Butterfly Mind

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(4.5 sur 5) / Inside Out Music
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Rock Progressif

L’anglais Tim Bowness est principalement connu pour sa collaboration depuis 1987, derrière le micro et à l’écriture, avec Steven Wilson au sein de ‘No Man’, un projet siglé art-pop aux confins de divers horizons musicaux, prenant des tonalités différentes au fil des années et nous ayant offert pas moins de sept albums studios très originaux, bien souvent intimistes, toujours très élégants et ce, même dans leur dimension la plus électronique.

Depuis 2004 il a également entamé une carrière solo dont ‘Butterfly Mind’ est le septième chapitre. La marque de fabrique de Tim Bowness tient à cette proximité qu’il crée, avec un chant tout aussi particulier qu’invariable, parfois presque murmuré, qui lui permet d’embarquer l’auditeur dans son univers de paysages et de lieux fantomatiques, peuplé de tant de souvenirs et sensations au croisement de multiples vies, dans un dédale d’actes manqués et de regrets obsédants, évoqués dans cette solitude des heures pâles de la nuit. Toujours très mélancolique, profondément humain et souvent introspectif.

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Si sa discographie témoigne d’une certaine disparité au gré de son inspiration, ce dernier album, de nouveau mixé par Steven Wilson, se distingue particulièrement et s’impose dès la première écoute comme l’un des plus réussis de son parcours. Et c’est très certainement mon préféré depuis ‘Lost in the Ghost Light’ (2017) un bijou alternant des ambiances gris-spleen et bleu azur avec des sonorités très prog. Si l’on retrouve ici la plume caractéristique de l’anglais (avec pour thème majeur des modes de vie finissants et en corollaire cet avenir incertain qui en émerge), c’est l’habillage sonore des compositions qui dénote et surprend le plus sur ‘Butterfly Mind’, une vraie réussite. Le tout dans une diversité de tons et de rythmes comme en écho au titre retenu pour l’album, une expression anglaise qui caractérise ‘un esprit instable et/ou en perpétuel mouvement’.

Parmi les compositions les plus convaincantes comme les plus surprenantes figurent tout d’abord « Say Your Goodbyes pt1 » , qui ouvre l’album, et son pendant, « Say Your Goodbyes pt2 » , qui le clôture. Une tonalité énigmatique enveloppe ces deux titres avec, pour le premier, une soudaine rupture évoquant certains développements de ‘The Sky Moves Sideways’ (Porcupine Tree) et intégrant une brève performance de Ian Anderson (Jethro Tull). Les sonorités tout aussi étonnantes du très (trop) court « After the Stranger » nous plongent dans un univers entre rêve et réalité, sur un rythme trip hop presque hypnotique et avec ces discrètes interventions vocales de Martha Goddard (The Hushtones). « Only a Fool » est une merveille de simplicité, pop classieuse entrainante, magnifiée par ces sons ciselés. Tout comme « Always the Stranger » , léger et aérien. Sur le désabusé « The Glitter Fades » la subtile dimension électronique et la délicatesse des backing vocals entrainent l’auditeur dans une lente dérive sans retour. Bowness excelle également sur cet album dans la dimension la plus classique de son répertoire, comme sur le lent et évanescent « Lost Player » , avec un final éthéré si magnifique que l’on se prend à regretter que le morceau ne se termine déjà. Ou encore avec « It’s Easier to Love » porté par le subtil saxophone de Nicola Alesini (Aquarello). Et citons pour finir le très organique « The Light that Hits the Forest » sur lequel nous retrouvons avec bonheur le violoniste Ben Coleman (No Man).

Tout au long de l’écoute de ‘Butterfly Mind’ on pense indubitablement et plus que jamais à ‘No Man’. Mais plutôt que d’en répéter la formule, Tim Bowness semble préférer en évoquer subtilement l’héritage, avec une inspiration qui couvre les différentes époques du groupe, de ‘Flowermouth’ à ‘Love You to Bits’, en passant par ‘Together We’re Strangers’ ou encore ‘Schoolyard Ghosts’. Un superbe album pour célébrer pas moins de quarante années d’une riche activité musicale.

Formation du groupe

Brian Hulse: Guitares, Claviers, Programmation - Nick Beggs: Basse, Contrebasse, Chapman Stick - Richard Jupp: Batterie, Percussions - Tim Bowness: Chant, Synthétiseurs, mellotron, optigan Guitare, samples - Avec : Ben Coleman: Violon (9,10,11) - Dave Formula: Orgue Hammond (3,10)/synthétiseurs (6)/piano (6)/orgue (11) - Devon Dunaway: Chœurs (3,4,10) - Gregory Spawton: Pédale Basse (7) - Ian Anderson: Flûte (1,4) - Mark Tranmer: Guitare (9) - Martha Goddard: Chœurs (2,7,8) - Nicola Alesini: Saxophone (3) - Peter Hammill: Chœurs (1)/guitare (4) - Saro Cosentino: Arrangement De Cordes (3) - Stephen W Tayler: Clarinette (8) -

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