Demons And Wizard

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(4.6 sur 5) / Castle Communications
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Hard Rock Rock Progressif

Vinyle acheté à l’époque où j’étais étudiant sur la seule base de la merveilleuse pochette signée Roger Dean, un peu comme on achète aujourd’hui un bouquin sur la base du petit résumé que l’on trouve au 4eme de couverture, je dois dire que ce jour-là j’ai fait une excellente découverte ! Pas facile à l’époque de découvrir de nouveaux groupes : pas de radios libres (sauf celle qui sévissait sur le campus où j’étudiais, avec du matos construit de toutes pièces par quelques génies locaux du bricolage électronique), pas de bases de données informatisées (d’ailleurs pas d’informatique du tout !). Heureusement il y avait l’éternel Rock&Folk, le bouche à oreille et bien sûr les précieux conseils des disquaires qui connaissaient bien les goûts de leurs bons clients. Même si je connais Uriah Heep depuis bien longtemps, ce n’est qu’assez récemment que j’ai appris que leur nom était tiré de nom d’un personnage (détestable d’ailleurs) du fameux David Copperfield de Dickens. On apprend tous les jours !

Alors prog ou pas prog ? A vrai dire à l’époque, Uriah Heep était tout simplement un groupe de rock / hard rock et on se foutait pas mal de savoir si c’était progressif ou pas. Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que le groupe ait jamais revendiqué une telle appartenance. Les choses étaient plus simples : DeepPurple faisait du DeepPurple, Led Zeppelin du Led Zep, Black Sabbath du Black Sabbath, et Status Quo … du boogie !!! Ce qui est certain, c’est qu’à la sortie de « Demons And Wizards », son 4eme album, Uriah Heep maniait avec bonheur un hard rock passablement élaboré (cf. « Salibsury » de 1971 et le titre éponyme avec ses 16’). Autour d’un David Byron, chanteur exceptionnel, et Ken Hensley, claviériste au son époustouflant, débarque une nouvelle section rythmique de grand talent : Gary Thain à la basse et Lee Kerslake à la batterie. Et que dire de Mick Box, qui tient la guitare depuis le premier album et est toujours présent sur le dernier album en date  2018 ?

Allez, trêve de baratin introductif, faisons la connaissance du sorcier, prétexte à la première piste, « The Wizard ». Dès les premières notes à la guitare acoustique et surtout l’entame du chant He was the wizard of a thousand kings …, on sait que ça va la faire ! Si les groupes de hard rock faisaient surtout … du hard rock, ils maniaient aussi avec talent la ballade acoustique et les vocaux aériens. De ce point de vue cette première piste est archétypale.

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« Traveller In Time » démarre plus agressivement et puis la magie des vocaux de David Byron survient, sans parler de l’étonnante guitare wah-wah de Mick Box. Efficace mais pas transcendant non plus ! Dans le genre hard rock enlevé, « Easy Livin’ » surpasse « Traveller » avec ses chœurs et ses cloches (assez discrètes somme toute). Un incontournable du groupe qui fera quelques étincelles dans les charts. « Easy Livin’ » … toute une philosophie !

Avec des sonorités plus bluesy « Poet’s Justice » réserve de beaux moments acoustiques et aussi électriques. Vers 2’45 apparaît un moment plus intense avec un orgue hyper saturé et une brève montée vocale dans l’aigu qui rappellera quelques effets à la Deep Purple. Les chœurs en arrière des vocaux de Byron ajoutent un petit côté mystique.

Le côté mystique apparaît dans toute sa splendeur « Circle Of Hands » avec l’orgue Hammond et les vocaux qui en font un véritable gospel. Dans un registre plutôt medium, Byron est égalmement excellent. A la toute fin, un piano un peu en retrait sonore vient compléter l’instrumentation.

La quintessence du son Heep, c’est sans doute sur l’étonnant « Rainbow Demon » qu’on la retrouve. Une ambiance brumeuse portée par un thème inquiétant et omniprésent à l’orgue, et la voix de Byron à l’octave grave de ses performances habituelles et qui fait dans la délicatesse et la nonchalance. Excellent ! Plus loin, la voix reprend sa tessiture habituelle alternant avec la guitare, au-dessus de la rythmique implacable et quasi hypnotique de la musique.

Le très court « All My Life » n’est malheureusement pas à la hauteur d’ « EasyLivin’ » …, du rythme, du bruit, rien de désagréable non plus, mais peu original au bout du compte.

Les deux dernières pistes, dues à Hensley, sont regroupées sur la plage numéro 3 de la face B de mon vinyle de 1974, mais sont bien identifiées séparément, c’est juste qu’elles s’enchainent formant un continuum musical de plus de 12’. « Paradise » et sa superbe guitare acoustique a clairement un côté céleste. Le dialogue vocal Byron / Hensley ajoute à la magie du morceau, chacun venant vous chanter à une oreille différente (à l’époque on ne lésinait pas sur la stéréo !). Pendant que « Paradise » s’éteint doucement, le bondissant « The Spell » prend soudainement son envol sur fond de piano et d’orgue. Une brutale rupture de tempo amène sur un beau thème ample au piano, repris à la guitare. Tout l’art d’UriahHeep est résumé dans cette piste : richesse vocale, interludes, changement de tempo et d’atmosphères. J’y ajouterais quelques passages vraiment Floydiens qui font de «Paradise / The Spell » est un grand moment musical !

Voilà une belle occasion de redécouvrir sinon de découvrir le son unique Heep fabriqué par d’excellents musiciens, et ces productions musicales typiques de cette époque où on vous balançait tout le piano dans l’oreille droite et toute la guitare dans la gauche. Si Uriah Heep a eu sa part de gloire et connu une exceptionnelle longévité, peut-être a-t-il manqué un « Child In Time » ou un « Stairway To Heaven » pour atteindre les sommets de la célébrité ?

Quoi qu’il en soit « Demons And Wizards » et son successeur immédiat, sorti quelques mois plus tard en fin 72, « The Magician’sBirthday », demeurent des incontournables !

Formation du groupe

David Byron : chant - - Mick Box : guitares - - Ken Hensley : claviers, guitares, percussions, chœurs (8,9) - - Gary Thain : basse - - Mark Clarke : basse (1,10,11), chant (1) - - Lee Kerslake : batterie, percussions

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