Titres
- Awake and Nervous
- Outer Limits
- It All Stops Here
- Just Changing Hands
- The Wake
- The Magic Roundabout 7
- Widow’s Peak
- The Thousand Days
- Corners
Resituons le contexte : 1985 constitue une année charnière pour le néo progressif anglais. Et pour cause, si le mouvement vient d’atteindre une forme de pic créatif, avec plusieurs albums marquants, il va rapidement connaître, hélas, un essoufflement lié à des facteurs à la fois endogènes et exogènes. Il faut dire qu’indépendamment d’une grande vitalité, cette scène demeure très fragile. En effet, fragmentée et peu médiatisée, elle ne survit que grâce à un public fidèle et à l’existence d’un circuit live. Les labels quant à eux encouragent graduellement une forme de simplification, orientant les groupes vers une musique plus accessible et accélérant, de fait, le repli du néo prog vers un statut de niche. Certes, parmi les figures emblématiques, Marillion fait figure d’exception, franchissant en 1985 un cap décisif grâce au succès retentissant de Misplaced Childhood, un album clé dont l’échec aurait néanmoins très vraisemblablement scellé le glas de sa collaboration avec EMI. Mais pour le reste, le panorama est plus contrasté : Pallas, qui a démontré tout son potentiel avec l’ambitieux The Sentinel (1984), voit sa trajectoire se heurter à des difficultés de management et de label. Twelfth Night, pionnier du mouvement, affaibli depuis le départ du chanteur fondateur Geoff Mann, peine à maintenir son élan. Pendragon émerge à peine d’un point de vue discographique, avec la sortie récente de son premier LP, The Jewel. Enfin, si IQ, qui cultive une esthétique plus sombre et introspective, compte déjà une démo et un album à son actif puis publie cette année-là le remarquable The Wake, tournant majeur dans son œuvre, les tensions deviennent pourtant de plus en plus perceptibles au sein du groupe.
Dans le paysage musical de cette année précise, dominé par la new wave, le post punk et la synth pop, les témoignages live du courant néo progressif anglais demeurent extrêmement rares. D’où l’intérêt particulier de ce Live From London, Camden Palace 1985 d’IQ. Déjà publié en audio sous le titre Living Proof en 1986, puis en vidéo sous le titre Live From London au milieu des années 2000, ce concert est proposé ici à la fois en CD et Blu-ray à partir d’une nouvelle version mixée et restaurée depuis les bandes originales et ce, pour notre plus grand bonheur, au regard de la qualité très moyenne de l’enregistrement original.
IQ est sollicité au pied levé pour participer, le 13 mai 1985, à un enregistrement filmé dans le cadre de la série télévisée Live from London. Comme le rappelle le chanteur Peter Nicholls : « Une heure nous avait été allouée devant les caméras, et notre prestation a été captée en une seule prise, en conditions strictement live, sans aucune possibilité de corriger la moindre erreur ». Le groupe n’a qu’une marge limitée sur le choix de la setlist. Le management écarte notamment « The Enemy Smacks », dont l’interprétation scénique comporte pourtant une dimension théâtrale spectaculaire. Il est décidé de concentrer l’essentiel du set sur l’album The Wake (à l’exception de « Headlong »). Si IQ en a déjà joué l’intégralité le 18 avril de la même année dans la mythique salle du Marquee Club, la majeure partie des titres vient tout juste d’intégrer le répertoire du groupe, l’enregistrement du LP ayant à peine été bouclé, pour une parution dans les bacs annoncée début juin. Le groupe souhaite ouvrir le set avec « Outer Limits », extrait de ce nouvel album, et le clôturer avec « Awake and Nervous », pièce majeure de leur premier effort discographique. Il lui est finalement demandé d’interpréter « Awake and Nervous » en ouverture, un choix qui apparaît rétrospectivement très pertinent tant l’immédiateté rythmique du morceau en fait un point d’entrée idéal en concert. Deux titres plus anciens viennent compléter l’ensemble : tout d’abord une version particulièrement dynamique de « It All Stops Here » (issu de l’album démo Seven Stories into Eight, 1982), élan de révolte et d’espoir collectif qui se mue en désillusion intime, porté par ce final d’une poésie saisissante : « I can walk round you, past you, through you. Because you’re only ghosts now ». Puis, « Just Changing Hands », dans une version assez courte, rare prise de position du groupe sur un fait social, puisque comme l’annonce le chanteur, le texte décrit le cycle des violences conjugales et de l’emprise, où les coups sont minimisés et les excuses finissent par étouffer l’évidence.
Parmi les singularités de ce concert, on découvre aussi l’usage par le claviériste Martin Orford d’un Mellotron sur certaines compositions qui en étaient initialement dépourvues. Avec ce Live From London, Camden Palace 1985, IQ immortalise la force de ses performances scéniques. Évoquant ce show, Peter Nicholls se souvient « d’un groupe jouant avec une énergie et une détermination plus que tangibles, animé par une volonté farouche de faire ses preuves et d’imposer le nom d’IQ ». Un constat d’autant plus paradoxal que son propre départ d’IQ n’est pourtant déjà plus qu’une question de mois… Un live à redécouvrir en urgence.
Formation du groupe
Paul Cook : batterie - Tim Esau : basse - Mike Holmes : guitares - Peter Nicholls : chant - Martin Orford : claviers, chant
