Titres
- Bolero (21:44) : - Apprehension - Bolero proprement dit - Recognition - Repetition - Rote Armee Fraktion - Production - Distribution - Deterrioration
- Une Drole de Journee (3:59)
- Stand By (14:04)
En Février 1979 paraissait chez Egg, l’album ‘’Stand By’’.
‘’Je cherche à rendre audible le cosmos, et à rendre visibles les forces invisibles’’ (Richard Pinhas sur France Culture le 27 février 2015).
Ancien élève de Jean-François Lyotard et de Gilles Deleuze (devenu son ami) à la Sorbonne où il obtint son doctorat en philosophie, essayiste, compositeur et musicien sans concession, Richard Pinhas compte sans doute parmi les figures les plus fascinantes de la scène d’avant-garde hexagonale. Également proche de l’écrivain Norman Spinrad, il se passionna pour la SF, interviewant notamment Philip K. Dick pour le magazine Actuel en 1974. Côté musical, rock en l’occurrence, bien plus encore que Eric Clapton ou Peter Green, il fut profondément marqué par Jimi Hendrix qui dans sa loge de l’Olympia en 1966, se vit offrir un jeu de cordes par ce tout jeune musicien en herbe âgé d’à peine 15 ans. Son parcours musical avait démarré avec Blues Convention et (très brièvement) Stuff, deux groupes créés successivement avec le futur et emblématique chanteur de Magma, Klaus Blasquiz.

Au début des 70s, les travaux d’Herbie Hancock avec Mwandishi suscitèrent un vif intérêt du guitariste pour les synthétiseurs, en commençant par l’EMS puis ARP et Moog. En 1973, année où son ami Robert Fripp publiait avec Brian Eno, ‘’No Pussyfooting’’, Richard Pinhas fonda Heldon, du nom d’une cité imaginée par Norman Spinrad dans son roman de SF Fantasy ‘’The Iron Dream’’ (‘’Rêve De Fer’’). Initialement chez Disjuncta, l’un des tout premiers labels indépendants français créé par Richard Pinhas et Alain Renaud (Triangle), cette formation associant rock progressiste et musique électronique, réunissait d’un album à l’autre, un line-up à géométrie variable avec de manière récurrente, des membres de Magma. Comme le montrait, à titre d’exemple, ‘’In the Wake Of King Fripp’’ extrait de l’excellent ‘’Allez Teia’’ (1975), l’ombre du roi pourpre (première période) planait au fil d’un répertoire éminemment original et difficilement classable, à la croisée du space rock, du minimalisme (Riley, Reich), de l’ambient (Eno/Fripp) du zeuhl (Magma, Weidorje) et du rock in opposions (Henry Cow).
Septième opus enregistré et mixé aux studios Davout (avril & octobre 78), ‘’Stand By’’ est souvent conseillé (pourquoi pas…) comme point d’entrée idéal à l’univers d’Heldon. Malgré son titre, l’épique ‘’Bolero’’ qui couvrait la première face du disque, n’avait de réel lien avec la célébrissime œuvre de Ravel, que cette fameuse signature rythmique 3/4 installée dès le premier mouvement à 1 minute 30 par François Auger. Le batteur percussionniste avait composé ‘’Recognition » & ‘’Production’’, deux des huit sections de cette suite de 22 minutes qui dès la seconde partie (‘’Bolero » Proprement Dit) et ses boucles mélodiques répétitives séquencées autour des nappes planantes de synthétiseurs analogiques, offrait une belle continuité à ‘’Rhizosphères’’ (1977), et combla les fans de Tangerine Dream et Klaus Schulze, alors que paradoxalement, l’école de Berlin comme plus généralement la scène expérimentale allemande (Krautrock, et notamment Can), ne faisaient pas vraiment partie du référentiel de Richard Pinhas (exception faite toutefois de Kraftwerk). Puis de la quatrième à la sixième partie, une six-cordes électrique acérée venait se joindre à ces imposantes textures de Moog. ‘’Une Drôle De Journée’’ porté par les synthétiseurs Polymoog, piano et autres claviers de Patrick Gauthier (Magma, Weidorje) qui en était le compositeur, associait à ces textures cosmiques, une certaine forme de complexité (contrepoint, signature temporelle). Le vocaliste Klaus Blasquiz se joignait à l’instrumentation de cette plage relativement courte qui marquait une pause avant les quatorze minutes d’un véritable déferlement sonore, celui du protéiforme et envoûtant morceau-titre, l’une des pièces les plus dantesques du répertoire d’Heldon.
Sa première partie enluminée par la six-cordes frippienne, torturée et stridente de Richard Pinhas, soutenue par la rythmique agile de François Auger et la basse ronflante de Didier Batard, ne pouvait assurément pas laisser insensibles les aficionados de ‘’Red ‘’ et ‘’Larks’ Tongues In Aspic« . A partir de la cinquième minute, dans une formidable synergie, l’électrique (longs chorus & riffs de guitare, sombres pulsations de basse), l’électronique (le séquenceur étant cette fois, à la main de Didier Badez) et cette remarquable rythmique, se déployaient dans ce paysage apocalyptique riche en variétés de textures et en contrastes.
A l’instar de son titre, ‘’Stand By’’ fut le dernier album de Heldon, relayé par un long parcours solo (déjà initié par ‘’Rhizosphère’’). Le musicien connut toutefois un breakdown au cours de la décennie suivante, coïncidant d’ailleurs avec une période de marasme pour le monde du rock de manière générale. Cependant remotivé par une nouvelle effervescence créative impulsée notamment par des formations d’outre-Atlantique Nirvana (fin 80s) puis Godspeed You! Black Emperor (GY!BE), et en Europe, par Richard D. James alias Asphex Twin ou encore Sigur Ròs, Richard Pinhas reprit le cours d’une copieuse histoire discographique émaillée de nombreuses collaborations avec des artistes aussi divers et variés que l’écrivain québécois Maurice Dantec (Schizotrope), les groupes expérimentaux Lard Free (de Gilbert Hartman) et Merzbow (Masami Akita), le délirant combo Odeurs (Ramon Pipin), le pianiste Pascal Comelade ou encore le batteur Tatsuya Yoshida, parmi tant d’autres… Parallèlement à la sortie d’une série d’albums live, Heldon se reforma brièvement en 2001 (‘’Only Chaos Is Real’’) et 2024 (‘’Le Plan’’).
Nous noterons enfin que l’accueil des rééditions des précédents albums (dont ‘’Stand By’’) à la fin du dernier millénaire aura montré une fois de plus, ce triste paradoxe d’un musicien français (toujours actif) qui, à l’exception d’un public marginal et éclairé d’initiés dans son propre Pays, aura trouvé le succès et la reconnaissance ailleurs en Europe, au Japon, aux Etats Unis et au Canada.
Formation du groupe
Richard Pinhas : guitare (1,3), programmation (2), Moogs & séquenceur & vocodeur (1) - Avec : Patrick Gauthier : MiniMoog, PolyMoog & piano (2) - Didier Batard : basse - François Auger : percussions - Klaus Blasquiz : voix (1,2)