ouest France/Presse Océan, ‘’Emile Jacotey était un vieux maréchal-ferrant haut saônois qui racontait des légendes dans la grande tradition d’antan (dans le journal l’Est Républicain, Ndlr). Ce personnage symbolisait à la fois la sagesse ancestrale et le retour à la terre pour une jeunesse en manque de repères…’’. Son célèbre visage en couverture d’un disque dont la renommée allait dépasser les frontières de l’hexagone, était illustré par Philippe Huart qui, comme précédemment pour ‘’Au-delà Du Délire’’ et ensuite ‘’Par Les Fils De Mandrin’’, avait signé les pochettes extérieures. Phil Umbdenstock qui s’était chargé de l’intérieur de ces trois gatefolds, allait par la suite, et pendant quatre décennies, devenir le ‘’pictural angélique et l’ami de toujours’’ (Christian Décamps en préface du livre ‘’Ange En Image’’).
Enregistré une nouvelle fois au Studio des Dames à Paris, et toujours sous la direction artistique de Jean-Claude Pognant, ce quatrième opus réunissait à nouveau les membres fondateurs du groupe, à l’exception du batteur Gérard Jelsch remplacé par Guénolé Biger dont ce fut ici l’unique participation, un musicien que nous allions retrouver sur l’album solo de Jean-Michel Brézovar ‘’Rue Du Salbert’’ (1978) et bien plus tard avec Les Négresses Vertes dans les années 90. ‘’Par Mephisto, par Jupiter et par tous les saints de l’enfer’’, toute la quintessence théâtrale de Ange qui, trois ans plus tôt, avait embarqué un nouveau courant musical en France, irradiait dès le premier morceau ’’Bêle, Bêle Petite Chèvre’’ cosigné par le bassiste Daniel Haas, ou encore dans ‘’Le Nain De Stanislas’’ co-écrit par les deux frères Décamps, et ajoutant à celui de Christian, le chant narquois et provocateur de Francis dont les claviers (orgue trafiqué et synthé) donnaient aux textures cette coloration si particulière au groupe Terrifortain. Entre accélérations et accalmies, partageant l’espace avec d’incandescentes envolées instrumentales, l’art de la narration, le lyrisme des textes et le chant expressif de Christian Décamps enluminaient une fois encore, ce répertoire porté par des mélodies s’imposant d’emblée à l’oreille, au cœur et à l’esprit.
Le regretté guitariste Jean-Michel Brezovar (disparu le 12 novembre 2024) avait entre autres, composé deux magnifiques morceaux de la première face du disque : ‘’Sur La Trace Des Fées’’ auquel les arpèges de six-cordes et un voile atmosphérique de synthétiseur conféraient une dimension onirique, ainsi que l’inoubliable ‘’Ode A Emile’’ dont le single fut publié en août. Autre somptueuse ballade bucolique et teintée de folk, ‘’Jour Après Jour’’ (C.Décamps/D.Haas) voyait curieusement Guénolé Biger se mettre à la guitare électrique, Daniel Haas en seconde guitare acoustique et Jean-Michel Brézovar à la basse.
Francis Décamps se souvient : ‘’Nous étions, rappelons-le, tenus par contrat avec Phonogram pour sortir un album par an. Au cours des sessions d’enregistrement programmées par notre manager au studio des Dames, nous n’étions pas prêts car constamment en concert. En clair, seule la face A était achevée, et nous avions devant nous, un mois, et pas un jour de plus. Conscients de ce fait, nous étions cependant au pied du mur. Après avoir enregistré tout ce dont nous disposions, il manquait significativement un morceau pour la seconde face. Dans l’équipement mis à notre disposition au studio des Dames, il y avait une sorte de piano de bastringue dont les marteaux étaient pourvus de punaises, ce qui donnait un son particulier que j’aimais bien. Ce jour-là, tandis que les autres membres du groupe étaient en discussion avec notre directeur artistique, je me suis mis à jouer sur cet instrument et, une heure plus tard, je remontais en régie pour leur annoncer que j’avais trouvé le morceau manquant. Tout le monde fut partant et ainsi naquit ‘Ego et Deus’« (Merci à Francis pour ce témoignage recueilli en août 2025).
Toujours au service du chant narratif de Christian sur cette seconde face plus conceptuelle, les chapitres d’’Ego Et Deus’’ étaient quatre morceaux aussi autonomes sur le plan musical que dans le récit. ‘’Les Noces’’ et sa délicieuse séquence instrumentale, puis ‘’Le Marchand De Planètes’’ qui refermait l’album (tous deux composés par Guénolé Biger), laissèrent la nostalgique et éphémère empreinte de ce batteur qui allait ensuite être remplacé par Jean-Pierre Guichard.
Un an après ‘’Emile Jacotey’’ qui fut le plus grand succès commercial d’Ange et concluait une formidable trilogie conceptuelle, le cinquième album ‘’Par Les Fils De Mandrin’’ allait gratifier le groupe d’un quatrième disque d’or doublé du Prix de l’Académie Charles Cros, avant que les Anges n’embrasent le Palais de Sports parisien en Mai 77 dans un concert immortalisé la même année sur le double Live ‘’Tome VI’’. ‘’Ange est un arbre, un chêne. Notre passion en est la sève. La scène est notre raison de vivre...’’ (Christian Decamps Juillet 2015). Enregistré l’année suivante dans les Pays de la Loire, le remarquable ‘’Guet-Apens’’, malgré deux changements (guitariste & bassiste), couronna en quelque sorte l’âge d’or d’un groupe qui allait continuer d’écrire son histoire au fil de quatre décennies, et certainement bien plus encore.
En 2014, Christian Decamps et son fils Tristan aux claviers & chant, entourés d’une nouvelle et talentueuse génération de musiciens (Hassan Hajdi, Thierry Sidhoum & Benoit Cazzulini) ressuscitaient ‘’Emile Jacotey’’ dans un répertoire augmenté de quatre inédits, en studio et bien évidemment en Live (‘’Emile Jacotey Résurrection’’ en CD & double vinyle, ‘’Emile Jacotey Résurrection Live’’ en double CD + DVD incluant la présentation par un fan nommé Steven Wilson).
L’album original fut quant à lui, réédité chez Musea Records en Juillet 2024 dans une version remasterisée par le guitariste et ingénieur du son Jean-Pascal Boffo (supports CD & vinyle).
Formation du groupe
Christian Décamps : chant, claviers, percussions (4) - Jean-Michel Brézovar : guitares, basse (4), mandoline (9) - Francis Décamps : orgue, synthé, piano, cornet de chasse (9), chœurs - Daniel Haas : basse, guitare acoustique (4) - Guénolé Biger : batterie, percussions, guitare (4), marimba (1), vibraphone (5) Avec : - Emile Jacotey : voix (1,5)
