As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls

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(5 sur 5) / Edition of Contemporary Music
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Jazz-Rock Rock Progressif

Les 2 géants de la jazz fusion tournent déjà ensemble depuis le « Watercolors » de 1977 et créent dès l’année suivante le fameux Pat Metheny Group ! Au fil des ans et des décennies, les chefs d’œuvre vont s’enchaîner et le duo gagnant va perdurer jusqu’à l’album final de ce group hors du commun, ce sera « The Way Up » en 2005.

Ce qui m’a toujours fasciné dans cet attelage de très haute virtuosité c’est un son unique, mélangeant guitares et claviers, reconnaissable au bout de 3 notes maximum et qui aura généré une prodigieuse quantité de musique d’une élégance et d’un optimisme rares. En 1981, nos gentlemen sortent sous leur deux noms associés l’énigmatique « As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls ». A mon sens, c’est l’album le plus progressif signé Pat Metheny, donc parfait pour en parler sur ProgCritique !

Allez, partons gaiement pour Wichita Falls, Nord Texas, célèbre pour ses chutes d’eau qui font bien 15 m de haut sur trois de large. Serait-ce là l’origine du premier titre de l’album et par extension de l’album tout entier ? La comparaison entre les dimensions somme toute modestes des chutes de la Wichita River et le long et magistral développement symphonique de la musique me laisse un rien songeur … Il faut sans doute chercher ailleurs !

« As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls » nous gratifie de plus de 20 mn d’une musique new age qui ne ressemble à rien de ce que j’ai jamais écouté. Il s’agit en fait d’un véritable poème symphonique où s’enchaînent plusieurs sections. Tout d’abord une mystérieuse ligne de basse sert de fondation rythmique et harmonique à de très beaux accords aux claviers qui donnent une ambiance très sereine sur fond sonore de foule. Et puis on bascule (vers 2’30) sur une musique assez désincarnée à la guitare. Apparaît ensuite un étrange jeu de percussions mené par Nana Vasconcelos (vers 6’). S’en suit un long développement assez planant, puis un orgue surgit (11’), la musique s’intensifie, culmine et là … c’est le miracle harmonique aux synthés (14’) avec 2 accords complexes très longs et très symphoniques, ni dissonants ni consonants (le dernier s’appuie sur un mi bémol d’une profondeur incroyable). Qu’elle ne fut pas ma stupeur d’entendre un soir à la télé il y a quelques années ce superbe accord. Quid ??? Et oui, Christian Dior l’a tout simplement repris pour sa pub pour Farenheit ! Pendant que ce dernier accord se perd au loin le chant final apparaît, d’abord timidement en mode mineur. Après quelques minutes de mélancolie, ponctuée par les sonorités si typiques de Lyle Mays, on quitte le do mineur pour passer à un lumineux et conquérant ré majeur. La lumière ne nous quittera plus désormais ! Magique.

Le court et ensoleillé « Ozark » avec le piano débridé de Lyle et la guitare acoustique de Pat lancée à sa poursuite vous donne un aperçu de la virtuosité de ces deux-là ! Vient ensuite « September Fifteenth », cette élégie pour Bill Evans … Au moment où Lyle Mays vient lui-même de s’éteindre il y a quelques jours ce morceau pourrait désormais se sous-titrer « February Tenth ». Un tombeau musical digne de la « Pavane pour une infante défunte » du génial Maurice Ravel. Une très belle mélodie à la guitare acoustique sur fond d’accords de synthés, et puis la musique s’accélère et guitare acoustique et piano délivrent leurs mélismes. Une très belle superposition de rythmes nous amène vers la fin apaisée. Morceau émouvant mais jamais triste. Un très beau tombeau en musique à la mémoire de Bill et de l’ange Lyle ! « It’s For You » démarre calmement avec sa jolie mélodie au synthé sur des accords de guitare acoustique. Un passage avec chant sans paroles de Nana, et puis ça décolle à la guitare électrique dans un final joyeux. Le très court « Estupenda Graça » met en valeur la voix de Nana, toujours sans paroles, puissante et déterminée. Un petit bijou d’émotion !

Virtuosité, sensibilité et complicité se mettent ici au service de la musique, cet album touche au chef d’œuvre ! Musique américaine des grands espaces qui m’évoque Aaron Copland (très grand symphoniste) et Steve Reich (génie de la musique minimaliste).

Quant à Lyle Mays, il a pris son « Last Train Home » (*)  … R.I.P. Lyle Mays !

(*) Still Life (Talking) de 1987.

Formation du groupe

Pat Metheny - guitares électriques et acoustiques à 6 et 12 cordes, guitare basse - Lyle Mays - piano, synthétiseur, orgue électrique, autoharpe - Naná Vasconcelos - berimbau , percussions, batterie, chant

🌍 Visiter le site de Pat Metheny & Lyle Mays →

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Commentaires

  1. Oui quel bel album. C’est vrai le plus Prog des 2 artistes, mais au delà de toute étiquette c’est d’une très grande classe. Un de mes albums favoris de ces deux prodiges

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