The Awakening

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(4.3 sur 5) / Autoproduction
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Rock Progressif

L’année 2020 se termine et plutôt que d’aller trainer dans des contrées musicales lointaines, nous allons rester en France et plus précisément du côté de Toulouse ! Esthesis est un nom que vous ne connaissez peut-être pas encore, puisque le groupe fondé par Aurélien Goude vient de sortir son premier album. Premier LP à vrai dire, car « The Awakening » succède en fait à un EP, « Raising Hands », paru en début d’année 2019 qu’on pourrait légitimement considérer comme le premier album d’Esthesis.

Maître à penser d’Esthesis, Aurélien Goude se fait ici un musicien de synthèse : sur une base de prog rock classique (anglais quoi), apparaissent des touches de pop-rock, de métal, d’ambient, … et d’autres que nous verrons au fur et à mesure de l’écoute. Pour savoir où on en est arrivé avec « The Awakening », autant écouter d’où on était parti, c.a.d. le « Raising Hands » de 2019 : de belles sonorités, des atmosphères à la Pink Floyd, un son parfois plus heavy à la Porcupine Tree.

D’ailleurs, l’Eveil démarre par la longue piste « Downstream » dans le style Pink Floyd, sur un tempo assez lent et nonchalant à la « Us and Them ». Un piano aux tournures classisantes, la guitare électrique aérienne de Baptiste Desmares, la voix indolente d’Aurélien Goude … tout cela nous plonge dans une atmosphère sombre, fidèle à la pochette de l’album. Sombre, mais absolument pas sinistre, avec ce qu’il faut de lumière bien dosée. Un petit break planant un peu avant 7’ et le rythme indolent repart de plus belle, avec un propos musical qui s’éclaircit peu à peu vers 9’, et qui prend soudain un grand coup d’accélérateur. La longue conclusion fait entendre de calmes arpèges de piano, et puis on va crescendo vers l’aval ! Voilà un gros 1/4 d’heure rempli de bien belle manière !

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Changement de rythme sinon de style avec « No Soul To Sell », on reste dans le sombre mais avec une nervosité toute teintée d’une excellente et puissante rythmique métal. Un long passage central désincarné avec claviers planants vient nettement calmer les choses avant une courte conclusion à nouveau franchement métal.

« High Tide » est une évocation maritime relativement apaisée (pas de grosses vagues !), dont l’intro avec piano, puis le chant rappelle assez la première piste. La partie centrale fait entendre un piano répétitif façon musique minimaliste, tandis que la conclusion prend petit à petit un peu plus de volume sonore, marquée par une guitare assez volontaire, jusqu’à une extinction abrupte sur un ultime accord de piano non résolu.

Plus rock classique, « Chameleon » développe d’agréables mélodies et harmonies sur un fond de guitare acoustique de plus bel effet, avec quelques touches nettement hispanisantes. A noter aussi quelques beaux passages à l’indémodable orgue Hammond. Le titre éponyme, totalement instrumental, démarre de façon minimaliste / répétitive à la Steve Reich avec un thème sur une sonorité de « marimba électronique ». Quelques volutes de guitare électrique viennent enrichir le propos, tandis que la basse accélère peu à peu. Et puis on termine par où on a commencé, dans le calme et la sérénité.

La dernière piste, « Still Far To Go » est déclinée sous forme d’une ballade lente, introduite sur quelques délicates harmonies de piano, simples mais belles. Sur fond d’accord répétés, arrive un chant qui s’éclaircit peu à peu et se permet quelques tons majeurs plus lumineux. Plus loin les notes graves du piano introduisent un deuxième temps plus accentué, et puis vers la fin arrive un synthé qui égrène sa complainte. On termine sur un ultime souffle, identique à celui du lancement de la première piste. Eternel recommencement ?

Sur le thème de l’identité, l’album délivre ses 6 pistes sur une musique portant des atmosphères plutôt sombres (tons mineurs) – nous sommes dans les demi-teintes de l’éveil ! Il y a dans cette musique une grande sensibilité et beaucoup de retenue. Peut-être qu’une audace harmonique supplémentaire pourrait rendre la musique plus expressive ? Il n’en demeure pas moins qu’Aurélien Goude exprime ici de grandes qualités musicales, bien soutenu par les trois musiciens qui l’accompagnent dans cet Eveil : Marc Anguill (basse), Baptiste Desmares (guitare), Florian Rodrigues (batterie). Visiblement il sait d’où il vient et où il veut aller !

Formation du groupe

Aurélien GOUDE: chant, claviers, guitare lap steel, guitare basse - Baptiste DESMARES: guitare - Marc ANGUILL: guitare basse - Florian RODRIGUES: batterie - Chœurs sur 'Still Far To Go' de Mathilde Collet

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Commentaires

  1. Bonjour, merci pour cette découverte, qui me laisse toutefois un peu perplexe : le développement est intéressant, la production très correcte, mais les harmonies restent bien trop sages. C’est un paradoxe intéressant, quand tout ce travail fourni n’est sous-tendu par aucune modulation, posé sur des accords simplets, là où tout le concept appelle des gammes complexes, des changements de clef rapides, une forme de science modulante qu’ont presque tous les groupes de prog. Cette lacune est bien frustrante, et j’encourage le compositeur à chercher des accords un peu plus bizarres pour éveiller l’oreille des auditeurs… À suivre !

  2. Le concert d’Esthesis, le 17 Octobre à Toulouse, était un véritable bonheur !
    Chaque morceau a sa personnalité, et nous avons été transportés dans un voyage musical transcendantal.
    Parfois tranquille, parfois orageux. Parfois serein, parfois torturé. Mais toujours beau et équilibré. Un délice !
    Plaisir des oreilles, avec des notes et des mélodies qui jouent avec nos sentiments et nos émotions. Mais aussi plaisir des yeux, avec des jeux de lumière parfaitement adaptés.
    Les musiciens étaient comme des poissons dans l’eau. Aurélien est communicatif et à l’écoute du public. On se sent aimé, chouchoutés, privilégiés.
    Le public est invité à découvrir l’âme d’Esthesis et non pas simplement à écouter de la musique. Un concert vivant, avec une ambiance bienveillante, au top.
    Merci, Esthesis, pour ce moment merveilleux, et continuez comme ça !

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