An Ambassador In Bonds

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(4.5 sur 5) / Autoproduction
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Avant-Prog Rock Progressif

Intéressons-nous aujourd’hui au groupe russe Compassionizer, trio formé autour d’Ivan Rozmainsky (claviers, percussions), Leonid Perevalov (clarinette, clarinette basse) et Sergei Liubcenco (guitare, doyre, rubab) – instrumentation peu commune pour une musique qui ne l’est pas moins, comme nous le verrons. Compassionizer est aussi le nom d’un album d’un autre groupe russe, Roz Vitalis, groupe auquel participe également Ivan Rozmainsky. Il faut certainement y voir une filiation. Si en plus des quelques instruments listés plus haut il y a aussi du clavecin, vous imaginez sans peine que le deuxième opus du groupe, « An Ambassador In Bonds » à toutes les chances d’être une expérience musicale inédite. Rassurez-vous, il s’agit bien de musique, et inédit ne signifie en rien un avant-gardisme abscons difficile à écouter. Imaginez plutôt une sorte de world music non localisée géographiquement, mêlant modalité, polytonalité, rythmes complexes, et bien d’autres choses encore.

Le plus simple est finalement d’écouter l’entame « Follow After Meekness » qui est une excellente introduction à cette musique, tour à tour classicisante, ethnique et psychédélique. Un motif lancinant au clavecin, puis une étrange mélodie à la clarinette, suivie d’un passage à la guitare électrique, et d’un roulement de tambour tribal, et puis on recommence. Plus directement accessible, « Different Sides of Ascension », fait entendre le chant décidé de la clarinette, et aussi quelques inquiétantes notes graves à la clarinette basse (un instrument assez étonnant).

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On l’aura compris, « Caress of Compassion (Part 4) » reprend là on en était resté dans l’album précédent et vient clore dans la même atmosphère musicale cette suite en 4 parties. La piste-titre quant à elle est distribuée en 3 parties distinctes dont seules les deux premières sont juxtaposées. Ces deux premières parties font un large appel aux clarinettes, la 2eme étant traitée sous forme d’un choral aux vents uniquement. La 3eme partie débute avec une certaine similitude avec la première piste, mais reste dans des atmosphères très éthérées.

« I Am Sitting On The Pier » est un petit bijou avec sa mélodie modale et son rythme syncopé, et un passage tout en harmonies jazz. Plus développé « Hard-Won Humility » qui débute avec une simple mélodie presque a capella, laisse peu à peu se mettre en place une rythmique rapide et syncopée du plus bel effet. La toute fin reprend au piano le thème du début.

« Bear Ye One Another’s Burdens » est un long développement sonore qui débute sur une sorte de valse lente au clavecin, puis on passe subtilement sur un rythme à 5 temps du plus bel effet sur des sonorités cuivrées à la trompette. Plus loin on trouve un passage débridé basse et guitare distordue. Plus loin encore retour du tambour tribal et du thème initial à la clarinette. La toute fin se perd dans des atmosphères éthérées et lumineuses et la musique se clôt sur une longue tenue en mi majeur.

Aux qualificatifs donnés en entrée, on pourrait rajouter un certain goût pour le minimalisme et l’ambient music, tandis que l’instrumentation nous ramène à une sorte de musique de chambre moderne. Si l’aspect mélodique est somme toute assez présent tout au long de l’album, il faut plusieurs écoutes pour appréhender toute la saveur de l’univers musical d’Ivan Rozmainsky. Vous l’avez déjà compris, rien ici ne ressemble au rock traditionnel, fût-il progressif. La démarche musicale est sans doute proche de ce que faisaient des artistes tels que Peter Hammill ou Robert Wyatt. Bref si vous êtes amateur des musiques classiques dites modernes ou tout simplement curieux d’écouter quelque chose de différent, « An Ambassador In Bonds » est à découvrir absolument !

Formation du groupe

Bayun the Cat : basse synthé, tbilat, cowbell (1) - Serghei Liubcenco : guitares électriques et acoustiques, guitare basse, rubab, doira, autres percussions et batterie - Leonid Perevalov : clarinettes basses, clarinettes (5) et (8 ) - Ivan Rozmainsky : conception, clavecin, Arturia MiniBrute, autres synthés, cloche (3) - AndRey Stefinoff : toutes les clarinettes sauf (5) et (8) - Avec : Oleg Prilutsky : trompettes -

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