The New Normal

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(4.2 sur 5) / Kscope
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Jazz fusion Rock Progressif

Trois ans après leur première publication discographique (‘Fragments’) Trifecta est de retour avec ‘The New Normal’. Dès la pochette, les codes graphiques du premier album sont repris, assurant une belle cohérence au projet : Trois photos rectangulaires noir et blanc des membres du groupe sur un fond uni (passé de rouge à bleu) parsemé de quelques tâches. Pour rappel, Trifecta est composé de trois pointures : Nick Beggs à la basse, Craig Blundell à la batterie et Adam Holzman aux claviers. Tous trois ayant ensemble accompagné un temps Steven Wilson sur scène. Musicalement, le groupe favorise les formats courts, moins de 4 minutes (à une exception près), basés sur des grooves ou des thèmes d’inspiration Jazz-Rock, pour faire simple. ‘The New Normal’ propose ainsi pas moins de 19 titres alternant sans cesse les styles et les ambiances dans le but, je suppose, d’éviter l’ennui. Ainsi l’album est (pour reprendre la métaphore d’un célèbre film américain) un peu comme une boîte de chocolats : on y trouve ses saveurs préférées, celles que l’on aime moins, et consommer la totalité d’un seul coup peut s’avérer un brin écoeurant.

Le puissant funky groove de “Beck And Call” ouvre les hostilités dans un style Jazz-Rock qui fleure bon les années 70. Un titre quasi-dansant qui met dans de bonnes dispositions pour la suite. Piano, contrebasse et balais pour l’interlude “Dot Are You Wooing?” qui semble tout droit sorti d’un enregistrement live dans un club de Jazz enfumé. “Stroboscopic Fennel” est, quant à lui, plus surprenant, puisque nous sommes face à un genre de slam, mais à l’ancienne, à la manière de The Last Poets, sur lequel Nick Beggs déclame sa poésie surréaliste. So British! “Just Feel It Karen” tourne sur un groove latino un peu tordu, laissant la place à quelques interventions de batterie et de basse très inspirées. Retour de la poésie et du surréalisme avec “Sibling Rivalry” sur lequel deux frères semblent comparer leur façon de jouer du Didgeridoo (!), le titre évoluant ensuite dans un style ethnico-electronica (je vous laisse juger de la pertinence de ce terme). On pourrait discuter des heures sur l’utilité gastronomique de la salade décorative, le morceau “Ornamental Lettuce”, lui, ne fait pas dans le superflu, et va bien droit au but pour un nouveau groove Jazz-funk endiablé. Et voici le titre le plus long du disque (4 minutes et 11 secondes!) “Daddy Long Legs” sur lequel Adam Holzman exprime tout son talent pour bâtir des atmosphères, trouver des sons et des ruptures qui surprennent.

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Retour du surréalisme britannique via le dialogue “What Are You Doing?” qui s’achève sur le mot “Kajagoogoo” faisant référence au célèbre groupe de pop des années 80 (“Too Shy”, 1983) qui comptait dans ses rangs un certain Nick Beggs, à l’époque où celui-ci se coiffait avec un pétard. Trifecta a-t-il tenté de placer un tube pop avec le clairement annoncé “Stupid Pop Song”? Pas tout à fait, puisqu’il s’agit plutôt d’une ballade bossa-nova chantée très second degré, vous vous en doutiez. Retour du groove guidé par des claviers inspirés sur “Crime Spree” et son ambiance polar des années 80. L’inattendue inspiration de J.S. Bach est bien présente sur le réussi “Bach Stabber”, tandis que “Kleptocrat” permet d’apprécier un groove plus traditionnel autour du noyau batterie-basse-piano.

Nouveau morceau chanté et participation en guest de luxe d’Alex Lifeson (Rush) sur le simple et efficace “Once Around The Sun With You”. “Chinese Fire Drill” ne surprendra pas plus que ça puisque l’on commence à connaître la recette. Dernier interlude-sketch “Ouch! My OCD” laisse perplexe, heureusement le réveil est sonné par “Wake Up Call” pour relancer la fin de l’album avec son riff de basse jazzy, aéré, précis et puissant. Et c’est la basse qui garde la main pour le titre suivant “Wacky Tobaccy” dans le plus pur style du groupe. L’ambiance se calme avec le morceau chanté “Canary In A Five And Dime” apportant une légère touche mélancolique bienvenue qui se poursuit sur l’ultime morceau “On The Spectrum” et son atmosphère à la Mike Oldfield.

Il y a vraiment de quoi faire avec ce ‘The New Normal’ qui, malgré son titre, évolue bien loin de la normalité, ou disons plutôt des actuels standards de la musique. La talent des trois musiciens est à nouveau éclatant, et il émane du disque un plaisir du trio à jouer ensemble un style propre, ancré dans le jazz des défricheurs pimenté d’une bonne dose d’humour britannique.

Formation du groupe

Nick Beggs : Basse, Chapman stick - Craig Blundell : Batterie - Adam Holzman : Claviers - Musiciens additionnels : Alex Lifeson : Guitare (13) - Theo Travis : Saxophone (7)

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