Eye Of The Beholder

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(5 sur 5) / GRP Records
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Jazz-Rock Rock Progressif

« Je veux remercier tous ceux qui, tout au long du voyage, ont aidé à faire briller les feux de la musique », a déclaré Chick Corea dans un message rédigé avant sa mort, et publié à titre posthume. Né Armando Anthony Corea, le natif du Massachussetts les aura fait briller ces feux de la musique, au piano bien sûr où sa virtuosité pianistique n’a d’égale que sa science de la composition musicale. Il restera également un pionnier des claviers électroniques, et avec ses compatriotes Herbie Hancock et Keith Jarrett un des grands pianistes modernes de jazz. De plus on lui reconnaîtra volontiers d’avoir porté sa virtuosité et ses compositions musicales bien au-delà d’un cercle restreint d’initiés du jazz, sans rien sacrifier ni de sa technique ni de son originalité.

Nombre d’amateurs de prog ont souvent découvert Chick Corea via un des super-groupes de l’époque – c’est mon cas -, je veux bien sûr parler de Return To Forever et son style inimitable et inégalé. « Romantic Warrior » eut sans doute été un choix objectif pour cette chronique. C’est d’ailleurs grâce à ce chef d’œuvre que j’ai découvert le maître et dans la foulée que je me suis également passionné pour la musique de Stanley Clarke (« School Days » …), et d’Al di Meola.

Finalement, en regardant les albums stockés sur mon baladeur numérique et que j’emporte partout avec moi, je me suis souvenu que j’aimais écouter régulièrement le Chick Corea Elektric Band qui a surtout œuvré dans la deuxième moitié des années 80, à une époque où je n’écoutais quasiment plus de prog, étant complètement absorbé par l’écoute du jazz-rock, fusion et aussi smooth jazz, notamment grâce au fameux label américain des deux compères Dave Grusin et Larry Rosen, GRP, qui avait eu le bon goût de signer des artistes tels que Lee Ritenour, Larry Carlton, Diane Schuur, Patti Austin et bien d’autres encore, et puis donc ce fameux Elektric Band. Frank Gambale (guitare), Eric Marienthal (saxophone), John Patitucci (basse), Dave Weckl (batterie), sans doute peu ou pas connus à cette époque forment l’ossature de ce bloc musical de haute virtuosité. La grande qualité d’un leader dans quelque domaine que ce soit à toujours été selon moi de savoir s’entourer !

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Après deux albums où Chick Corea explore essentiellement les possibilités des claviers électroniques, surgit en 1988 « Eye Of The Beholder » dans lequel le piano (acoustique) reprend la première place, tout en laissant aussi beaucoup plus de liberté aux autres musiciens, en particulier guitare et sax. L’enchevêtrement piano et claviers électroniques est d’ailleurs particulièrement réussi.

La courte intro, «Home Universe », fait entendre percussions, synthés et le sax d’Eric Martienthal avec de superbes progressions harmoniques qui débouchent sur un « Eternal Child » tout en délicatesse au piano et à la guitare acoustique de Frank Gambale. « Forgotten Past » est une courte étude pour piano, d’abord à 2 voix avec d’étranges mélismes entre dessus et basse, avant un travail en accords et une grande descente par tierces sur toute l’étendue du clavier. Le style pianistique caractéristique de Chick Corea est ici parfaitement identifiable. « Passage » déroule son mid-tempo, et est l’occasion d’entendre le jeu des musiciens sur un morceau toutefois plus conventionnel.

« Beauty », la piste la plus longue de l’album s’ouvre sur un très beau thème obsédant au piano, qui sera repris par la suite au sax. Musique un peu nostalgique pour un morceau superbe. « Cascade » débute avec des sons désincarnés, sans aucune structure mélodique ni harmonique. La deuxième partie, très impro jazz laisse notamment quelques intéressants passages au piano et à la guitare acoustique et électrique, le tout sur les accentuations irrégulières du jeu de Dave Weckl et de John Patitucci. La « Trance Dance » est mi-lente, assez hypnotique et un rien hispanisante.

La chanson-titre accélère nettement le mouvement de danse et là, la saveur hispanisante prend des tournures franchement cubaines. Le premier thème au piano est une superbe progression harmonique qui lance un deuxième thème (en mode mineur) au synthé. Chaque musicien est ici bien mis en valeur. On se rappelle évidement de « Spain » ! Le vinyle de l’époque se terminait sur cette irrésistible fiesta, tandis que la version CD nous gratifie de 2 pistes supplémentaires : un nouveau motif dansant au piano pour « Ezinda » et son étrange et intéressante coda, et le court et totalement jazz débridé « Amnesia », qui donnent aux musiciens l’occasion d’un dernier coup d’éclat ! A sa toute fin cette dernière piste reprend en decrescendo le magnifique thème de piano d’ « Eternal Child ». Le message est on ne peut plus clair !

Les sonorités de l’Elektric Band ne sont pas celles de Return To Forever, même si le style de Chick Corea y est également identifiable. Ici le jazz-fusion (électrique) brille de tous ses feux. « Eye Of The Beholder » restera à mon sens le sommet de la production de l’Elektric Band et de ce style de musique. Aux antipodes d’un certain smooth Jazz « romantique » et sans doute trop commercial, la musique allie superbement les mélodies à des textures harmoniques et rythmiques complexes, dont on peut au premier abord ressentir (parfois) une certaine froideur ou distance. La musique parle d’abord à l’esprit avant d’atteindre le cœur, mais quand elle y parvient … Comme le dit si bien la langue anglaise, Beauty is in the eye of the beholder !

La période de cet étonnant groupe n’est peut-être pas la plus célèbre ou la plus médiatisée de la carrière de cet immense pianiste, et probablement pas la plus connue du monde du progressif, mais il m’a semblé utile, sinon nécessaire, d’en parler un peu. Le Chick Corea Elektric Band est sans doute ce que l’on a fait de mieux dans le jazz-fusion, tout simplement ! 33 ans et pas une ride, « Eye Of The Beholder » fait partie de ces musiques intemporelles, bref un must have !

Formation du groupe

Chick Corea : piano, synthés, coproducteur - - Frank Gambale : guitare - - Eric Marienthal : saxophone - - John Patitucci : basse - - Dave Weckl : batterie

🌍 Visiter le site de Chick Corea Elektric Band →

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