from above

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(4.8 sur 5) / Autoproduction
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Rock Progressif

Avec ‘from above’, Lunear fait un cadeau à la communauté Prog. Cette communauté passionnée, enthousiaste, exigeante dont ProgCritique n’est qu’un petit maillon, ne peut qu’accueillir très favorablement cette nouvelle livraison, puisque le groupe l’a envisagée d’un point de vue du format comme un hommage à quelques grandes œuvres du Rock Progressif, à savoir : un long titre de 25 minutes qui aurait la capacité d’occuper toute une face d’un disque vinyle, et trois autres titres pour compléter la face B dudit objet (même si aucun pressage vinyle n’est prévu à ce jour…). A titre personnel j’ai songé à un album qui me tient particulièrement à cœur : le 2112 de Rush, constitué de la longue suite “2112” découpée en sept parties sur la face A, et de cinq morceaux indépendants en face B. En parlant de Rush, Lunear partage un autre point commun avec ce groupe (en plus d’être un trio) puisqu’à l’instar de Neil Peart, c’est le batteur Sébastien Bournier qui écrit l’intégralité des textes. Le groupe n’a jamais cessé d’innover, d’être ambitieux pour proposer une évolution logique au long de son parcours discographique : du tout premier album ‘Many Miles Away’ proposant un recueil de chansons, en passant par le second ‘Curve.Axis.Symmetry.’ déjà porteur d’un concept, puis au troisième en 2022 ‘Gostraks’ disque de reprises liées les unes aux autres constituant une piste unique d’une durée de 53 minutes, pour arriver aujourd’hui au quatrième ‘from above’ qui bénéficie grandement de l’expérience passée. Autre détail important, le trio dont les membres (Paul J.No – Claviers, Sébastien Bournier – Batterie et Jean-Philippe Benadjer – Guitares) sont géographiquement éloignés, a pour la première fois composé et enregistré ensemble, en un même lieu, et sur une durée fixée. Et cela se ressent à l’écoute du disque. Lunear franchit un cap en proposant un concept exigeant, bourré de qualités musicales, tout en restant très accessible.

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Premier titre et pièce maîtresse de l’album, la suite “In Their Eyes” est pour moi l’Epic de l’année (du moins jusqu’à aujourd’hui). Constituée de cinq “mouvements”, elle raconte l’histoire d’un prisonnier de guerre, ses émotions, ses réflexions et sa tentative d’évasion. Première partie, “As Far As Eye Can See” débute sur une rythmique de batterie en 9/8 qui nous plonge dans l’ambiance : un décor désertique, un prisonnier, ses geôliers, le sentiment de désespoir. Les parties de claviers, les attaques de guitare participent amplement à cette ambiance, ainsi que l’interprétation vocale impeccable de Paul J.No qui monte en intensité jusqu’à l’ultime “to rescue me…” qui enchaîne très naturellement sur la seconde partie “Prisoner Of War et sa rythmique revenue au 4/4. Un titre plus pop, avec une touche jazzy, une mélodie très “catchy” et un final en acoustique. C’est un vrai régal, d’autant plus que la production est d’une clarté et d’une précision tout à fait remarquable.

Changement d’ambiance avec “1001 Nights And Probably More“ où le personnage principal semble sombrer au fond du trou. Les parties de guitares, le chant tout en retenue, les contre-chants : tout ceci nous plonge littéralement dans la condition du prisonnier et ses interrogations. Le tempo s’accélère à nouveau et l’espoir semble renaître avec “A horse for a kingdom”. Pourtant le personnage ne sort pas la tête de l’eau, mais imagine ce qu’aurait pu être sa vie s’il n’était pas dans sa situation actuelle. A mi-morceau, les petits “bends” de guitare en stéréo de JP Benadjer, remarquablement placés, m’ont évoqué David Bowie. Et que dire du final folk acoustique avec ses arpèges de guitare harmonisés… La longue suite atteint son climax sur la dernière partie “Schrödinger’s Run”. L’expérience du chat de Shrödinger a pour but de mettre en évidence le paradoxe de superposition de deux états : vivant et mort à la fois. C’est un peu ce que ressent le prisonnier lors de sa tentative d’évasion. Cette partie est une prouesse en termes de narration. En effet, l’auditeur vit les émotions successives du personnage grâce à une montée d’intensité savamment orchestrée, incluant des reprises du refrain de “Prisoner Of War”. L’ensemble se termine dans une ambiance “beatles-ienne” avec un piano “réverbé” qui semble s’éloigner, avant de faire place à un son de feu de bois, donnant peut-être une indication quant à l’issue de cette tentative.

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Difficile de passer derrière une pièce de la qualité de “In Their Eyes”. C’est la tâche qui incombe au titre “Cathedral”, complexe et passionnant, mais certainement le moins immédiatement accessible du disque. Après un démarrage dans une ambiance quasi écclésiastique, c’est un morceau parfois Pop, parfois Electro, parfois Rock qui se développe aux changements harmoniques nombreux. La seconde partie, instrumentale, est une superbe passe d’arme entre les claviers et les guitares.

Comme Lunear ne fait rien comme tout le monde, c’est le titre le plus pop, le plus direct, aussi court qu’une pause clope, qui fait figure d’intrus dans cet océan de long morceau épique. “So Let’s Go”, single évident, à la mélodie aussi douillette qu’une couette en hiver, vient apporter une respiration et une légèreté bienvenues.

C’est sur le poignant “The Tears of Nostalgia” que s’achève l’album. Le chant “lead” est assuré par Sébastien Bournier porté par des arrangements et des orchestrations de toute beauté. Le pont instrumental central surgit comme une explosion, guidé par une basse au son démoniaque et une rythmique en feu. Le titre redescend ensuite pour retrouver son calme et son ambiance “spleen-oïde” du début en mode “sifflons sous la pluie”.

Lunear frappe un grand coup avec ‘from above’, démontrant la capacité du trio à jouer dans la cour des (très) grands. Même après de multiples écoutes, le plaisir et la découverte sont toujours là. N’est-ce pas là la marque d’un disque ayant la capacité de nous accompagner pour un bout de temps? Alors, acceptons sans aucune retenue ce très beau cadeau.

Formation du groupe

Paul J.No : Claviers, Voix - Sébastien Bournier : Batterie, Voix - Jean Philippe Benadjer : Guitares, Basse, Voix

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Par Coma Rossi

4 sur 5

Commentaires

  1. Hello, merci pour cette critique qui m’a donné envie d’y jeter une oreille. L’album n’est pas encore disponible sur les plateformes de streaming (Apple music dans mon cas), est-ce qu’il est déjà sorti ou cet article est une « preview »

    1. Merci pour votre commentaire et désolé pour la réponse tardive : L’album est disponible sur les plateformes de streaming depuis le 16 Mai.

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