In Praise Of Learning

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(5 sur 5) / Virgin
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Expérimental Fusion Rock Progressif

En Mai 1975 (le 8 ou le 9) paraissait l’album ‘’In Praise Of Learning’’.

Henry Cow fut véritablement l’une de ces formations qui repoussèrent encore plus loin les limites d’une créativité déjà très florissante en cours des 70s. Henry Cow trouva sa genèse à la fin des années 60 dans la rencontre à Cambridge entre les deux multi instrumentistes Fred Frith et Tim Hodgkinson, auxquels se joignirent ensuite John Greaves puis Chris Cutler. S’ensuivit la sortie du premier album ‘’Legend’’ qui présentait un registre musical d’avant-garde entre prog et jazz alternativement free et canterburien. Le second opus ‘’Unrest’’ (1974) fut marqué en particulier par l’arrivée de Lindsay Cooper aux instruments à vent, compensant le départ de Geoff Leigh (cuivres, flûte). Elle avait notamment participé l’année précédente à l’album de Mike Oldfield ‘’Tubular Bells’’.

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‘’In Praise Of Learning’’ fut enregistré au cours du premier trimestre 1975 aux studios The Manor. Sur sa pochette était mentionnée la phrase suivante ‘’Art is not a Mirror, It is a Hammer’’. Pour étayer cette citation forte de John Grierson, le batteur Chris Cutler expliquait dans une interview que ‘’Face à la radicalité des politiques néolibérales, la musique devait répondre par la radicalité’’. Le groupe affichait en effet sans équivoque, son appartenance à une idéologie marxiste prônant un idéal d’égalité absolue, et donnant tout son sens à la couverture rouge de l’album. Il n’avait d’ailleurs, pas de leader (ce terme était proscrit) et toutes les décisions étaient conditionnées par une majorité absolue. Ce quatrième album (si l’on tient compte de l’insolite ‘’Desperate Straight’’ publié peu avant) fut enregistré en pseudo fusion avec le trio Slapp Happy car finalement seule la chanteuse Dagmar Krause apportait ici une réelle présence avant de devenir membre officiel par la suite. Le pianiste Anthony Moore ne s’occupait pour l’essentiel, que d’effets électroniques. Quant à Peter Blegvad, il brillait par son absence, mis à part la composition (avec Anthony Moore) de ‘’War’’, chanson très décalée qui introduisait l’album, au service d’un chant habité par ce texte parabolique sur la violence et la guerre.

Sur les cinq titres du répertoire, deux plages instrumentales présentaient des jams d’improvisation collective mêlant à la fois certains climats de Krautrcok appuyés par les différents éléments de bruitages et d’effets électroniques (‘’Beginning : The Long March’’) à des atmosphères de free jazz de la période post coltranienne à travers la dissonance fébrile des cuivres et vents (‘’Morning Star’’). Ce sont les deux autres titres de l’album qui représentaient véritablement la quintessence de Henry Cow, à l’instar de cette musique aussi dense qu’aventureuse, où une instrumentation à la fois effrénée et maitrisée portait le chant expressif et parfois amer de Dagmar Kraise. Sur ‘’Beautiful As The Moon Terrible As An Army With Banners’’ dégageait une force intense quand les notes impressionnistes et cristallines du piano acoustique de John Greaves se confrontaient à une rythmique portée par l’agilité et la justesse du batteur Chris Cutter. Mais il fallait ici, non seulement épingler ‘’Living In The Heart Of The Beast’’(composition de Tim Hogdkinson) mais considérer cette pièce de 15 minutes comme l’un des fleurons du groupe; sur un inhabituel démarrage aux riffs de guitare, puis d’un chant toujours aussi investi, aux côtés d’un John Greaves s’étant mis également à la basse, ce morceau installait de manière indicible, une succession de climats presque fantasmagoriques dans un florilège instrumental (orgue, piano, xylophone, basson,….) mettant particulièrement en exergue les talents du guitariste Fred Frith à travers un jeu inventif, subtil dans ses nuances, et toujours porté brillamment par Chris Cutter.

Après cet album, les relations distendues et prévisibles entre Henry Cow et Virgin qui considérait cette musique comme non vendeuse (avec des textes trop engagés politiquement) conduiront le groupe à quitter le label. En réaction à l’industrie du disque, le batteur du groupe, Chris Cutler, fut à l’initiative du mouvement appelé Rock In Oppostion qui allait devenir un genre musical à part entière, où s’illustrèrent entre autres, Univers Zero, Stormy Six ou Etron Fou Leloublan, dans une grande proximité avec le courant Zeuhl (Magma, Art Zoyd, Heldon, Weidorje…). Henry Cow fut dissous en 1978 après l’enregistrement de ‘’Western Culture’’ (Broadcast Records 1979), un cinquième album qui a failli ne pas voir le jour suite aux nombreux désaccords et tensions régnant au sein des membres. Les musiciens poursuivèrent un parcours brillant pour bon nombre d’entre eux, comme John Greaves (en solo, avec National Health, et de nombreuses participations), Chris Cutler (Art Bears et plus de 30 collaborations), Fred Frith (Art Bears avec Chris Cutler, John Zorn…) et la regrettée Lindsay Cooper (en solo, avec National Health & Comus) disparue en 2013.

‘’In Praise Of Learning’’ fut réédité & remasterisé en 1991 aux Etats Unis puis à partir de décembre 2011 pour l’Europe par RER Megacorp mais en l’absence de la 6ème piste bonus de 1991 (‘Lovers Of Gold’).

Formation du groupe

Dagmar Krause : chant - Fred Frith : guitare, violon, xylophone, piano (4) - Tim Hodgkinson : orgue, clarinette, piano (2) - Anthony Moore : électronique et bandes, piano (1,2) - Lindsay Cooper : basson, hautbois - John Greaves : basse, piano - Chris Cutler : batterie, bruits - Avec : Peter Blegvad : clarinette et chant (1), guitare (2,3) - Mongezi Feza : trompette (1) - Geoff Leigh : saxophone soprano (1) - Phil Becque : oscillateur (4)

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