Wonderworld

Par

(5 sur 5) / Bronze Records
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Hard Rock Rock Progressif

Wonderworld est l’album qui clôture à jamais la période de l’âge d’or de URIAH HEEP et de son line-up mythique (David Byron, Ken Hensley, Mick Box, Lee Kerslake et Gary Thain). L’accueil de la presse fut, à sa sortie, plus que mitigé et le disque fut également, très injustement, boudé par le public au regard des ventes relativement décevantes.

Il faut dire, qu’à la lumière des évènements de l’époque, «Wonderworld» voit le jour dans un contexte qui n’est guère favorable. Tout d’abord le groupe est extenué en cette année 1974, et on le serait à moins avec 6 albums en 4 années et la route pour seul horizon sitôt sortis des studios. A ce titre, la décision d’enregistrer à Munich, loin de chez eux et de leurs proches, apparait comme le coup de grâce. Les dissensions internes accumulées sur la route se retrouvent transposées immédiatement en studio sans temps off accordé aux musiciens pour récupérer et se ressourcer. Cette proximité forcée qui a pour résultat de les éloigner plus encore réduit à néant le peu de communication qui subsistait entre eux.

Cette situation est accentuée par les dérives de certains membres du groupe. Le chanteur David Byron se perd dans les méandres de l’alcool. Le bassiste Gary Thain se débat avec son addiction à l’héroïne, laquelle l’emportera en décembre 1975. Les problèmes d’égo entre David Byron, qui attire à lui toute la lumière lors des shows, et Ken Hensley, principal compositeur du groupe sont de plus en plus prégnants. Les tensions au sein du groupe sont plus que palpables. « Nous ne cessions de nous déchirer pour des histoires de royalties et nous perdions dans des considérations autres que musicales » confiera plus tard l’organiste Ken Hensley.

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Pourtant, avec le recul, «Wonderworld» apparait comme un album non seulement réussi, avec de nombreux moments de grâce, mais également très audacieux, ce qui au regard du contexte de sa gestation force d’autant plus le respect et souligne à quel point URIAH HEEP est un groupe bien plus majeur que l’histoire n’a voulu le retenir. Une des principales richesses du groupe a toujours résidé dans cette capacité à alterner des morceaux très heavy-rock, simples mais efficaces, avec des compositions plus élaborées, voir orchestrales et symphoniques aux sonorités parfois progressives, ce qui a, d’ailleurs, toujours rendu d’une certaine manière le groupe difficile à situer musicalement. Situation que Ken Hensley résumait ainsi en 1974 « Il y a deux écoles au sein de URIAH HEEP, l’une qui prône de jouer ad infinitam une musique très rock et bruyante et une autre, qui est ma vision, je l’admets, et qui propose d’essayer quelque chose d’un peu différent ». Et à ce titre, «Wonderworld» est peut-être l’album qui symbolise le mieux cette volonté d’évolution, à l’initiative d’Hensley, comme une rupture dans la continuité, laquelle a sans doute décontenancé fans et presse à l’époque.

Le titre d’ouverture «Wonderworld», composé exclusivement par Hensley, en est la meilleure illustration. Après une intro magistrale et mémorable, appuyée par les grandioses claviers de Hensley, le morceau cède la place à un surprenant passage de toute beauté, presque aérien, profondément nostalgique (autre marque de fabrique de Hensley) porté par le chant exceptionnel de David Byron (au destin tragique puisqu’il décèdera des suites de ses abus d’alcool quelques années plus tard après son éviction de URIAH HEEP). Le morceau «The easy road», surprend tout autant. Egalement écrit par Hensley, très orchestré et empreint d’une mélancolie profonde, il constitue l’une des autres grandes réussites de cet album. Mais la plus grande surprise est sans aucun doute «The Shadows and the Wind». Cette autre incartade de Hensley, qui dénote dans cet album, nous convie dès les premières notes d’orgue à un voyage vers des rivages lumineux jusqu’à ce final porté par des chœurs de toute beauté. Enfin, l’épique et hanté «Dreams», porte indubitablement la patte de Hensley, même si co-écrit avec le reste du groupe. Sublime de bout en bout et avec ce break très onirique et ce final magistral, il est assurément, tout simplement, une pièce majeure du répertoire du groupe.

Et puis comme en contraste, le groupe nous gratifie sur cet album de plusieurs morceaux foncièrement hard rock (dans l’esprit de leur tube «Easy Livin» de 1972), tous joués pied au plancher. En témoigne tout d’abord le single «Something or nothing» mais également le torturé «Suicidal Man» ou encore le brûlot «So tired», sur lequel URIAH HEEP est tout sauf… fatigué ! Ces trois morceaux, inspirés, entraînants et puissants, avec pour autant ce sens prononcé des harmonies vocales, ancrent plus que jamais la légende du groupe.  Et comment ne pas mentionner ces ovnis que sont «I won’t mind», aux diverses ruptures de rythme et sur lequel le guitariste Mick Box brille de tous ses feux notamment, lors d’un long solo halluciné sur le dernier tiers de la composition ou «We got we» magnifié par la basse de Gary Thain au groove exceptionnel.

«Wonderworld» est réellement un album à redécouvrir dans la discographie de URIAH HEEP. Riche et divers, il est peut-être l’album qui en offre la face la plus équilibrée. Le groupe, à l’heure d’enregistrer, donne l’illusion d’avoir dépassé les tensions internes, tant la cohésion musicale parait forte tout au long de l’album. Et le mix rend justice au talent de chacun des musiciens. L’album qui suivra («Return to Fantasy») avec un dénommé John Wetton à la basse, disponible pour de nouveaux projets suite au split de KING CRIMSON, sera un plus gros succès commercial. Néanmoins, en dépit de quelques joyaux (l’épique «Return to fantasy» véritable chevauchée fantastique ou l’exceptionnel «Beautiful dreams»), il ne retrouve pas, à mon sens, la profondeur des morceaux emblématiques de «Wonderworld» qui signe définitivement la fin d’une ère. Et c’est peut-être ce que cherche à figer pour l’éternité la pochette pour le moins surprenante de l’album.

Formation du groupe

David Byron : chant - Mick Box : guitares, chœurs - Gary Thain : basse - Ken Hensley : claviers, guitares, chœurs - Lee Kerslake : batterie, percussions

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