Le 4 mars 2022 paraissait chez Ear Music, ‘’An Hour Before It’s Dark’’.
Vingtième album studio de Marillion (si l’on tient compte de ‘’With Friends From The Orchestra’’), ‘’An Hour Before It’s Dark’’ s’inscrivait dans une continuité évidente avec son prédécesseur ‘’Fear’’. L’émotion était palpable tout au long de ce nouveau répertoire qui comptait de longues suites découpées en trois à cinq parties ; il a marqué une nouvelle étape forte de l’ère Hogarth à travers une approche introspective que portaient des textes nourris par la crise dite sanitaire des deux années écoulées. Le rock symphonique et théâtral de la période Fish des premiers albums paraissait dorénavant bien loin ; l’heure était à présent, comme le mentionnait d’ailleurs le label du groupe, aux sujets sociétaux, politiques et à la question centrale du devenir de l’humanité. La musique se plaçait plus que jamais au service des textes et de leurs messages. Côté production, due à la patte de l’ingénieur du son Michael Hunter, force était de reconnaître qu’une fois encore, nous touchions ici au sublime ; si l’album fut majoritairement réalisé au Racket Club du groupe, quelques titres furent également enregistrés aux fameux studios Real World de Peter Gabriel considérés par bon nombre de musiciens comme le saint des saints.
Sorte d’objurgation face au consumérisme outrancier et à notre inaction devant la menace climatique, le premier morceau ‘’Be Hard On Yourself’’, installait d’emblée une de ces ambiances éthérées qui parsemaient l’album ; des chœurs puis les claviers aériens de Mark Kelly, les variations harmoniques et l’étonnante rythmique de Ian Mosley soudaient les trois sections d’une des plus belles pièces d’introduction d’album. Sur un tempo plus enlevé, ‘’Reprogram The Gene’’ exhortait l’humanité à se réveiller, sur un texte en forme de métaphores, laissant à chaque auditeur la liberté d’en avoir sa propre lecture. ‘’Murder Machines’’ touchait le cœur du sujet de cette pandémie qui avait détruit le lien social et familial de la manière la plus tragique. Le chant était sublimé par un refrain accrocheur, les guitares atmosphériques et plaintives de Steve Rothery et la puissante section rythmique. Dans ‘’The Crow And The Nightingale’’, pièce lyrique par excellence, Steve Hogarth rendait un tendre hommage au musicien canadien Léonard Cohen, l’un de ses principaux influenceurs en termes d’écriture ; cette ballade était portée aux nues par de célestes harmonies vocales et un remarquable solo final de Steve Rothery.
Toujours servi par une éblouissante instrumentation, le chanteur et parolier touchait l’état de grâce avec ‘’Sierra Leone’’, une allégorie de 12 minutes évoquant ce diamant unique trouvé par un enfant travaillant la terre, et qui refusa de le vendre, une symbolique très forte dans ce pays faisant en permanence l’objet de fléaux et de convoitises. Enfin, ‘’Care’’, pièce épique de 15 minutes en forme d’ode aux soignants, marqua véritablement l’apothéose de ce répertoire ; les baguettes de Ian Mosley se faisaient discrètes ; le groove du bassiste Peter Trewavas cédait peu à peu l’espace à Steve Hogarth qui portait l’intensité émotionnelle à son comble lorsqu’il chantait toute la fragilité humaine et l’abnégation des personnels de santé ; la mélancolie suintait des notes de claviers de Mark Kelly tandis que Steve Rothery nous régalait de ses sons édéniques, issus notamment de sa Blade RH-4 ; cette pièce, la dernière si l’on ne tient pas compte du remix de ‘’Murder Machines’’, donnait quelque part toute son homogénéité au répertoire.
Ce groupe fondateur du courant néo-progressif depuis son premier single ‘’Market Square Heroes’’ en 1982, peut toujours, après quatre décennies émaillées de grands albums, se prévaloir d’un nombre aussi bluffant de fans ; à ce titre, il se devait d’offrir ici encore, dans un élégant digipack, et en ajout du cd audio signé par les quatre musiciens, un dvd comprenant le making of d’un nouvel opus qui à son tour, allait faire date.
Titres
Be Hard On Yourself: I. The Tear In The Big Picture / II. Lust For Luxury / III. You Can Learn 02. Reprogram The Gene: I. Invincible / II. Trouble-Free Life / III. A Cure For Us? 03. Only A Kiss (Instrumental) 04. Murder Machines 05. The Crow And The Nightingale 06. Sierra Leone: I. Chance In A Million / II. The White Sand / III. The Diamond / IV. The Blue Warm Air 07. Care: I. Maintenance Drugs / II. An Hour Before It’s Dark / III. Every Call / IV. Angels On Earth
Formation du groupe
Ian Mosley: Batterie - Mark Kelly: Claviers - Pete Trewavas: Basse - Steve Hogarth: Chant - Steve Rothery: Guitares
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