Titres
- (Intro) The Coming Of The Spaniards (3:54)
- The Benefits Of Breathing Quietly (5:56)
- The Plains? Truth (6:49)
- Quivira Bound (5:33)
- Moving Forward (6:51)
- The Turk/Follow The Wind (5:58)
- Nothing Is Everything (7:34)
- Carved From The Sun (8:03)
- Kicking Rocks (4:20)
- Prelude To Anywhere/Weekend Conquistadors (5:45)
- Still Breathing (5:58)
Projet de rock prog symphonique, Quivira est originaire de Topeka au Kansas. Le groupe est constiué de Lisa LaRue (LISA LARUE Project 2KX) aux claviers/programmations, de John Baker (Forever Twelve, Mars Hollow, Little Girls) à la guitare, à la basse et aux choeurs et de Jake Livgren (Emerald City Council, Proto-Kaw) au chant lead. D’emblée, on notera une filiation assez évidente de Quivira avec un groupe légendaire également issu de Topeka qui n’est autre que Kansas. Il y a d’abord la l’éminente présence du fils du guitariste historique et fondateur de Kansas, Kerry Livgren, mais aussi en guest sur plusieurs morceaux de l’album, Joe Deninzon, dernier violoniste en date du groupe. Ce premier disque éponyme a été composé quasi intégralement par Lisa LaRue, à l’exception de la piste 6 intitulée The Turk, co-écrite par John Baker. Autre aspect notable, l’album fait la part belle aux compositions instrumentales avec sept instrus contre cinq chantées. Cette œuvre est un concept album dont le nom « Quivira » rend hommage à la « cité d’or » recherchée (sans jamais être trouvée) par les conquistadors espagnols au XVIe siècle qui croyaient l’avoir localisée dans cette région de ce qui ne s’appelait pas encore le Kansas. Le projet s’inscrit dans une démarche de raconter des histoires à travers le son, en s’inspirant de l’histoire, du territoire et de l’héritage culturel des Grandes Plaines américaines.

(Intro) The Coming Of The Spaniards, le morceau d’ouverture s’impose comme une plongée dans un univers cinématographique et épique, une immersion totale produite par des arrangements orchestraux faits de cordes et de mélodies chorales qui se chevauchent puis s’entrecroisent pour créer un crescendo textural jusqu’à l’entrée d’une guitare acoustique aux accents hispanisants qui symbolise l’arrivée des colons espagnols sur ce continent inexploré. The Benefits Of Breathing Quietly dans un style rock progressif symphonique mélodique est articulé autour d’une réflexion sur la terre et le silence comme refuges face à la l’arrogance coloniale. Le narrateur y chante par exemple avec beaucoup de poésie : « Le monde s’éclaircit quand je me tais, le silence est un refuge où s’effondrent les clameurs ».
Pendant les presque six minutes du morceau on peut entendre un parfait équilibre entre lyrisme et complexité instrumentale. La virtuosité de Lisa LaRue s’appuie sur un grand sens de la mélodie et les solos de claviers ne sont ni ennuyeux, ni embarrassants. Il faut aussi relever l’excellente performance vocale de Jake Livgren qui n’est pas sans rappeler Steve Walsh (chanteur de Kansas) lorsque celui-ci se trouvait à son apogée dans les années 70. Jake Livgren possède aussi ce talent d’exprimer une large palette d’émotions dans sa voix. The Plains’ Truth agit telle une expérience instrumentale immersive, comme un voyage à travers les vastes plaines d’une contrée à explorer. Les dialogues entre les guitares texturées de John Baker et les parties de claviers de Lisa Larue sont extrêmement réussis et confèrent à la musique une tenue narrative très cohérente. Ce titre illustre à merveille la force de compositrice et d’arrangeuse de LaRue. Quivira Bound commence à la façon d’un très classique morceau de prog avec son thème de synthé un peu pompeux mais l’entrée de la guitare installe immédiatement autre chose. Avec en prime un refrain lumineux qui rappelle les mélodies fédératrices de Neal Morse, le titre est vraiment accrocheur. Vient en suite, Moving Forward qui possède tous les atouts d’une grande pièce progressive symphonique avec ses multiples changements de mesures, tantôt ternaires, tantôt asymétriques, rarement binaires et ses incessantes ruptures de rythmes qui en font un canevas parfois dur à suivre, mais assurément passionnant et intellectuellement stimulant.
The Turk / Follow the wind raconte comment un guide amérindien surnommé le Turc a mené à leur perte un conquistador et ses 300 soldats aveuglés par leur cupidité et leur soif d’or. C’est John Baker qui chante sur ce titre et propose un registre théâtral qui évoque la folie de la quête de l’or. Une composition qui regorge de thèmes instrumentaux et de multiples variations qui soulignent les différentes péripéties dramatiques et se conclue littéralement sur une impression d’évaporation. Je ne m’attarderais pas trop sur Everything is Nothing qui n’est selon moi rien de plus qu’une resucée du Kansas façon « No One Together ». Sympathique mais sans véritable intérêt par rapport au reste de l’album. Un hommage aussi appuyé qu’inutile… Carved From The Sun déroule un groove plutôt classique, mais la bonne surprise se situe au niveau des interventions de guitare plutôt inventives bien que fondues (perdues?) dans le mixe.
Kicking Rocks s’impose comme le titre le plus direct et pêchu du disque, pas vraiment heavy mais plutôt énergique et puissant. La participation du guitariste Evan Stanley, fils de Paul Stanley, chanteur et guiariste de l’iconique groupe KISS, n’y est certainement pas étranger. Prelude To Anywhere – Weekend Conquistadors explore le thème du saut temporel vers l’époque moderne : les « conquistadors du week-end » roulent sur des routes d’asphalte sous un ciel désertique, à la recherche de leurs âges d’or. Le groupe propose une fusion de prog classique et de rock moderne, le tout habillé de textures symphoniques et orchestrales. Il s’agit du single de l’album qui bénéficie d’un refrain très efficace. Still Breathing vient conclure de belle manière ce premier chapitre discographique réussi d’un groupe qu’on aura plaisir à suivre et voir évoluer même si une grande maturité ressort déjà de ce premier opus. Ce dernier titre, instrumental lui aussi, pose une ambiance apaisée, ouverte, avec un développement encore une fois très cinématographique.
Ce travail de Quivira est porteur d’une narration historique ambitieuse et d’une richesse musicale de haut vol. Le disque devrait ravir les fans de prog classique (Kansas, Yes, Genesis) et les amoureux d’une approche plus moderne comme on trouve chez des grands noms du progressif américain (Neal Morse Band, Glass Hammer, IZZ, ou encore Spock’s Beard).
Des débuts plus que réussis !
Formation du groupe
Lisa LaRue : compositrice, claviers, programmation - John Baker : guitares, basse, chant (6) - Jake Livgren : chant - Avec : Joe Deninzon : violon (5) - Evan Stanley : guitare (9)
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