Titres
- 2112 (20:31) : - i) Overture (4:32) - ii) The Temples of Syrinx (2:13) - iii) Discovery (3:29) - iv) Presentation (3:42) - v) Oracle:The Dream (2:00) - vi) Soliloquy (2:21) - vii) The Grand Finale (2:14)
- A Passage to Bangkok (3:34)
- The Twilight Zone (3:18)
- Lessons (3:51)
- Tears (3:32)
- Something for Nothing (3:59)
Paru en mars 1976 chez Mercury & Anthem Records, l’album ‘’2112’’ célèbre son cinquantenaire !
‘’Cet album a été pour nous le début de tout, un album sans lequel rien n’aurait été possible par la suite’’ (Neil Peart).
Retour à l’automne 1975, et à une tournée rendue très compliquée par l’échec public et critique de ‘’Caress Of Steel’’, un troisième album de Rush publié sans doute trop précipitamment à la suite de ‘’Fly By Night’’, et qui, comme le confia Geddy Lee, failli voir son groupe jeter l’éponge. Ajoutons la pression d’autant plus forte exercée en particulier sur leur coproducteur Terry Brown par Mercury, le label réclamant des morceaux plus ‘bankables’… Devant composer entre cette contrainte et l’évolution structurelle de leur musique vers des pièces plus longues et plus complexes (déjà initiée dans ‘’Fly By Night’’ avec ‘’By-Tor An d The Snow Dog’’), le trio canadien trouva le meilleur des compromis dans ce quatrième opus partagé entre une première face de disque couverte par une suite-titre de 21 minutes, et sur la seconde, cinq morceaux dans un format des plus conventionnels entre 3 à 4 minutes. Enregistré une nouvelle fois au sein des Sound studios de Toronto, il allait enfin ouvrir la voie du succès aux trois musiciens.
‘’2112’’ titrait également l’épique suite conceptuelle, et correspondait à l’année où se déroulait ce récit de SF dans un monde totalitaire et sous le joug d’un ordre religieux (la Fédération solaire) prohibant toute notion d’individualité. Neil Peart qui, une fois encore, avait écrit l’essentiel des textes, s’était fortement inspiré de l’œuvre de Ayn Rand, et en particulier ‘’Anthem’’. La controverse idéologique (notamment nietzschéenne) entourant la romancière russo-américaine provoqua d’ailleurs une polémique journalistique autour du groupe taxé d’extrémisme de droite, ce qui blessa profondément Geddy Lee qui comptait dans son ascendance maternelle, des survivants de la Shoah. Mais revenons à l’épique ‘’2112’’… ‘’And the meek shall inherit the earth’’… : si l’ouverture instrumentale, première de ses sept parties, inaugurait l’utilisation d’un synthétiseur par Hugh Syme, (illustrateur des pochettes du groupe), elle se tourna vite vers ce hard rock zeppelinien, à la fois brut et direct, dans lequel s’était inscrit ce power trio, tout en revisitant au passage, l’’Ouverture 1812’’ de Tchaïkovski. Puis autour du long riff de ‘’The Temples Of Syrinx’’ s’invitait le chant emblématique de Geddy Lee dont la voix suraiguë aura tellement partagé le public (et la critique). Sa puissante basse Rickenbacker appuyait la rythmique virtuose et inventive de Neil Peart, celui que Stewart Copeland considérait comme le plus grand batteur du monde….
Un bruit de cascade accompagnait doucement ‘’Discovery’’ où, dans ce monde dystopique proscrivant toute forme de créativité artistique, le héros de l’histoire découvrait dans une grotte, un ancien artefact qui n’était autre qu’une guitare désaccordée au fil des siècles. Ici et sur ‘’Presentation’’, Alex Lifeson opposait aux sonorités électroacoustiques de sa Gibson ES 335, une Stratocaster empruntée (faute de moyens) à un ami. ‘’We have assumed control’’ : dans un happy end (la Fédération solaire étant dissoute par la guerre galactique), ‘’The Grand Finale’’ dernier mouvement de la suite, embarqué par le guitariste, refermait énergiquement, et avec une certaine célérité parfois, la première face du disque.
La face 2, totalement décorrélée de ce concept, présentait dans un format radio, cinq courtes plages plutôt accrocheuses. Pour la seconde fois, le graphiste Hugh Syme s’invitait non plus au ARP Odyssey mais cette fois au mellotron sur la mélancolique ballade de Geddy Lee, ‘’Tears’’, à la laquelle on pouvait néanmoins préférer l’autre pièce relativement calme de ce répertoire, à savoir ‘’The Twilignt Zone’’ avec ses variations rythmiques conduites par Neil Peart, et qui, à l’instar de son titre, rendait hommage à la célèbre série télévisée conçue et présentée par Rod Serling au début des années 60. Entre hard rock et AOR, les trois autres morceaux mettaient encore en exergue Alex Lifeson, dans ‘’Lessons’’ (dont il était l’auteur) entrelaçant six-cordes acoustique et électrique, ou encore son lumineux solo dans la partie centrale de ‘’A Passage To Bangkok’’ sur le thème du cannabis venu de Thaïlande, et très en vogue à l’époque. Pour autant, le morceau le plus nuancé dans ses textures et ambiances, restait sans nul doute ‘’Something For Nothing’’ qui refermait brillamment cet album.
Quelques mois avant la sortie de leur premier et double Live « All The World’s A Stage » (fin septembre 76), et au-delà de la popularité naissante de ces trois musiciens, ‘’2112’’ avait marqué un tournant décisif vers une évolution stylistique de Rush qui dès lors, se vit produire à partir du mémorable ‘’A Farewell To Kings’’ l’année suivante, quelques autres joyaux comme ‘’Hemisphere’’, ‘’Permanent Waves’’, l’exceptionnel ‘’Moving Pictures’’ ou encore ‘’Grace Under Pressure’’, pour n’épingler que ces quatre albums parmi la vingtaine (hors Live) que compte le groupe.
‘’2112’’ fut réédité et remasterisé en 2016 dans un coffret CD+DVD spécial 40ème anniversaire comprenant en bonus, 3 vidéos sur le DVD, des titres inédits et des reprises de Rush par différents artistes, de Billy Talent et Jacob Moon à Steven Wilson en passant par Alice In Chains.
Formation du groupe
Alex Lifeson : guitares, pédales de basse (?) - Geddy Lee : basse, pédales de basse (?), chant - Neil Peart : batterie, percussions - Avec : Hugh Syme / ARP Odyssey (intro 1.i), Mellotron (5) - Terry Brown / co-arrangeur, co-producteur, ingénieur du son