Impermanence

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(5 sur 5) / Autoproduction
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Rock Progressif

Inutile d’entretenir le suspense : “Impermanence” est un grand album. Dominic Sanderson est comme un chef cuisinier qui revisite un classique de la gastronomie en y ajoutant son savoir-faire. En effet, sa musique possède tous les marqueurs de l’âge d’or du rock progressif qu’il agrémente d’ingrédients personnels plus contemporains. Ce jeune musicien britannique de 23 ans nous propose son premier LP après 2 EPs publiés en 2020 et 2022, et s’impose comme un sérieux concurrent dans la catégorie ‘Révélation Prog de l’année’. Voyons tout ceci dans le détail.

Pour la mise en bouche, “I Don’t Think I Can Get Over This After All” présente les éléments majeurs du son et des influences de l’artiste : une introduction à la guitare acoustique, sur laquelle se pose la voix fragile de Dominic. S’ajoutent ensuite  les autres instruments vibrants de sonorités très acoustiques, piano et flûte notamment. Immédiatement, la référence Steven Wilson est bien là. Mais pas seulement. On songe également à Pink Floyd, Yes, et bien d’autres. A mi-chemin une boucle répétant trois accords et trois notes chantées soutient une envolée instrumentale de toute beauté.

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On franchit un cap avec “The Twisted Hand of Fate” et son intro aux deux guitares staccato, faisant rapidement place à une rupture brutale portée par une guitare électrique et des motifs joués à l’unisson, puis une ambiance angoissante exprimée par la flûte, les instruments à cordes et la voix parlée, presque susurrée. Tout ceci est stoppé par le retour du fracas sonique, chœur et chant dissonant servant de tremplin pour un solo de guitare très engagé. Incroyable titre, plein de rebondissements.

Transition vers “This Night and the Wounds it Will Bring” via un intermède en percussions et bruitage qui fait songer à King Crimson, une autre influence majeure du disque. Un arpège de guitare acoustique accompagne un chant envoûtant. Le refrain répète “How Long?”, on a envie de répondre : le plus longtemps possible. Ce titre, très calme, est une belle réussite et se termine sur un solo de guitare aux sonorités fuzz.

Le réveil est sonné par “Is There Calm Amongst This Chaos?” qui débute sur un surprenant mélange/collage de voix, rejoint par un riff de guitare agressif digne de King Crimson à nouveau, enchaîné sur un passage métal au son gras, puis un unisson claviers/guitare, débouchant sur une superbe section aérienne! En un peu plus d’une minute Dominic Sanderson nous démontre l’étendue de sa créativité. Place alors au couplet avec multi-voix, cordes et flûte à la mélodie complexe.

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Il y aurait tant à dire, mais c’est déjà l’heure de la pause instrumentale acoustique servie par la guitare de “An Empty Room”. De magnifiques accords et arpèges qui rappellent par instants le regretté David Crosby.

Passage de relais en douceur à “A False Sense of Promise” et son ambiance calme mais inquiétante en introduction. Pour le chant, la structure empile les couches successives partant de notes saccadées sur lesquelles viennent se superposer des mélodies chantées dans un style très choral. Les arrangements complexes de voix font songer aux plus mélancoliques des chansons des Beach Boys.

Bruits de vent et guitare acoustique réalisent la transition vers le dernier morceau “Like Shards of Glass Falling Through My Fingers”, ‘epic’ de 20 minutes qui clôture l’album. Un début qui intrigue par ses nappes de voix, puis de surprenants accords d’orgue accompagnent un chant quasi religieux. Instant brisé par l’agressivité des interventions successives de guitares électriques, batterie, basse, cordes, claviers. Aucun doute, on est clairement dans le prog. L’alternance des ambiances suscitant différentes émotions, évoque à nouveau Pink Floyd. Soudain, un son de cloche (clin d’œil à “High Hopes” de ‘The Division Bell’ ?). Un emballement chaotique et virtuose à 12 minutes nous conduit jusqu’aux sons orageux pour mieux illustrer le retour au calme après la tempête. Cette idée se concrétise par un final apaisé, et son solo de guitare sublimé par de superbes ‘bends’.

Dominic Sanderson semble avoir digéré toutes les influences du rock progressif des années 60 et 70 pour mieux nous les resservir à sa sauce. Ce qui est frappant c’est que cela est fait avec ambition. L’album est exigeant, truffé de recoins à découvrir, expérimental par instants, n’hésite pas à prendre son temps et ne cède jamais à la facilité. En un mot, un régal pour les amateurs de prog que nous sommes.

Par ailleurs, l’utilisation d’instruments majoritairement acoustiques donne au projet un côté classique bousculé par des dissonances, des enchaînements inattendus et bien d’autres éléments. Cette approche consistant à s’inspirer du passé pour créer au présent rappelle bien entendu celle de Steven Wilson qui connaît par cœur ses classiques.

Dominic Sanderson (*) doit maintenant tracer sa propre route. Route que nous suivrons de près.

Formation du groupe

Dominic Sanderson : Guitares, Chant, Mellotron - Tristan Apperley : Basse, Orgue Hammond, Mellotron, Claviers, Violon - Jacob Hackett : Batterie, Percussions - Aaron Butterworth : Violoncelle, Mellotron - Tyler Swindley : Piano - Joshua Joyner : Claviers - Dan Ratcliffe : Violon - Abi Clark : Flûte - Beatrice Overend : Saxophone

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