Titres
- Invisible [06:33]
- Electric Monk [06:16]
- Afourthoughts [07:31]
- St. Jerome In The Wilderness [08:46]
- The Archaeoptimist [20:57]
- Next Step [10:58]
Cela fait environ 7 ans que nous n’avions plus à nous mettre sous la dent de nouvel album du célèbre groupe américain. Coup d’œil rapide au line-up : le quatuor de base qui officie depuis déjà une bonne décennie est bien présent. On note l’arrivée d’un nouveau batteur, Nick Potters, qui succède ainsi à Nick D’Virgilio qui était présent dans le Noise Floor de 2018. Les musiciens n’ont toutefois pas manqué de créativité durant cette période. Par exemple le Pattern-Seeking Animals de Ted Leonard et Dave Meros reste sur pas de moins de 5 albums, tandis que Ryo Okumoto sortait en 2022 un album qui faisait la part belle aux membres de Spock’s Beard.
Voyons donc ce que nous offre le groupe créé par Neal Morse dans les années 90 avec ce nouvel opus, The Archaeoptimist, qui constitue le 14ème album studio du groupe. On démarre par « Invisible » et par quelques mesures de chœur a capella. Porté par une section rythmique brillante, c’est un hard rock enlevé qui nous immerge immédiatement dans l’album. Une touche de Kansas ? Sans doute ! D’ailleurs l’album en contient d’autres. « Electric Monk » n’est pas moins enthousiaste, quoique qu’un rien dramatique et souvent héroïque. Américain quoi ! Un trop court moment de piano jazzy lance la conclusion qui reprend la mélodie en mode Asia ou Toto.
« Afourthoughts » sonne un peu différemment et nous ramène à une écriture musicale plus élaborée. Mais il y a plus, tant le titre évoque un certain « Thoughts » de l’album Beware Of Darkness, sans parler des morceaux aux titres très voisins que l’on trouvera dans V et dans Brief Nocturnes and Endless Sleep. Pas besoin d’avoir fait de longues études pour décrypter le sens de ce nouveau titre ! D’ailleurs on retrouve ici la même intro dissonante que celle imaginée en 1996. Et puis après la dissonance, un thème mélodique caractéristique du groupe nous ramène dans une ambiance nettement plus lumineuse. Les contrastes sonores s’enchainent en autant de variations autour du thème mélodique : guitare acoustique, claviers luxuriants, chœurs, piano jazz …
Autre pièce ambitieuse, « St. Jerome In The Wilderness » fait référence au tableau inachevé de Leonardo da Vinci. Une intro classique de SB dans le style heurté du génial « Flow » nous ramène aux débuts musicaux du groupe. J’avoue apprécier grandement cette continuité, avec ce mélange incomparable de grandiloquence vocale et de virtuosité instrumentale. Au grandiose succède un moment jazzy au piano et à la basse, puis on arrive à un passage chanté plus poétique, avant de repartir dans un style lyrique et théâtral à la Kansas.
S’il fallait une preuve supplémentaire de ce retour aux sources, les 20 minutes de la piste-titre devraient enfoncer le clou, tant le groupe à démontré dès ses débuts sa capacité à animer efficacement de longues suites musicales, avec une qualité d’écriture peu commune et un sens de la dramaturgie qui les classes dans le haut du tableau des meilleurs groupes de prog symphonique. Un intro électrique et virtuose, un chant qui égrène une mélodie romantique dont on a l’impression de l’avoir toujours connue … Les fondamentaux sont bien en place ! Un bref solo de piano introduit un passage plus électro et disons-le moins romantique, sans être franchement sombre non plus. Le chant signe le retour de quelque chose de plus joyeux et de funky. Mine de rien nous sommes à la moitié du morceau. Vers 11’ on découvre un nouveau passage funky. Quelques minutes plus tard le rock entrainant gagne en puissance pour un gros break hard rock ou basse et orgue s’en donnent à cœur joie. Un peu avant 16’ on change à nouveau de signature rythmique. Le passage chanté et la coda grandiose font très nettement penser Kansas, une fois de plus. Un grand accord majeur vient ponctuer cette grande et belle pièce symphonique.
Mais nous n’en sommes pas pour autant au bout de nos peines, façon de parler ! Il nous reste à découvrir l’ultime « Next Step ». On démarre par un petit prélude de piano à deux voix, dans le style baroque, qui évolue rapidement vers un petit moment jazzy harmonisé à la Chick Corea. S’en suit un gros passage instrumental assez intense avant l’entrée du chant dans un style de ballade rock plus apaisée, quoi que … A 4’, c’est le moment poétique du morceau : guitare acoustique, piano électrique, flûte. Genesis s’est substitué à Kansas (encore ?). En fait c’est tout simplement du SB ! Nouveau changement de tempo et d’intensité avec un superbe solo de synthé aux accents violonistiques. La guitare n’est pas en reste. Toujours dans une tonalité majeure affirmée, le chant final conclut l’album dans une certaine majesté. Cet ultime morceau me fait penser à un « Cinema Show » survitaminé !
Sans se réinventer, Spock’s Beard nous livre avec The Archaeoptimist (*) un album d’une grande fraicheur, dont l’enthousiasme n’a d’égal que la virtuosité des musiciens, et dont l’opulence sonore n’est jamais ostentatoire mais toujours parfaitement dosée. Je rapproche volontiers le style et les intentions musicales de Spock’s Beard de ceux des Flower Kings, qui partagent une même vision quant au rock progressif symphonique : des thèmes amples et lyriques, un large emploi de tonalités majeures, la virtuosité pour transmettre une énergie largement positive. L’un est américain, l’autre européen, mais les passerelles sont nombreuses. Pour en revenir à Spock’s Beard et a son Archaeoptimist, on ne peut que saluer les musiciens, en particulier le dernier arrivé, Nick Potters qui mérite ici une mention spéciale. Et puis, que voulez, ces touches de Kansas, voire de Gentle Giant, moi je ne m’en lasse pas !
(*)https://madfishmusic.bandcamp.com/album/archaeoptimist
Formation du groupe
Ted Leonard : chant, guitares, claviers - Alan Morse : guitares, chant - Ryo Okumoto : claviers, chant - Dave Meros : basse, claviers, chant - Nick Potters : batterie, chant
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